Récit d'HenrietlR à la suite de ses Lettres
ROUSSEAU MIKECTEUR ET CIIEE It EGLISE. riO
peu de chose près, orthodoxes, qui en l'ont comme un manuel de piété '. De ce recueil, dont les éditions ont été très répandues, la réponse qui se dégage est la réponse traditionnelle du christianisme : la vie ne s'explique que par Dieu, et se termine en lui. Oui pourra dire combien de lecteurs ont été ainsi ramenés à la religion par cette intimité avec Jean-Jacques? Les l'emmes surtout ont senti que ce que Jean-Jacques leur conseillait dans leurs épreuves, c'était de recourir à cet « opium », dont Julie avait su calmer son cœur^. « Si jamais je deviens dévote », écrivait Mme Roland après avoir relu la Nouvelle Héloïse, a c'est là seulement que j'en prendrais l'envie'' ». Beaucoup d'entre elles y ont « pris cette envie », sans pouvoir toujours la satisfaire. Avant d'étaler à Rousseau sa détresse, Henriette avait d'abord cherché la guérison dans ces pensées religieuses où Julie avait trouvé la paix, u J'aurais donné tout au monde, écrit-elle à Rousseau, pour devenir une de ces dévotes passionnées qui voient Dieu en toutes choses, qui traitent avec lui comme avec leur ami, et qui sont intimement convaincues, chacune en elle-même, qu'elle est l'objet de la plus particulière attention. Mais j'aurais voulu l'être de bonne foi, par persuasion et par sentiment. J'ai pris tous les moyens que j'ai cru capables de faire naître cette passion; mais, au contraire, ils n'ont malheureusement servi qu'à m'en éloigner d'avantage* )>. A cette âme sans piété, et peut-être sans Dieu, Rousseau conseillera cette autre religion, dont il a tant joui lui-même dans ses dernières années : le retour à soi, la vie reployée sur soi, dans une familiarité paisible avec son Ame, le culte du dieu iiilérienr, à défaut de l'autre qui nous échappe^. Mais,
1. [17] 1-3 (Dieu), 3-8 {Évangile), S-IU (AlluHsm^. Fanatisme), 10-14 (fieligion), 15-19 {Oraison). Dans la seule année 1763, il y eut Irois éditions diiïérentes des Pensées de J. J. Rousseau.