LA RESPONSABILITÉ, LA SANCTION
Jusqu'ici, les moyens moralisateurs propres à l'athée ne prêtent guère le flanc à la critique. Voici maintenant un point faible, du moins au regard de l'opinion traditionnelle.
Les croyants et les gens qui ont une métaphysique analogue à la leur admettent une responsabilité absolue. Il y a, selon eux, dans les actes d'un homme, une part où il est entièrement et seul créateur, et dont, par conséquent, on peut lui demander compte sans qu'il ait aucune excuse à opposer quand il fait le mal. De là, même pour la justice humaine, le droit de punir.
Ce droit, ajoute-t-on,le déterminisme le refuse à l'athée qui se trouve pris dans ce dilemme : ou bien s'opposer à toute répression des crimes et délits, et du même coup à la sécurité sociale, ou poursuivre des gens pour des actes où il n'y a aucune détermination qui leur appartienne, donc injustement.
L'athée répondra : — Vous êtes logés à la même enseigne que moi : pour vous aussi, le passé est le passé, vous ne pouvez sur lui rien de plus que moi. Quelles que soient nos divergences d'opinion
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sur la responsabilité, nous agirons de même, car je crois que le présent détermine l'avenir, et je vois dans la justice pénale un moyen d'exercer de fortes déterminations utiles à notre sécurité future. Je ne conçois pas ce que vous viseriez d'autre ni de plus.
A l'idée de responsabilité absolue se lie inséparablement celle d'une Justice métaphysique, « en soi ». Quand on punit d'après elle, on applique la loi du talion : — Tu as « lésé » la Justice, on va te léser, toi. — On fait grief à l'athée de ruiner cette conception.
Il n'a pas à s'en émouvoir. Ce n'est, en effet, que par la rhétorique judiciaire que les tribunaux lui donnent tort ; leur pratique est conforme à sa doctrine.
Gomment apprécient-ils la responsabilité ? Ils recherchent si le coupable jouissait, en commettant' son crime ou délit, de facultés normales, s'il comprenait bien ce qu'il faisait. Fou, un meurtrier est envoyé dans un hospice d'aliénés, très neurasthénique dans une maison de santé ; « aveuglé » par l'ivresse ou la colère, il bénéficie de circonstances atténuantes.
Or, si l'athée est déterministe, il n'en croit que mieux que nos actions contribuent à déterminer Tavenir. Il y a deux sortes de déterminations qu'il lui semble possible et utile, dans le cas de le justice répressive, d'introduire : celles qui influent sur le coupable lui-même, celles qui influent sur la criminalité future.
Les premières consistent à fournir au coupable des motifs impressionnants de mieux respecter
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désormais la sécurité sociale, il faut donc qu'il jouisse d'une pleine réceptivité des déterminations qu'on lui inflige sous forme de peines, qu'il les ressente dans leur rapport avec l'acte pour quoi on le condamne ; cela suppose une vision nette de celui-ci.
Une telle réceptivité est toute la responsabilité pour l'athée, et, en somme, pour tout le monde, car si l'on remarque qu'un voleur aurait pu ne pas commettre son vol, qu'est-ce que cela signifie pratiquement, en dehors de toute métaphysique ? que ce voleur savait pouvoir agir autrement qu'il n'a fait. Rien de plus. Personne n'entend par là faire l'hypothèse suivante : si toute l'histoire de l'Univers recommençait, identique à elle-même, y compris l'histoire psychologique du voleur, et cela jusqu'au moment du vol, le vol aurait pu ne pas avoir lieu. Gomment tout ce qui s'est passé se passerait-il autrement quand cela se répèlerait sans que rien absolument y fût changé ?
Lors, cependant, qu'on applique la peine de mort, ou une peine perpétuelle, la responsabilité du coupable se trouve avoir été recherchée non pas pour lui, mais en vue de responsabilités à venir éventuellement et analogues à la sienne. 11 ne s'agit plus, dans ce cas, que d'introduire un élément antagoniste énergique parmi les motifs qui pousseront plus tard certains hommes à commettre des attentats.
Ici intervient l'idéalisme humain. 11 inspire de la répugnance pour les châtiments corporels, les tortures, et même pour le dernier supplice tel que l'admettent les peuples civilisés, parce que les
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exécutions ont beau être légitimes, voire utiles, ce sont toujours des meurtres commis de sang-froid, et,. en outre, elles rendent irrémédiable une erreur judiciaire.
Je ne crois pas que rathcisme,en tant que tel, prononce pour ou contre la peine de mort: Tatbée, ni plus ni moins qu'un autre, aura à faire entrer en ligne de compte, à côté de ses impulsions sentimentales, le côté objectif, presque arithmétique, de la question. Celle-ci se pose ainsi : quelle est la solution qui épargne le mieux la vie humaine ? Si, par chaque décapité, vous prévenez un assassinat que vous vaudrait la suppression de la guillotine, il y a gain, même pour le « parti » assassin. Voici le bilan : peine de mort : deux tués, la victime et le meurtrier ; suppression de la peine de mort : deux tués, les deux victimes, plus châtiments graves — cellule, travaux forcés, à vie ou pour une longue durée — infligés à deux meurtriers.
Malheureusement, le calcul est trop conjectural pour avoir de la valeur, et l'athée, comme tout homme de bon sens, jugera que le meilleur élément de détermination à fournir aux criminels possibles, c'est d'abord le sentiment d'un obstacle opposé à leurs projets : la constatation d'une exacte surveillance, tout simplement ; c'est ensuite cette idée que l'auteur d'un délit a mille chances contre une d'être aussitôt découvert et arrêté. Etant donné que le bandit a un tempérament de joueur, il faut le prendre dès son premier « coup », sans cela il en tentera bientôt un second et sa capture et son châtiment n'auront
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aucune valeur exemplaire. Un autre bandit se dira, en effet : — Puisqu'un tel a réussi une fois, pourquoi ne réussirais-je pas ? seulement, moi, après une bonne affaire, je ne recommencerai pas de sitôt. — Joueur aussi, il se manquera de parole ; il n'en aura pas moins fait son coup.
Bref, une police parfaite réaliserait les plus efficaces déterminations à respecter la sécurité, quand bien même le code pénal serait relativement doux. Avec des peines atroces appuyées d'une police spasmodique, comme en Chine, le brigandage sévit à son aise.
Tel sera le point de vue de l'athée, et il voudra qu'outre la mise en œuvre des déterminations « empêchantes »,on procède à la suppression des déterminations excitantes comme l'alcoolisme, la prostitution, la misère, les tripots...
Rien donc, dans la doctrine de rathée,ne constitue ici un danger social. Son déterminisme et son objectivité lui font rechercher les déterminations utiles au salut commun.
Et il ne commet pas d injustice en approuvant le châtiment des malfaiteurs.
En fait de contrainte, il n'y a pour lui matière à justice proprement dite que dans l'obligation à réparer et à restituer.
Il interprète la « justice » pénale comme de la « justesse » ; il voit en elle une direction vers l'avenir, d'après le passé, sans doute, mais non pas en vue du passé, non pas comme si elle prétendait faire liquider aux coupables de vieilles dettes.
L'athée ne sait ce que c'est que « punir » si cela ne signifie « prévenir », ni ce que c'est que
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« responsabilité » si cela ne signifie « capacité de comprendre un risque ».
La « balance » de la Justice n'est pas la balance commerciale qui équilibre le passif et l'actif ; elle sert à peser les méfaits pour y proportionner le risque qu'ils doivent faire courir à leurs auteurs. Il faut, en effet, une échelle de risques. S'il n'en coûte pas plus de tuer que de ne pas tuer l'homme à qui on prend sa montre, on sera encouragé à le tuer.
Parce qu'il aie culte de la mesure exacte, l'athée aura celui de la justice exacte.
§ 7. — LA morale sexuelle.
Un autre point faible sera dénoncé dans la morale sexuelle de l'athée.
Non pas qu'on puisse lui reprocher d'en faire une pure immoralité.
Son idéalisme humain lui dicte impérieusement le souci de la conservation de l'espèce humaine, tant comme nombre que comme qualité, souci qu'il aura d'abord pour sa propre lignée spirituelle, c'est-à-dire sa patrie. Il en sera porté, par une conséquence nécessaire, au culte de l'enfant et de la famille et au respect de la femme.
11 sait compter. 11 sait que, par couple humain, il faux deux enfants, plus, très souvent, un troisième afin de compenser les unions stériles et la mortalité des êtres, inévitablement nombreux, qui n'atteindront pas l'âge de se reproduire. Au-dessous de ce taux minimun de natalité, c'est la marche vers l'extinction de la race.
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On n'a pas besoin d'insister sur la grandeur de l'espoir que représente l'enfance. L'immortalité humaine réside en elle. Tout dépendra de la course qu'elle saura fournir avec le flambeau qu'on lui passera. Elle est fragile. Elle vient au monde n'ayant que la vie d'un végétal délicat ; il faut lui infuser la vie animale et la vie humaine.
Ce n'est pas trop d'une mère et d'un père attentifs pour accomplir cette tâche. D'autres y contribueront, beaucoup d'autres : des pédagogues, des hygiénistes..., tous ceux qui, à un titre quelconque, directement ou indirectement, s'occupent de puériculture physique ou morale.
Reprenant une idée antique, certains théoriciens veulent que toute l'éducation de l'enfant incombe à la communauté. Je ne parle pas de ce qu'une pareille thèse a de suspect par la prime qu'elle donne à la volupté égoïste, surtout chez l'homme. Si l'on se place au point de vue de l'enfant, on ne pourra nier que son bonheur ne soit mieux assuré au foyer que partout ailleurs et dans une famille unie.
S'attendant à mourir tout entier, en tant qu'individu, l'athée voudra, plus qu'un autre, avoir des enfants. 11 cherchera la seule survie qui lui soit accessible. Ses enfants seront lui-même par le simple fait d'avoir beaucoup vécu auprès de lui. Ils seront leur mère aussi ; leurs esprits seront donc chacun la fusion de deux esprits. Par là se perpétuera l'union d'un homme et d'une femme.
La vénération de l'humanité inspire celle de la femme.
Malgré la perte la plus absolue de l'indépen-
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dance, une patrie ne meurt pas quand elle conserve rattachement des femmes : les mères assurent l'immortalité au langage maternel. Elles transmettent par là la race de l'esprit, la seule vraie race, sans laquelle l'autre a tôt fait de disparaître, parce qu'elle s'oublie elle-même.
C'est la condition de la femme qui est la principale pierre de touche de la civilisation. L'histoire en a décidé : après de longues luttes, les sociétés à familles monogamiques l'ont emporté partout sur les polygamiques.
Que la femme vaille l'homme dans la production supérieure de la pensée, non : quand on le prétend, on cède à l'inspiration de la galanterie. Mais elle l'égale en fait de production moyenne ; et peut être se garde-t-elle mieux que lui de l'extrême bêtise. Elle apporte à Tesprit humain une contribution propre dont on ne saurait se passer. Sans féminité, l'humanité serait morne, mal dégrossie, brutale, disgracieuse : une barbarie, malgré de grands penseurs. Le désir de plaire particulièrement à la femme a suscité un travail artistique et industriel énorme dont l'absence appauvrirait singulièrement le patrimoine commun. Plus les religions et les mœurs ont rehaussé la femme, plus l'homme est devenu humain.
Léser la femme en tant que femme est donc une atteinte spéciale et grave à l'humanité.
Aussi l'athée répugnera-t-il à tout ce qui perpétue, ou renouvelle, ou répète, le vieil esclavage de la femme, surtout sous la forme charnelle.
Les sentiments qu'inspire ainsi le souci de la continuité humaine s'opposent au développement
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de la luxure, défavorable, chez les civilisés du moins, à la reproduction.
Ayant le culte de la pensée, l'athée se gardera par là même des excès d'érotisme qui la compromettent de toute manière.
§ 8. — INCONVÉNIENTS ET AVANTAGES DE l'aTHÉISME AU POINT DE VUE MORAL.
Mais il faut bien dire que, des principes doctrinaux de lathée, ne découle aucune condamnation de la volupté de la chair en elle-même. A moins d'avoir un tempérament frigide, il se croirait hypocrite en déclamant contre elle. D'après ces principes, il ne saurait mesurer !'« honnêteté » de la femme qu'à la même aune que celle de l'homme, ni justifier aucune règle d'obligation procréatrice au delà du troisième enfant, ni fonder aucune différence de liberté entre le consentement de la femme à la maternité et le consentement de l'homme à la paternité.
il résulte de là que sa morale sexuelle suppose un compromis infiniment complexe.
L'équilibre, dans l'état actuel de nos mœurs, paraît réalisé beaucoup plus facilement par la morale chrétienne.
Elle n'a réussi que très imparfaitement à rendre le mâle chaste : c'était une entreprise par trop désespérée. Elle perdit aussi tout le latin des Pères de 1" Eglise et des docteurs du moyen- âge à réfréner les coquetteries féminines. Mais, à force de prêcher l'horreur du « péché de la chair »,
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elle renforça énergiquement ce sentiment déjà ancien que la « faute » de la femme était une perte irrémédiable de l'honneur, sans parvenir à empêcher que la faute du complice demeurât une bonne fortune, injustice flagrante due, non pas au christianisme lui-même, mais à linégalité de ses succès moraux, il n'en résulte pas moins que la femme envisage comme un terrible danger de se conduire en jeune homme et ne se trouve en sécurité qu'avec des garanties qui impliquent, au moins dans les formes, la fondation d'un foyer. La famille est favorisée par là.
La morale chrétienne peut revendiquer aussi jla protection qu'elle offre contre le malthusisme. C'est un bouclier d'efficacité restreinte. Paris en 'témoigne assez : les quartiers les plus riches, qui sont en même temps les plus catholiques, ont la natalité la plus restreinte, phénomène qui ne s'acporderait pas avec une grande rigueur du confessionnal. Chez le peuple, paysans et ouvriers, le nombre des enfants ne se mesure qu'à linsouciance ou à des intérêts économiques.
Il n'y a que dans les familles bourgeoises de fortune médiocre ou au-dessous de la médiocrité ^ue l'influence de la religion paraisse nette : les chrétiens en France y ont plus d'enfants.
Eux du moins témoignent de l'efficacité impérative de la foi en une matière où elle seule peut proposer une vraie sanction individuelle.
Et on en revient à la valeur morale des idées de survie, de responsabilité absolue, de Dieu Créateur, Souverain Juge, Rémunérateur et Vengeur. Croyez à un Enfer éternel, croyez-y vraiment;
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cela vous empêchera de pécher. Notion simple et claire.
Elle n'a été telle qu'en des siècles de foi, encore qu'elle n'ait jamais rendu la police inutile ni fait remarquer à aucun historien qu'une sécurité suffisante se fût jamais accommodée d'une mauvaise police. Aujourd'hui, l'esprit religieux est basé sur tout autre chose qu'une crainte qui n'aurait rien de plus noble, en somme, que celle des chiens pour le fouet. Il consiste en cette adoration que j'ai déjà signalée d'un Idéal fait de Mystère, d'Inconnaissable, d'Amour, d'Infini, d'Absolu ; il excite à l'attachement aux valeurs morales.
C'est un idéalisme au premier chef ; comment donc les croyants qui en sont imbus n'auraientils pas une mentalité idéaliste ? et comment, ayant cette mentalité, et privés de la foi, seraient-ils immoraux tant soit peu dangereusement ? Leur croyance n'ajoute donc pas grand'chose à la sécurité sociale. Sa vertu est toute de consolation, et pour eux. Elle leur permet de mieux supporter les peines et les déboires inhérents à la pratique du Bien.
Que les apaches croient à l'Enfer, voilà qui serait socialement utile. Malheureusement ils sont devenus encore plus sceptiques que les malandrins de jadis.
Si, maintenant, nous faisons la balance, nous verrons que l'athée n'est pas en posture bien pire que le chrétien moyen.
Celui-ci, en fait de morale sexuelle, est inconséquent. 11 ne peut admettre que la justice divine ait deux poids et deux mesures pour les péchés
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humains, sexuels ou autres. Il ne s'en conduira pas moins, lui, comme si la faute de l'homme était vénielle et celle de la femme mortelle ; il recevra le don Juan discret, il fermera sa porte à la femme qui aura cédé une fois à don Juan. 11 poussera inconsciemment la victime d'un « égarement » vers la prostitution. 11 chassera sa bonne enceinte, sachant bien qu'il encourage ainsi indirectement chez les femmes les fautes malthusiennes, beaucoup plus graves, aux yeux du christianisme, que celles qui ont la fécondité pour sanction.
Et que l'athée ne fasse pas ici la leçon au chrétien ! 11 fera comme lui, avec non moins d'inconséquence. Qu'il ne parle pas haut, car il reconnaîtra, s'il est sincère avec lui-même, comme il doit l'être, que son indulgence, théoriquement plus grande, se traduirait peu dans ses actes. 11 songera à sa fille, à sa sœur, à sa femme ; s'il prétend prendre légèrement chez elles ce qu'il estime légèreté chez l'homme, c'est pure forfanterie. De quel droit appliquerait-il en son cœur une règle différente aux femmes de la famille d'autrui ? Instruit par le culte de la vérité objective, il aura le sens des réalités. 11 constatera qu'aujourd'hui encore, et sauf de très rares exceptions, la femme qui « faute » se détériore moralement pour tout le reste. Là où l'homme n'a commis qu'une aimable impertinence, elle s'est rendue coupable d'un vrai crime de lèse-majesté, audace qui rend bien fragile son respect pour d'autres lois morales dont aucune n'a, en ce qui la concerne, plus de prestige que celle qu'elle a violée. Son délit étant plus difficile à cacher, elle prend l'habitude
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du mensonge et de la dissimulation. Elle devient hargneuse et insolente envers les autres femmes qui ont tôt fait de la soupçonner. Sa condition l'amène à être plus absorbée par l'amour irrégulier, de sorte que l'impudicité, simple diversion de la vie masculine, devient pour elle une spécialité. Ce n'est pas tout; on imagine facilement le reste. Bref, que cela choque ou non notre esprit de justice, le préjugé bourgeois de la a femme perdue » répond à un fait.
11 est tel qu'on ne peut pas, en cette matière, prêcher l'amoralité sans encourager une véritable immoralité, ni sans s'exposer, la plupart du temps, à se démentir soi-même.
Aussi l'athée ne prendra-t-il pas la question par ce côté-là. Il se bornera à s'attaquer à la prostitution sous toutes ses formes, légales ou non, et dans toutes ses causes. Quand ni l'homme ni la femme ne chercheront, ne promettront, ni ne trouveront strictement dans la volupté d'autre profit que la volupté elle-même, il y aura lieu de parler de liberté sexuelle, pas avant. Ce jour est loin. D'ici là, tous les athées aujourd'hui en vie seront morts.
Le chrétien s'associera pleinement à cette poursuite de la prostitution. De sorte qu'en fin de compte l'athée et lui différeront fort peu pratiquement.
Même ressemblance au sujet du malthusisme. En admettant que les exhortations religieuses aient plus d'efficacité que les discours de l'athée, qui n'en ont aucune, elle est négligeable, sans cela on verrait les catholiques riches avoir toujours
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peaucoup plus d'enfants que les catholiques pauvres, car les confesseurs humains — ils le sont [ous. — peuvent bien imposer le devoir de procréation avec une rigueur absolue aux premiers, aon aux seconds. En dehors de toute doctrine, il ^ffit d'être sensé et d'avoir l'esprit d'observation pour constater qu'en règle générale un ménage le civilisés n'a pas plus d'enfants que son bon alaisir ne le lui conseille. L'athée professera donc ju'on n'agit utilement sur la procréation qu'en pfïrant des avantages aux procréateurs. Un grand lombre de chrétiens seront de son avis ; et quand paême ils jugeraient un tel effort insuffisant, ils le sauraient que s'y joindre.
Que reste-t-il donc comme supériorité des exciants moralisateurs impliqués dans les doctrines < spiritualistes » ? Celle-ci seulement, j'y ai déjà ait allusion, et elle est énorme : on a pris l'habi- :ude, depuis un temps immémorial, de les consiiérer comme tout-puissants. Habitude tellement enracinée que rien, dans les autres forces de l'es- Drit, logique, raison, etc.. ne prévaut contre elle.
Et c'est ce qui manque à l'athée, non pas pour un Drosélytisme dont il ne doit avoir cure, mais pour ;a propre satisfaction morale. // n'est pas habitué lui même à méditer sur les élans affectifs que suppose nécessairement l'adhésion à sa doctrine.
Qu'il se mette donc à cette étude.
11 la poursuivra sans être acculé jamais au moin- Ire conflit entre son « cœur » et son « cerveau ».
Magnifique avantage que de pouvoir ainsi unir m en faisceau unique, indivisible, toutes les forces spirituelles !