‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 65 sur 386 · Desriau.x, L'ombre de J. J. Rousseau i.431j · texte numérisé non relu

Desriau.x, L'ombre de J. J. Rousseau i.431j

ans, les pèlerins vont se succéder presque journellement dans l'Ile des Peupliers: ils viennent, le cœur plein d'une « douce mélancolie »,

Verser des pleurs Sur cette tombe solitaire.

La tombe que creusa la sensibilité, La tombe où, sur la mort remportant la victoire, Repose et vit encore au milieu de sa ploire L'homme de la nature et de la vérité i.

« Pendant huit jours que nous sommes restés à Ermenonville, écrit Brizard, il n'y en a pas un où nous n'ayons vu sept ou huit pèlerins ^ ». Il ne manque même pas au dieu nouveau les outrages des blasphémateurs; et les nscriptions insultantes, qui souillent le marbre de sa tombe et scandalisent ses dévots, témoignent aussi, à leur façon, que ce dieu nouveau est bien un dieu vivant-. L'imagination populaire a saisi tout de suite l'allure religieuse de cette vie ; elle se demande même avec quelque inquiétude si le bon Jean-Jacques ne s'est pas fourvoyé dans sa mission, et s'il ne serait pas sans le savoir, un antechrist. « Quel dommage, s'écrie la femme du jardinier de Montmorency, que cet homme si bon faisait des évangiles! et vous savez, ajoutait-elle, qu'il n'y a que Dieu qui ait le droit de faire des évangiles ^ ».

Ainsi, autour de ce « faiseur d'évangiles », toute une religion s'organisait; mais 89 et surtout 93 lui seront funestes. L'affirmation peut d'abord surprendre. Tant de

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