Lettre du 31 août 1762, X
Vernes lui envoie après la lecture de la Profession, et que Rousseau appellera injustement « une lettre de bavardage et de cafardise ' »>. Moultou, qui ne se gênera pas non plus pour traiter Vernes de « cafard ^ », ne mettra pourtant pas en doute la sincérité de Vernes, « Ne lui croyez, dit-il à Rousseau, aucune mauvaise intention; certainement il n'en a aucune ^ ».
Mais il y avait quelque chose de plus fort que toutes les « intentions ». Certaines atmosphères, à force de peser sur les âmes hésitantes, finissent par les faire céder. L'émotion universelle soulevée par ÏÉmile va bientôt rendre le silence des pasteurs de plus en plus difficile et périlleux. Comme l'écrivait Bonnet, il s'agit de « rétablir l'honneur de 'Église de Genève ». Cet « honneur » était resté fort suspect depuis larticle de D'Alembert. La Profession de foi, tolérée par les itasleurs, renouvelle, en l'aggravant, le premier scandale, et Confirme les fâcheux éloges de VEncyclopédie. Cependant, par toute l'Europe, l'autorité civile ou ecclésiastique se dressait contre ce Vicaire Savoyard que toutes les confessions chrétiennes semblaient s'accorder à réprouver. De juin à novembre 1762, c'était successivement le réquisitoire de Joly de Fleury, l'anathème des ministres de Berne, des ministres de Neuchâtel, de l'Église wallonne, le mandement de l'archevêque de Paris, l'index du Saint-Office, la censure de la Sorbonne*. Devant une telle levée de boucliers, ce qui est étrange, ce n'est pas que l'Église de Genève se soit enfin décidée à rompre le silence, mais qu'elle l'ait gardé si longtemps.
Ces hommes timorés et incertains se résignèrent à agir. La Compagnie, d'ailleurs, n'était plus unanime : tous
1. Lettre de juillet 17G2 [27], I, 133-134; Rousseau à Moultou, lettre du 24 juillet 1762, X, 353.