Du 6on/ieur
4. On sait que l'exiiression « génie du clirislianisme •>, se trouve déjà dans Ballanche, Du sentiment [501], 182. Sur celte (]uestion de paternité, cf. V. Giraud, Chateaubriand [588], 93-112.
5. Ballanche cite plusieurs fois Lamourette : cf. Du sentiment [oOll. 308-311,323-324.
gens de goût', et qu'un homme diktat, soucieux de sauvegarder les traditions nationales et de donner l'essor au talent, doit restituer à son pays-; les autres sont ces émotions plus proprement religieuses, dont Rousseau a tant joui, et que retrouve toute âme sensible devant les livres ou les spectacles qui Font émue. La simplicité champêtre des patriarches, les grâces primitives de ces bucoliques sacrées, les émouvantes visions des prophètes, les réconfortantes promesses des psaumes, la séduction de la morale de Jésus et les divines grandeurs de sa mort, les images nobles ou attendrissantes que les cérémonies du culte offrent journellement au fidèle : une vierge avec un enfant dans ses bras, les litanies de la Providence, le calme d'un cloître, le contact édifiant avec un prêtre vertueux, — toutes « ces touchantes beautés de la religion », que Rousseau a goûtées comme personne, — on les goûte après lui et avec lui, et l'on en fait des démonstrations sans réplique ". A un moment où les curés commencent à rentrer dans les villages en messagers de paix, les paroles du Vicaire Savoyard sur la mission du « bon curé » reprennent une valeur d'apologétique qu'elles n'avaient pas connue jusque-là. C'est alors que Fontanes trouve opportun de présenter au public français son curé de campagne, aussi philanthrope, aussi tolérant que celui de Vlhnile.
Un prêtre ami des lois, el zélé sans abus,
Qui, peu jaloux d'un nom, d'une orgueilleuse mitre,
Aimé de son troupeau, ne veut point d'autre titre.
1. Boisgelin, Le psalniiste. Discours prélirninaii'e sur la poésie sacrée ['J(JJ, 377 : •< L'irréligieuse barbarie, telle qu'autrefois celle du fanntiiiue musulman, tend à tarir les sources les plus fécondes des productions de l'esprit humain ».
2. Porlalis, Discours au Corps léyislalif, du lu (jerininnl. au X [315], 21 : « Chez les nations chrétiennes, les lettres et les beuux-arls ont toujours l'ait une douce alliance avec la philosophie », etc.
:j. Cf. Necker, Cours de morale rclhjicuse [498], II, 182, 111, 247-248; Jaulfret, Du culte public [483], 1, I02-IU4, H, 191-197; Ballanche, Du senlimeiil [501], 181 ; Gérard, Du bonheur [505], 89, 97-08, etc.
LA PREPARATION DU « GENIE DU CURISTIANISME ". iOT
Il ne réveille pas ces combats des écoles, Ces tristes questions qu'agitèrent en vain KtThoniad cl l'rospcr et Pelage et Calvin.
Jamais, dans ses discours, une fausse sagesse
Des fêles du hameau n'attrista l'allégresse.
Il est pauvre, et nourrit le pauvre consolé;
Prés du lit des vieillards quelquefois appelé,
Il accourt; et sa voix, pour calmer leur soullrance.
Fait descendre auprès d'eux la paisible espérance :
« Mon frère, de la mort ne craignez point les coups,
Vous remontez vers Dieu, Dieu s'avance vers vous ».
Le mourant se console, et sans terreur expire.
Lorsque de ses travaux l'Iiomme des champs respire.
Qu'il laisse avec le bd'uf reposer le sillon,
Ce pontife sans art, rustique Fénelon,
Nous lit du Dieu qu'il sert les touchantes paroles i.
],(• suci-rs de ce petit poème, qui fut fort vif-, est révélateur d'un état d'esî^rit public : il nous montre Tâme française toujours sensible à la séduction de Jean-Jacques. Ces quelques vers, d'un art désuet, — plus vieux, semble-t-il, que celui du Vicaire Savoyard, — suffiront ici pour donner le ton de toute une littérature. Le « bon curé » de Delille, celui de La Harpe, de Jauifret, de Hékel, de Des Saudrais^, se ressemblent trop, et n'ajouteraient guère au tableau de « cette belle magistrature, où tout est pour le faible, où tout est pour le pauvre -^ ». Parmi ceux qui réclament le rétablissement de la religion en France, beaucoup ne désireront pas d'autres curés que des Vicaires Savoyards :