ÉVOLUTION OU INNOVATION
le peuple quand il a perdu avec la religion la seule forme sous laquelle l'idéalisme lui soit accessible.
Après d'aussi frappantes démonstrations, il est devenu impossible à quiconque formait pour le peuple le vœu d'une culture plus relevée, de ne pas voir que la religion lui est indispensable comme ressort éducatif principal pour développer en lui le sens de Fidéal, que, si le progrès civilisateur croit pouvoir négliger ce facteur, il ne fait que favoriser des tendances hostiles à la culture qui se couvrent du manteau de la religion, enfin que nonobstant la religion ne saurait sous la forme des confessions traditionnelles servir de soutien à une ère de développement intellectuel avec laquelle ses principes fondamentaux la constituent en antagonisme.
Dans une telle situation le problème religieux s'impose, et l'on s'explique à merveille le zèle avec lequel on s'évertue de tous côtés à produire une religion qui, s'harmonisant avec l'esprit moderne et les fins de notre civilisation, soit à la hauteur de sa mission de faire l'éducation idéale du peuple. Il est naturel que ces efforts se rattachent aux religions traditionnelles, soit parce que ce serait une entreprise hasardée et inexécutable de tout recommencer, soit parce que la continuité historique s'est imposée à la conscience moderne comme un bien inappré-
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ciable, impossible à remplacer et tel que, pour le conserver, auoune concession admissible ne doit paraître excessive.
Toutefois, quelque certains que puissent être de notre estime personnelle les hommes qui consacrent leur vie à une œuvre d*un intérêt aussi capital, il y a lieu de se demander sérieusement si la préservation de la continuité au sens strict est encore possible dans notre position historique, ou si en fin de compte nous ne sommes pas à Tun de ces instants de Thistoire où une grande idée a parcouru toutes les phases de son évolution et se voit condamnée irrévocablement à quitter la scène pour y être remplacée par d'autres idées maîtresses, non toutefois sans transmettre à la phase d'évolution nouvelle quelques-uns de ses éléments les plus importants et sans servir d'engrais avec les autres pour la nou-^ velle vie qui pousse ses rejetons. Si Ton adoptait la seconde alternative, la continuité historique au sens erait encore sauvegardée lors même que la e avec les principes dirigeants de la période lure et l'admission de germes féconds impoploin font toujours l'effet d'un saltus, autreit d'une révolution.
indant, comme toutes les réformes, toutes les nouvelles d'une évolutioa à l'iatérieur d'un
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ÉyOLUTION OU INNOVATION H
sgiil et piême cycle procèdent aussi plus on mpif)s (Jg Tintroductiop de pouve^px germes d'idées, et cme, d'^utr^ part aussi, ^ \^ ftn d'i^n anci0n cycl^j et au début d'w nouveau, les nouvpUgs idées fécoïi- 4&ntes m tomb^pt pa^ du ciel, piais reippntent h révQlwtiQU de }a culture antérieure, on vpit qu>n définitîYe les deux ca^ pe diffèrent qije par le degré, c'est-à-dire que }ewr diflférepce gît essentiellement dans la mesure relative d'importance à laquelle prétendent, d'une part, }es éléments conservés de l'évolution rectiligne antérieure^ de l'autre Je? ingrédients versés par des affluents. Qn'à ce point de vue on mptle en parallèle l'éclosion 4u bouddhisme du sein du brahmanisme pt la Réformatipp, d'une part; de l'antre, le premier 4e çeg événements et Papparition du çbristianisme dans I0 juda|sme^ et l'on comprendra ma pensée.
Ce serait toutefois une erreur de croire la diffé-' rencQ 4e 4egré e^^clusive de la différence qualificative, Il ^n va partont ainsi dans la nature : 4e^ différence» de degré au delà 4'nne perta^e mesurp se lai«?ient percevpir commue (les 4ifférpnce9 qualitatives (qn'pn pense, par exemple, h la différence cintre l'ftme de la bote et l'toe humaine), et causent inême selon les circonstances pn brusque changement de qualité (qu'on se rappelle la modification de
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l'état d'agrégation accompagnant* l'élévation ou rabaissement de la température). C'est ainsi que l'introduction de nouveaux germes d'idées et l'expulsion de principes usés étant poussées à un certain point, la continuité' historique de l'évolution au sens étroit paraîtra sauvegardée, tandis qu'un certain degré une fois dépassé, la rupture avec l'état antérieur et l'avènement d'une direction nouvelle deviennent éclatants.
Appliquons cette considération à la marche que suit l'évolution de l'idée chrétienne, voici la question qui se pose dès à présent : la nécessité ne s'est-elle pas fait sentir de tellement émonder la tradition que ce qu'il en reste n'a aucune puissance pour réchauflfer l'enthousiasme en tant que religion ? Ensuite les retranchements devenus indispensables n'ont-ils pas porté précisément sur des pierres de fondation de la foi chrétienne, et ne font-ils pas passer toute envie d'habiter un édifice ainsi privé de ses assises, aussi longtemps qu'on n'aura pas remplacé par des pierres nouvelles celles qui ont été emportées? Les réflexions qui viennent d'être présentées sur la nécessité d'une religion en général et l'impossibilité de conserver une religion hostile au développement de la culture moderne , peuvent jeter maints esprits honnêtement soucieux du bien
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