‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 44 sur 386 · Lettre à huusseau, du 14 décembre · texte numérisé non relu

Lettre à huusseau, du 14 décembre

2. Le vcritablc esprit de J. J. Poiisscau [5211, I, p. ii-iu.

62 ROUSSEAU KT LA HBSTAURATION HKLIGIEUSE.

dans la négation radicale. Elles doivent à Piousseau « le bonheui' de croire >■>. « ^'ous m'avez l'ait connaître qu'il est un Dieu, lui écrit l'abbé de Carondelet; maintenant je l'adore; il me pardonne sans doute, ce Dieu de bonté, de l'avoir méconnu; je n'ai pas joint la malice aux doutes qui m'ont agité si longtemps... Vous avez changé mon cœur ; je m'en aperçois à la tranquillité intérieure et au désir de bien faire que j'éprouve. Toujours sous les yeux de Dieu, je le regarde comme un père plein de tendresse; je n'ose rien faire sans le prendre à témoin, et souvent je lui accuse mes défauts, mes erreurs, mes faiblesses avec une émotion qui doit lui plaire. Être bon est mon étude : jugez de quels sentiments je suis pénétré à la lecture d' Emile ci au portrait ravissant de Julie d'Étange... Toutes les fois que je relis la Profession du Vicaire, je voudrais être le jeune homme qui eut le bonheur d'entendre et de voir cette âme ingénue; il me sendjle que c'est vous-même qui me parlez ' ».

Ouand bien même ces âmes incertaines ne dépasseraient jamais le théisme de Jean-Jacques, elles auront appris de lui à respecter « les formes nationales », et à ne pas troubler le « culte prescrit par les lois ». « Je sais, lui dit l'abbé, que jamais les dogmes révélés ne se présenteront à mon esprit avec ces motifs de persuasion qui les font adopter et croire. Je respecte la foi du catholique, mais ce n'est pas la mienne; devant les mêmes autels, lui et moi n'éprouvons pas les mêmes sentiments, quoique la même intention nous unisse dans un culte consacré parles lois. Toujours, j'en ai fait vfpu, je suivrai modestement le culte dans lequel je suis né, tant qu'il n'y aura point de fausseté à donner bon exemple à mes frères ». De même que le \'icaire Savoyard dil sa messe avec vénération, mais avec une intelligence qui ne parvient l)as à ai)diquer, de même ses disciples communieront et

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feront leur pAques avec un respect sans foi, plutôt que de scandaliser les faibles : « Pour ce dernier article, je Tavoue, cher Rousseau, je supporterais plutôt la mort que d'insulter si indignement à la croyance publique. L'eucharistie serait quelque chose de respectable à mes yeux, (piand même je serais convaincu, par les raisons les plus invincibles, que ce n'est qu'un culte dégénéré par un malentendu. J'ai feuilleté Tournely sur cette question •, et, n'y comprenant rien, je l'ai refermé, persuadé que la foi ne doit pas être si compliquée ni si savante. Je n'examinerai plus rien sur l'eucharistie, et me renfermerai modestement dans mon ignorance; je la chéris, et m'en fais un mérite devant Dieu - ». Et tout cela, je le veux bien, n'est pas la foi; c'en est même, strictement, le contraire; mais c'est pourtant un état d'esprit qui en permettra le retour. Dans cette intelligence apaisée, ou du moins rendue muette, dans ce cœur qui aura gardé tous ses besoins, nous la verrons poindre un jour.

L'histoire de Seguier de Saint-Brisson nous présente un cas analogue. Lui aussi, le doute l'a tourmenté; il est venu à Jean-Jacques pour trouver une réponse; et Jean- Jacques lui a lu le discours de son Vicaire. 11 a l'Ame iiaturellcmenl religieuse, et le « libertinage » de Voltaire lui fait horreur ^ On ne peut pas dire qu'il ait la foi; et, d'ailleurs, les [)rêtres ne lui ménagent pas les tracasseries iiritantes; mais enfin les paroles du Vicaire ont mis la paix au dedans de lui. et l'ont confirmé dans « l'espoir du juste »; tout en souffrant de certaines intolérances ecclésiastiques, il fait bloc avec les dévots contre les « philosophistes ». (( Grâce à vos soins paternels, écrit-il à trousseau, j'ai connu que le seul parti qui convenait à un

I. L'abbé de Carondelet, ayant passé par le séminaire, y avait appris à coQiuiître les ouvrages que le sulpicien Claude-Louis Monlafine avait jiubliés sous lu pseudonyme de Tournely. Carondelet fait, sans doute, allusion ici au De seplcm sacrainentis Ecclesiœ, Parisiis, 1729-1732, 2 vol. in-12.

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