Id
terre sacrée' ». Les pèlerins d'aujourd'hui seront plus heureux. Le batelier Peter, celui-là même qui a embaumé le corps de Rousseau et l'a conduit dans l'île, les conduira, eux aussi ; mais le jour de la suprême initiation n'est pas encore venu : ils se bornent à contempler de loin le monument qui « renferme la dépouille de Ihomme juste », en lisant à haute voix quelques pages émouvantes de VÉmile ou de la Julie. Le jour suivant se passe encore à (! contempler le tombeau, avec une douleur mêlée d'une tendre reconnaissance », et à chanter des cantiques en l'honneur de « Tami des mœurs 2». Enfin, le quatrième jour, « tout étant préparé pour le sacrifice », la barque vient prendre les pèlerins et les conduit au tombeau. La brève traversée est silencieuse : « on n'entend que le bruit des rames, nos yeux sont fixés sur le monument. A peine le batelier a-t-il atteint les bords, je saute dans cette île heureuse, et je me jette à genoux;... je m'approche avec respect du monument, j'applique ma bouche sur la pierre froide,... je la baise à plusieurs reprises^ ». Puis ce sont des prières, des serments, des invocations, des offrandes, tout un culte. Rien n'y manque, pas même le sacrifice. Sur la tombe du saint, ils vont brûler les pages calomniatrices de Diderot, pages toutes récentes, qui ont troublé comme un blasphème les fidèles de Jean-Jacques K « Nous tirons le libelle, nous en déchirons les feuillets coupables, et, tous deux à genoux, tenant chacun un des côtés du libelle infernal, nous prononçons à haute voix ces mots : Aux mdnes de J. J. Rousseau! Que la mémoire des lâches ennemis de