Comp. F. O. Pfeiderer. • Der Paulin ismus » (Le pau
nous absolument inadmissible : nous ne connaissons plus de Dieu qui applique la loi du talion et qui punisse après qu'ont cessé les conditions terrestres qui influent sur la culpabilité ; nous ne nous expliquons plus une justice divine qui exige de l'homme plus que sa nature ne le rend capable de donner, nous avons en horreur la croyance en un Dieu qui punit sur les générations la faute d'un individu, notre seul sentiment est la stupéfaction quand nous voyons un juge qui, ayant à châtier un coupable, fait mettre en croix pour lui un. substitut innocent et se vante encore de l'acceptation de cette substitution comme d'une grâce accordée ; nous sourions de la contradiction renfermée dans cette proposition qu'un vrai Dieu est mort pour nous, et au point de vue esthétique l'apothéose de Jésus nous gâte l'émouvante
tragédie du prophète scellant sa doctrine par sa mort.
Il était impossible que notre époque respectât ces bases de la doctrine paulino-augustino -luthérienne ; on fut donc forcé d'abandonner saint Paul avec l'épi tre aux Hébreux et d'examiner si le Nouveau Testament ne renfermait pas un autre point de vue doctrinal propre à servir de centre au christianisme moderne
linisme\ Leipzig, Fûes, 1873; —F. A. Mûller (ouv. cité, 4 r Brief, Vienne), a Der Paulinismus » (Le paulinisme).
à la recherche duquel on s'était mis. Saint Jean s'offrit tout d'abord, et la thèse de Schelling qu'au christianisme de saint Pierre et à celui de saint Paul devait succéder un christianisme de saint Jean eût été de nature à séduire l'amateur de constructions philosophico-historiques, si malheureusement elie n'était venue trop tard. Mieux qu'aucun autre un Spener était sur la voie pour arriver à ce christianisme johannique ; seulement le luthéranisme était encore trop fort à ce moment pour qu'on pût le renverser au profit d'une phase nouvelle, et Spener lui-môme avait trop peu conscience des divergences doctrinales du Nouveau Testament pour se prononcer nettement en faveur de saint Jean ou, qui plus est, contre saint Paul. Son successeur moderne, Schleiermacher, se présente juste à la dernière heure pour tenter de reconstruire d'après saint Jean la vie et la pensée authentiques de Jésus, car cet Evangile considéré par lui comme le plus digne de foi et le plus rapproché des événements, fut peu de temps après sa mort reconnu pour être le dernier en date de tous les écrits importants du Nouveau Testament et comme destiné à donner satisfaction à une tendance, à préconiser une conception qui, bien plus encore que le paulinisme, s'éloigne de la doctrine de Jésus. Schleiermacher fut donc le dernier à qui il fut per-
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mis d'essayer, en confondant diverses époques de révolution dogmatique, de mettre au jour une construction digne de mémoire. Pour nous, nous sommes nés trop tard pour une telle entreprise, et notre rôle doit se borner à saisir chaque phase de développement dans ses caractères distinctifs. À ce point de vue il n'y a pas de doute que le point de vue de saint Jean est dans l'échelle des principes le plus élevé qui soit atteint dans le Nouveau Testament, et que, grâce à la philosophie alexandrine qui y est comme fondue et par la place centrale qu'il assigne à la charité, il déploie des profondeurs et des beautés qui dans le développement qui a suivi ne furent point utilisées selon leur valeur. Et cependant saint Jean ne peut non plus servir de support à nos con* ceptions religieuses. Même en faisant abstraction du dualisme tranché, vraiment manichéen, qui oppose des enfants de Dieu et des enfants du diable, prédestinés de toute éternité, et qui contraste étrangement avec l'humanitarisme de la conscience moderne qui demande à tout embrasser, même en faisant abstraction de ses fréquentes rechutes (fans les idées juives en ce qui concerne les châtiments et de ce qu'il y a de peu mûr, de mal digéré dans son mysticisme, dans ses énoncés métaphysiques qu'il a l'air de nous jeter du haut du ciel comme des flocons de
neige, il y aura toujours un obstacle invincible à ce que nous souscrivions à son point de vue dogmatique : c'est la doctrine qui occupe le centre de sa conception du monde, la doctrine de la divinité et de la fonction médiatrice de Jésus-Christ 4 .
La croyance que nul ne vient à Dieu que par Jésus-Christ, c'est en même temps l'anathème fulminé contre quiconque ne croit pas à la nécessité de cette médiation, et la croyance que l'incarnation du Logos dans Jésus-Christ a un sens tout autre que la même incarnation dans Laitse ou dans Spinoza n'est pas à l'usage des hommes oultivés d'aujourd'hui. Aussi bien le protestantisme libéral a-t-il le sentiment très juste de la faiblesse du johannisme, et il a tacitement abandonné cette rédoute ou plutôt ce réduit construit par Schleiermaoher, d'autant plus volontiers que la métaphysique johannique, la doctrine du Logos, a un caractère panthéistique si accentué qu'au fond les théologiens libéraux théistes ne s'y sont jamais bien habitués. U n'y a qu'un théologien spéculatif ayant, comme l'a eu l'hégélien Biedermann
1. Gomp. P.-Ch. Baur, a Vorlesungen aber Neutestamentliche Théologie » (Leçons sur la théologie du Nouveau Testament). Leipzig, Fûes, 1864. « 3 e Période, 2 r Theii, 2 : Der Johanneische Lehrbegriff (3« période, 3» partie, 2 : Le dogme de saint Jean). — F.-A. Mùller, ouv, cité, • 5" Brief : Die Lehre des Johannes » (5* lettre : La doctrine de saint Jean).
dans sa Dogmatique chrétienne, le courage de prouver qu'il y a contradiction entre l'existence absolue et la personnalité et de faire une franche profession de panthéisme, il n'y a, disons-nous, qu'un tel théologien qui puisse avec Hegel trouver dans la doctrine johannique du Logos et dans Y unité de l'esprit absolu et de l'esprit fini qu'elle cherche à réaliser, la seule notion qui résiste victorieusemeut à l'examen dans n'importe quelle religion et spécialement dans la religion chrétienne. Mais en vain cherchera- 1— il à nous persuader que ces idées importées de la philosophie allemande la plus récente dans le christianisme se laissent historiquement rattacher à Jésus ou à saint Paul et au christianisme historique qui s'est principalement fondé sur leur doctrine, et ce n'est pas sans raison qu'un docteur de cette tendance sera toujours réduit à jouer dans la théologie chrétienne le rôle du corbeau blanc.
Que restait-il donc comme dernière ancre de salut du « christianisme moderne? » Uniquement' « la doctrine primitive et authentique, la pure doctrine de Jésus. » C'était le dernier pas dans la réaction : le libéralisme s'est résolu à le faire ; il a décidé de biffer l'histoire entière du développement du christianisme et de comprimer la religion chrétienne pour la ramener à la taille qu'elle avait au moment
i de son développement où celui que la tradition lui
j donne pour fondateur la tira du berceau. Les pa-
■ ' rôles seules qui reproduisent un enseignement de
Jésus seront considérées comme ayant autorité,
nous ne voulons croire en lui que comme il a cru à
lui-même ; ce n'est qu'à cette condition que nous
-. serons les chrétiens authentiques et véritables, à
c cette condition que notre christianisme sera le chris-
r ,. tianisme de Jésus-Christ. La recette est claire : il
t... reste à voir, à quel résultat nous sommes ainsi
l: acheminés.
et:
iet'
HARTMANN, h
La doctrine de Jésus dans ce qui la différencie des interprétations postérieures a été exposée pour la première fois par Strauss dans la Vie de Jésus. Quoique ce célèbre ouvrage ait précédé les travaux où l'école de Tubingue a montré que l'Évangile de saint Jean n'est pas une source historique dont on puisse faire usage pour la connaissance de la vie et moins encore de la doctrine de Jésus, l'exposition j sépare déjà suffisamment les synoptiques du quatrième évatîgéliste pour qu'à la lecture l'élimination nécessaire du dernier puisse s'opérer sans difficulté. Lue de cette manière, l'œuvre de Stfauss, malgré les
progrès des recherches historiques, est encore le guide le plus instructif pour l'étude de la doctrine de Jésus, parce que sa critique est la plus saine et qu'il nous fait grâce de la phraséologie sentimentale, dans laquelle, à l'exemple de Renan, la plupart des auteurs plus modernes ont cru devoir envelopper leur sujet avant de nous Poffrir, à tel point qu'on serait déjà plus que rassasié avant d'être arrivé au noyau *. Sans doute la doctrine de Jésus nous fait grâce d'une multitude de dogmes que saint Paul, saint Jean et le développement postérieur présentent à notre acceptation. Jamais il n'est venu à l'esprit de Jésus de se croire un Dieu ou égal ou seulement semblable à Dieu : il aurait repoussé de telles imaginations avec plus d'indignation encore qu'il n'en mit à se défendre de Tépithète bien innocente de « bon » au sens de l'exemption de péché (Matth. XIX. 13). Il ne sait rien d'une préexistence avant sa naissance, ne revendique aucune autre gloire à venir
i . L'exposition relativement la meilleure de la doctrine propre de Jésus que j'aie trouvée dans un ouvrage théologique est peut-être celle du professeur Weiss dans son « Lehrbuch der biblischen Théologie des Neuen Testaments » (Exposition de la théologie biblique du Nouveau-Testament). Berlin, Herz, 1868 «1" Tfceil. «Die Lefire Jesu nach derâltestenUeberliferung. » (Impartie : La doctrine de Jésus selon la tradition la plus ancienne). Weiss ne fait pas ou du moins fait peu de phrases et ne tombe pas dans la manière aujourd'hui si goûtée de faire de Jésus un libéral cosmopolite.
que celle d'un juge et d'un roi choisi de Dieu pour juger et conduire son peuple élu ; jamais il n'emploie l'expression de « fils de Dieu » que pour désigner un objet privilégié de l'amour paternel de Dieu pour tous. Il va sans dire que toute idée de porter atteinte à l'unité et à la simplicité de Dieu dans le sens de la Trinité qu'on imagina plus tard est totalement exclue ; mais la tentative de prêter à Jésus la conception de l'identité hégélienne de l'esprit absolu et de l'esprit fini, est, au point de vue historique, plus monstrueuse encore. Ensuite Jésus ne voit dans la mort qui l'attend qu'un moyen énergique de réveiller les indifférents de leur torpeur et de les pousser à s'amender, et ce n'est qu'ainsi qu'elle lui devient un moyen de salut pour les âmes d'un grand nombre, qui, n'eût été ce sanglant témoignage du sérieux sacré et de la vérité de sa doctrine, ne s'en seraient pas inquiétés. C'est ainsi qu'on se débarrasse sans peine de la divinité, de l'impeccabilité surhumaine de Jésus- Christ, de la Trinité et de la mort rédemptrice , quand on réduit le fond du christianisme aux données fournies par les synoptiques sur la doctrine de Jésus. La question est seulement de savoir si l'on veut prendre aussi dans le marché les autres conséquences du retour au point de vue de Jésus, qu'on doit chercher sinon précisément en
LE CHRISTIANISME DE JÉSUS-CHRIST 6b
arrière du judéo-christianisme, au moins dans les points de vue antérieurs comme présentant un entre-deux entre le judaïsme contemporain et le judéo-christianisme.
Jésus était Juif des pieds à la tète 4 , son éducation avait été l'éducation nationale juive, jamais (abstraction faite des influences de l'essénisme judaïque) l'influence d'une culture étrangère ne l'avait effleuré. Il vécut et mourut dans le cercle des idées de son temps et de son peuple, partageant la su* perstition du premier comme la foi nationale aux prophéties qui était le propre du second. Toute son activité fut vouée à reproduire le modèle du prophétisme juif sans en excepter les exercices ascétiques. C'était, depuis les prophètes, une croyance reçue qu'un jour le Dieu national des Juifs rassemblerait tous les peuples autour de son temple , et déjà depuis longtemps les Juifs avaient accueilli des prosélytes sortant de peuples* étrangers. Les rapports internationaux dont la fréquence était allée en croissant dans les derniers siècles avaient sans doute fortifié encore le penchant du sentiment religieux national à se transformer par voie d'expansion en un sentiment religieux universel, et le retour