Id
4. Les paragraphes ajoutés dans la seconde édition (1782) de l'Essai sur les règnes de Claude et de Néron [394B], 90-100.
8 4 ROUSSEAU ET LA RESTAURATION RRLir.IEUSE.
riioinme de ht nnlare et de In vérilé soit, oubliée! A'ous, J. de Cloùtz, baron du Val de Grâce, et Gabriel Brizard, nous faisons un sacrifice expiatoire sur la tombe du grand homme, en livrant aux flammes un libelle que le mensonge réclame et que la vérité désavoue : /"Essai sur Sénèque, ces calomnies de Diderot vivant contre J. J. Rousseau après sa mort. En l'Ile des Peupliers, ce 25 juillet 1783. Nous nous disputons l'honneur de mettre le feu et de consommer ce sacrifice. Le feu sort de la pierre, et dévore en un instant l'affreux libelle. L'obscure fumée qui en sort touche la pierre du monument. Ainsi périsse la mémoire des méchants et des calomniateurs ' '. Puis ils s'éloignent, après avoir répandu des roses stir le tombeau, cueilli quelques branches de peupliers, fait toucher à la pierre sacrée, en « les promenant sur toutes les faces », leurs tablettes, leurs crayons, « tout ce qu'ils portaient », jusciu'à un billet de « l'aimable Fanny ». Et, comme un vrai pèlerinage doit se terminer sur une œuvre de miséricorde, Brizard donnera six livres à une pauvre femme ^< en l'honneur du saint ^ ».
Car ce n'est pas un voyage profane, une distraction d'amateur oisif : il doit profiter à la « vertu ». « Non, dit Brizard, ce ne sera point en vain que j'aurai fait ce pèlerinage; ce n'est point une vaine curiosité qui m'a porté à visiter ces lieux; c'est dans l'intention de me familiariser davantage avec la vertu. Et le fruit que j'en ai tiré, c'est un dessein bien formé de veiller sur moi-même, de corriger mes défauts, et de tâcher d'être meilleur. Et je soutiens que tout homme, dont l'àme ne sera point encore corrompue, qui fera ce pèlerinage, tout le rappelle tellement à la vertu, qu'il est impossible qu'il en revienne sans former celte résolution >>. Pour lui, il quittera le tombeau en (( se sentant plus affermi dans les senliers de la vertu ' ».
1. Pèlerinaiie (V Ermenonville il30], 334"-3:35"'. Dans le manuscrit, la phrase : « VEssai sur Sénèque... après sa mort » précède immédiatement : « Nous, J. de Clootz », etc.
HOUSSEAU DIHIiCTtUH ET CHEF U EGLISE. 85
Les pèlerins sont partis, après six jours de dévotions et de méditations; ils sont partis, lame réconfortée, mais <( le cœur serré », en saluant une dernière fois la toml)e qui s'éloigne; et le pèlerinage s'achève sur des litanies, qui ne sont ni sans charme, ni surtout sans piété : « Rosiers qui croissez à l'ombre de son tombeau, répandez votre parfum ; |)eupliers, penchez vos feuilles; dieux protecteurs, que jamais la foudre n'approche [d'ici], réservez-la pour les méchants; lac (jui séparez cette île, aimée des dieux, du reste de l'univers, ne permettez [pas] qu'un homme jaloux, qu'un amant perfide [vous franchisse jamais] ' ».
.le me suis attardé à ce pèlerinage dé l'abbé Brizard, parce que, dans aucun autre, je crois, on ne saurait mieux apercevoir ce qu'il y eut de proprement cultuel dans ce « culte de Jean-Jacques », que Ton serait d'abord tenté de prendre pour une métaiihore. 11 est cependant grand dommage que l'ombre sainte de llle des Peupliers ne se soit pas laissée émouvoir par tant de ferveur, et qu'elle n'ait pas cru opportun de quitter un instant son tombeau pour réconforter par quelque révélation ces deux i)èlerins si zélés. Une fois, il est vrai, le tombeau d'Ermenonville s'ouvrit : « On vit Rousseau sortir au milieu des rayons d'une vive clarté répandue dans son monument : il est vêtu d'une longue robe bleue céleste, serrée par une large ceinture blanche; sa tête est nue, et ses cheveux Hotlent sur ses épaules. Pendant quelque temps, il tourne ses regards de tous côtés, comme en contemplation : Lieux champêtres, dit-il, asile tranquille où mon âme repose, vous offrez à Rousseau le séjour de la paix- ». Mais c'est au théâtre seulement qu'on entendit ce discours de l'ombre. Le tombeau de Jean-Jacques restera muet jusqu'à la Révolution; il ne s'y fera point de miracles, comme sur celui du diacre Paris; et le culte qui s'y développera sera surtout « le culte du cœur ». Durant quinze
i. Pèlerinage [130], 428'% inachevé.