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CHAPITRE IV JUSTIFICATION DE L'ATHÉISMK

§ 1. — LE FOND PASSIONNEL DE l'ANTIINTELLECTUALISME

Je répète ici que j'écris pour les athées déjà faits. Mon effort doit donc s'appliquer beaucoup plus à l'exposé eonstructif de leur doctrine qu'à la critique destructive des doctrines adverses S

Gela devrait me dispenser de justifier l'athéisme par les raisons qu'on peut avoir de n'être pas « spiritualiste », c'est-à-dire dualiste.

Toutefois, puisqu'on l'est le plus souvent, il y a des raisons de l'être dont l'athée doit connaître la force. Elle apparaîtra mieux avec sa juste valeur par la force, qu'elle surpasse chez la majorité des gens, des arguments contraires au dualisme.

Or celle-ci est d^ordre rationnel, logique, scientifique, et, pour condenser tous ces attributs en un seul, intellectualiste.

Je ferai donc ressortir, de la faiblesse intellec-

1. J'ai d'ailleurs tenté d'esquisser cette critique dans la Vague Mystique, ouvrage déjà cité. On la trouvera aussi et beaucoup plus développée dans l'œuvre de Le Dantec, en particulier dans l'Athéisme.

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tualiste du théisme, ce qu'il faut pour que l'athée « réalise » dans toute sa puissance la formidable énergie sentimentale seule capable de compenser, et bien au delà, une pareille infériorité.

Cette énergie montre son origine par le sens même de la campagne antiintellectualiste récente que le public résumait en ce mot : l'intelligence n'est pas tout I

Que signifîe-t-il ? Personne ne peut xaisonnablement s'insurger contre une constatation aussi évidente.

Imaginez que, par suite d'un cataclysme cosmique, la terre soit plongée dans une obscurité absolument opaque. L'humanité subsiste avec son besoin d'aller vite : les autos circulent. Ils ne se passeront pas de phares, assurément ; on les en pourvoira; on veillera, sous peine de risques mortels, à ce qu'ils restent allumés pendant toute la durée de la marche. Et cependant les phares ne sont pas tout ! Parbleu ! Qui donc s'avisera de se dispenser de moteur?

Ainsi, dans notre esprit, l'intelligence sert à montrer la route parmi les ténèbres mentaux de l'univers. Aux facultés affectives la propulsion.

Un moteur se démonte : ici, au magasin, le moteur, ici le châssis, ici la magnéto, ici les phares. Tandis que l'homme n'est pas un organisme formé de pièces assemblées et interchangeables. { Les facultés de l'âme, en particulier, ne se sépa- Ma rent pas : elles se conditionnent l'une l'autre ; onM^i n'en peut faire qu'une analyse purement idéale, P'J! et encore, pas toujours : il me semble, par exem- fci pie, qu'on a cessé de comprendre l'ancien classe- jljl

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ment qui mettait la faculté motrice à part de l'affective : une volonté sans but ne se conçoit pas, et qui assigne le but sinon le désir qu'on en a ?

C'est l'intelligence qui se charge d'éclairer la route conduisant à ce but. Aussi se laisse-t-elle distinguer plus nettement : on se représente sans peine un homme poursuivant un dessein avec une , passion intense et une ténacité de fer, et bêtement. Une bonne analyse fera donc, de l'intelligence considérée isolément, un phare impassible qui éclaire aussi bien la route pour un Bonnot que pour le médecin qui va soigner ses malades ou le prêtre porteur des derniers sacrements.

Le langage usuel, d'ailleurs, le veut ainsi ; sans cela il n'admettrait pas que l'on pût à la fois parler d'un scélérat intelligent et attribuer l'intelligence à des personnes douées du sens moral le plus élevé.

Ici l'intelligence doit être prise avec son acception la plus étendue et englober la raison dans son sens spéculatif, « visuel », la logique..., aussi bien d'ailleurs que l'instinct et l'intuition considérés aussi dans leur rôle visuel. Quand nous admirons la « clairvoyance » des instincts et des intuitions, cela veut dire que notre intelligence les confirme et les considère comme un moyen qu'elle a de voir plus vite et en se donnant moins de mal. Que signifie dès lors ce cri de ralliement de r anti-intellectualisme : — L'intelligence n'est pas tout ! — Nul, sans doute, ne se fait faute de répondre : — Cela signifie qu'il y a, en outre, la bonté, le dévouement, la beauté morale, le Devoir, la Pat de...

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Explication insuffisante, puisqu'on est d'accord pour reconnaître que le phare, considéré dans sa mission de phare, est impassible, et ne refuse pas plus sa lumière aux entreprises de charité qu'à celles de cambriolage ; il sert l'homme qui le possède, quel qu'il soit ; on ne peut donc pas le mettre en opposition avec la Cause de son propriétaire quand elle est belle et sainte.

Et voici donc enfin l'interprétation cherchée : L'intelligence doit se réserver exclusivement pour le service du Bien, du Beau, des hautes fins sociales, de la Morale.

D'où ce corollaire, puisque ce sont les anti-intellectualistes qui parlent : — Les intellectualistes, dont font partie les « scientifiques », monistes, athées..., mettent l'intelligence au service d'une mauvaise cause, ou du moins en font un usage dangereux pour la bonne cause.

« Mauvais », « bon », ces adjectifs montrent que le débat se meut ici dans l'ordre affectif ; s'il n'était qu'intellectuel, on s'occuperait seulement de savoir qui a les phares les mieux éclairants.

On prétend en vain le ramener à cette dernière question en disant que les instincts et les intuitions donnent une lumière plus sûre. Quand ils échappent à la sanction dernière de l'intelligence, qui décidera entre vous et moi lorsque je déclarerai que je ne' les ai pas, ces instincts et intuitions, ou que j'en ai d'opposés aux vôtres ? L'attachement seul que nous avons pour nos causes respectives.

Ici, je ne discute rien, je veux seulement que l'athée sache bien qu'il a contre lui des passions.

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§ 2. — LE MONISME ET LE DUALISME SE CONFRONTENT HYPOTHÈSE CONTRE HYPOTHÈSE.

Aux difficultés rencontrées par les hypothèses monistes et qui apparaissent, avec un peu d'imagination, surmontables, les hypothèses dualistes en ajoutent toujours de supplémentaires et qui sont, par surcroît et par définition, insurmontables, inaccessibles à la connaissance humaine.

Car ce sont bien des hypothèses qu'il y a aux points de divergence entre monisme et dualisme.

Hypothèse du moniste : On mesure les augmentations ou diminutions de pression artérielle, de température, de nombre de battements du cœur, les altérations de composition chimique de certaines humeurs et des urines produites par des actions psychologiques intenses, d'où par extension il est permis de conclure : aucun phénomène psychologique n'a lieu sans que se produise en même temps, au moins dans le cerveau, un phénomène physico-chimique susceptible de mesure : mouvement de neurones, modification de leur état colloïdal, chimique, etc.. Le dualiste réplique ; — Qu'en savez-vous ? Vous faites une hypothèse. — Et c'en est bien une. S'il s'en tient à cette attitude purement dubitative, il ne sera ni dualiste, ni moniste : il sera sceptique, insouciant de toute explication. Or nous le supposons dualiste, et il ajoutera : — Votre hypothèse est fausse car tels phénomènes psychologiques ne s'accompagnent

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évidemment de rien de mesurable *. — Et ceci est bien encore une hypothèse.

Ainsi du transformisme. Quelle que soit l'histoire de la transformation des espèces conçues par le moniste, qu'il l'envisage sous forme de brusques à-coup ou de modifications lentes, ou d'une combinaison des deux processus, il invoque toujours des séries d'actions physico-chimiques, donc susceptibles de mesure, produites sur les germes. Hypothèse assurément. Mais quand on affirme que, dans le passage d'un état des germes à un état différent, il y a eu quelque chose de tout à fait dépourvu de rapports avec les phénomènes antérieurs qui s'étaient enchaînés dans la lignée des porteurs de germes ou dans l'ambiance — et c'est à cela que revient le non-mesurable — , on fait encore une hypothèse.

Les expériences et les observations qui trancheraient le débat paraissent assez peu réalisables, mais peut-être le sont-elles ; moniste ou dualiste, vous en présupposez les résultats; on ne peut appeler cela qu'hypothèse de l'un et de l'autre tant que les résultats demeurent inconnus.

Dualisme et monisme s'opposent bien ainsi hypothèses contre hypothèses. Je vais passer en revue les deux principales de ces oppositions, d'où découlent toutes les autres, et comparer, au point de vue de l'intelligibilité, les couples d'hypothèses qui s'affrontent.

1. Voir la discussion entre Le Dantec et M. Armand Gautier dans l'Athéisme, pp. 170-176.

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