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CHAPITRE ni LA MORALE DE L'ATHÉE

§ L — LA MORALE HUMAINE DE l'aTHÉE, MORALE OPTIMISTE ET DE PROGRÈS.

L'idéalisme attaché à la doctrine de l'athée provoque un élan affectif énergique vers la Morale. Tel est son résultat d'ensemble.

Il mérite aussi d'être considéré dans ses effets particuliers par quoi il se distingue des ferments moraux des autres doctrines.

La morale humaine de l'athée est en gros celle du chrétien. Le chrétien aime dans tout homme un proche, le « prochain », un frère : le fils, autant que lui, du Père céleste ; l'athée un élément de son propre esprit ; tous deux, par conséquent, ont en commun un principe idéal : il faut aimer son prochain comme soi-même.

Ce qui fait la supériorité du christianisme sur toutes les autres religions rituelles ou dogmatiques, c'est que, seul, il a moralisé la Divinité par les trois procédés utilisables à cette fin : par une histoire appropriée, par la métaphysique, et par la divinisation d'un prédicateur de la Voie droite.

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/ Il y eut un coup de génie dans ce dernier trait : ce fut la conception du Dieu-Homme se faisant supplicier, pour les racheter, par ceux qu'il venait racheter, expiant donc, au prix d'un crime abominable des hommes, une faute ancestrale commise envers lui, et dont ces mêmes hommes étaient innocents. Absurdité manifeste, mais aux conséquences magnifiques: elle ajoutait à la vénération dont la Divinité bénéficie par le Mystère celle qu'inspire l'amour humain poussé jusqu'au sublime.

En réalité — c'est là une interprétation d'athée — le Christ ne rachetait par ses tortures que le vieux Démiurge de la Genèse ; l'injustice humaine vengeait sur le Fils de Dieu l'injustice commise envers les fils d'Adam au temps où Jéhovah, mal dégrossi, administrait encore le monde en potentat chaldéen.

Un ordre nouveau s'inaugurait. Bien qu'il proclamât toutes les races égales dans leur droit à jouir des félicités éternelles, il conservait un principe aristocratique. 11 développait le mythe du péché originel. L'homme avait été créé dans toute la perfection de son type et ne pouvait plus, par ses propres moyens, que déchoir. A cela, l'incarnation du Verbe divin ne changeait rien, car l'Homme-Dieu était tel par un privilège de naissance qui ne se renouvellerait pour personne. Le christianisme a donc une morale pessimiste : par comparaison avec ses origines, dit -il, l'homme est mauvais et ne deviendra jamais, malgré tous ses efforts, que moins mauvais ; il n'y a donc pas de progrès : nous sommes dans l'alternative, ou de

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remonter une pente déjà descendue avant nous, ou de descendre encore plus bas.

Pour l'athée, au contraire, puisque Adam et Eve sont des anthropoïdes, il y a progrès dans le sens de la pensée, et puisque cette ascension est due au seul effort de l'humanité, comment ne pas faire confiance au flux d'énergie qui a produit de tels résultats ?

La morale humaine de l'athée contraste donc par principe avec celle du chrétien en ce qu'elle est progressiste et optimiste ; elle ne dispense, d'ailleurs, nullement de constater les régressions, si longues parfois, ni les calamités dont il faut payer les grands renouveaux.

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