Lettre à Uousseau, du 0 juillet
HOUSSLAU niHl'.CTKL'R ET CIIKF D KO LISE. 61
sa reliirioii : « J'adore le premier de tous les êtres, et je me conduis, autant qu'il est en moi, de manière que, sil doit me juger un jour, il ne puisse point me reprocher d'avoir négligé de faire le bien Je suis né dans la religion romaine, mais il y a plus de six ans que je suis délivré des préjugés de Tenfance ' ». Cette déclaration de Sabatier est du 14 décembre 1764. Ainsi, ce n'est pas le Vicaire Savoyard qui a « délivré des préjugés de l'enfance » ce jeune homme de vingt-deux ans: mais il en a commencé déjà la conversion littéi-aire, puisque, pour donnera Jean- Jacques, un échantillon de ses talents, Sabatier ne trouve rien de mieux à lui offrir qu'une paraphrase en vers du morceau sur l'Évangile; et, si Sabatier n'avait pas eu, semble-t-il, l'àme assez basse, s'il ne fallait chercher à ses idées d'autres motifs que des motifs alimentaires, on pourrait faire honneur à Rousseau d'avoir suscité un défenseur à la religion et un adversaire aux philosophes. Pourtant le témoignage de ce médiocre sire n'est pas entièrement négligeable; et quand, deux ans après le Génie da christianisme, il publiera son Véritable esprit de J. J. Rousseau, où il rassemblera « tout ce que Rousseau a écrit de plus sain, de plus instructif en faveur de la religion, de la morale,... et de plus saillant contre les incrédules- )>, on est tenté de croire que, dès le premier jour, il a été sensible à linllucnce « conservatrice » de Jean-Jacques.
Je ne sais ce que Jean-Jacques a répondu, ni même s'il a répondu, aux Sabatier, aux Serpillon et aux Durand; mais nous avons celte bonne fortune, grâce à des corresl)ondances qui paraissent intégralement conservées, de pouvoir suivre son action immédiate sur quelques àmcs inquiètes, à la limite du catholicisme, et qu'il a empêchées d'en sortir. Il ne leur a pas, sans doute, rendu la foi du charbonnier, mais il leur a permis de ne pas chavirer