‹ La religion de l'avenir (volume 3)Chapitre 8 sur 19 · SAÎNT PAUL ET SAINT JEAN 5T · texte numérisé non relu

SAÎNT PAUL ET SAINT JEAN 5T

à la recherche duquel on s'était mis. Saint Jean s'otfrit tout d'abord, et la thèse de Schelling qu'au christianisme de saint Pierre et à celui de saint Paul devait succéder un christianisme de saint Jean eût été de nature à séduire Tamateur de constructions philosophico-historiques, si malheureusement elle n'était venue trop tard. Mieux qu'aucun autre un Spener était sur la voie pour arriver à ce christianisme îohannique; seulement le luthéranisme était encore trop fort à ce moment pour qu'on pût le renverser au profit d'une phase nouvelle, et Spener lui-môme avait trop peu conscience des divergences doctrinales du Nouveau Testament pour se prononcer nettement en faveur de saint Jean ou, qui plus est, contre saint Paul. Son successeur moderne, Schleiermacher, se présente juste à la dernière heure pour tenter de reconstruire d'après saint Jean la vie et la pensée authentiques de Jésus^ car cet Evangile considéré par lui comme le plus digne de foi et le plus rapproché des événements, fut peu de temps après sa mort reconnu pour être le dernier en date de tous les écrits importants du Nouveau Testament et comme destiné à donner satisfaction à une tendance, à préconiser une conception qui, bien plus encore que le paulinisme, s'éloigne de la doctrine de Jésus. Schleiermacber fut donc le dernier à qui il fut per-

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fe8 LÀ RÈLïblON DÉ L^ÂVÉktH

mis d'essàyéi', eh conforidâht diverses époques de riévôlutlon dbgihatiq'ue, de hiettf e aii jour une consir\ictîoil digtie de mémoire. Pouï* nous, hoûs sommes hés trop laM i)our une telle entreprise, et notre rôle doit se borner à saisir chaque phase de développement dans ses caractères dislihctîfcs, Â ce poiht de vue il n'y â çèè de ààxxtè que lé poihi; de vue de saint îeaii est datis l'échelle deé principes lé plus felèvé 'qui soit atteint dahs le HôiivéaU t^èstâihéîit, et '4tle , grâce à la phllosbiihle àlèXâhdritie qui y est c'ôhilhe fondue et liar là placé cetttiraiè qù'ii assigne à la charité, il déploie dèà profondeurs et déà beautés qhi dani lé développement qui â siiîVi tté fdrehl pbtht utlliôéès àeloïl lé\iir Vàlétlr. fet cependant sâilil jèàh ne peut hôh plds èervir de àù'|iport à, hbè cohcejptlôhà îrîèligleusès. Mêrhe éh ràlsàht àbstractîôh du dhalishie tràtiché, Vraiment bànichèeh, qui oppose des éhïahtâ dfe fiieû'et des ehïàhts dû diable, prédfesllhés de toUtfe éternité, et qui cohlràètë ètràngeiiieiit avec l'hUniànitarisme dé la Conscience ihodbrhé (J'ui demande à tôUt etnbraéàer, hiéihé feii feisahl àbsthictlon de feeé fréttùénlfes bfehûles dâhâ leà idè'éi jùiVeB eli té qui concerné leè chàtihî^éhtâ et de ce qÛll f a de péti hiûf , 'de rtiàl dlgété dànè àôil ïiàysbctettiè, diaii§ ses éhohcêè hiétalihysiqhéà qii'il l Fait de toous jeteir du haut dû ciel conirhô deâ flocons dé

SAîNt t'AUL ET SAÏNt JEAN 59

neige, Il y aiit*à IbujoUirs \ih obstacle Ihvlhcible à ce ti\lfe ftoùà sttustîf iViohà à soh point de Vue dbgtoàti- (îue : c'est là dbcltine <ilii ôècûpe lé bentrê db sa tîbnceptioh du tadhde, là doctrine dé la divlttité et d^ là fonction médiatrice de Jésus-Chriât '.

La croyance ^ué nul ne vient à Dieu qiié t)at Je- Stts-Christ, c'^esl eh «ièllië temps Fanathtèmè ïùlhaîriô «outre quibélUqûe he croît pas à la liècsessité de cettô fiàédiâtloh; fet là trôyàncé qUô rittcarnâtlon dil Logos date JéSbà-ChHst a Uh âônS tout autre (ïUé là ttiètne ittGâWiâtioii dàfe Laitse OU dàh§ Spinoza tt'ést paà â rtiàagé dôé hbtiitneâ bUltivéiâ d'aûjburd'hti!. Aussi Mi^ le prôltefctàtttlsitté libéral à^^t-il lé seminiént très Juste d© teratbleBsedûidfiAHnt^me, et il à tàôitément abandomié celte redoute ou plutôt ce réduit cens* truit par ScWeiermacher, d'autant plus volontiers que la métaphysique johannique, la doctrine du Lo* gos, a un caractère panthéistique si accentué qu'au fond les théologietis libéraux théistes ne s'y sont jamais bien habitués, il n'y a qu'un ttoéologteii spéculatif ayant, comme Ta eu Th^li^i Bied^mann

1. Corrip. F.-Ch. Éaùr, a Vorlesungen uber NeutestâittemUche îîieologie i^ (Lèçoné sut* là tûéôlt^ô U\i Nouveau Testament). Leipzig^ Fûes, 1864. « 3« Période. 2' Theil, 2 *. Der Jôhanheiâiche Lehrbegriïîf (3« Ipèrloie, 2* Vartiô, t : Le dogme de saint Jean). — F.-A . MûUer, ouy. cité, « 9" Brief : Die Lehre des johannes » (5* lettre : La doctrine de saint

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60 LA RELÎGION DE L*AVENtR

dans sa Dogmatique chrétienne j le courage de prouver qu'il y a contradiction entre l'existence absolue et la personnalité et de faire une franche profession de panthéisme, il n'y a, disons-nous, qu'un tel théologien qui puisse avec Hegel trouver dans la doctrine johannique du Logos et dans l'unité de l'esprit absolu et de l'esprit fini qu'elle cherche à réaliser, la seule notion qui résiste victorieusement à l'examen dans n'importe quelle religion et spécialement dans la religion chrétienne. Mais en vain cherchera-t-il à nous persuader que ces idées importées de la philosophie allemande la plus récente dans le christia^ nisme se laissent historiquement rattacher à Jésus ou à saint Paul et au christianisme historique qui s'est principalement fondé sur leur doctrine, et ce n'est pas sans raison qu'un docteur de cette tendance sera toujours réduit à jouer dans la théologie chrétienne le rôle du corbeau blanc.

Que restait-il donc comme dernière ancre de salut du « christianisme moderne? » Uniquement « la doctrine primitive et authentique, la pure doctrine de Jésus. » C'était le dernier pas dans la réaction : le libéralisme s'est résolu à le faire ; il a décidé de biffer l'histoire entière du développement du christianisme et de comprimer la religion chrétienne pour la ramener à la taille qu'elle avait au moment

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SAtNT PAUL ET SAÎNT JEAN 61

de son développement où celui que la tradition lui donne pour fondateur la tira du berceau. Les paroles seules qui reproduisent un enseignement de Jésus seront considérées comme ayant autorité, nous ne voulons croire en lui que comme il a cru à lui-même ; ce n'est qu'à cette condition que nous serons les chrétiens authentiques et véritables, à cette condition que notre christianisme sera le christianisme de Jésus-Christ. Là recette est claire : il reste à voir à quel résultat nous sommes ainsi acheminés.

HARTMANiN*.

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La doctrine de Jésus dans ce qui la différencie des interprétations postérieures a été exposée pour la première fois par Strauss dans la Vie de Jésus. Quoique ce célèbre ouvrage ait précédé les travaux où l'école de Tubingue a montré que l'Évangile de saint Jean n'est pas une source historique dont on puisse faire usage pour la connaissance de la vie et moins encore de la doctrine de Jésus, l'exposition y sépare déjà suffisamment les synoptiques du quatrième évangéliste pour qu'à la lecture l'élimination nécessaire du dernier puisse s'opérer sans difficultés Lue de cette manière, l'œuvre de Strauss, malgré leê

progrôa dea recherchas historiques, est encore le guide le plus instructif pour Tétude de la doctrine de lësus, parce que sa critique est la plus saine et qu'il nous MX grâce de la phraséologie sentimentale, dans laquelle, à l'exemple de lienan, la plupart des auteurs plus modernes ont cru devoir envelopper leur sujet avant de nous l'offrir, à tel point qu^on serait déjà plus que rassasié avant d*étre arrivé au noyau i. Sans doute la doctrine de Jésus nous fait grâce d^une multitude de dogmes que saint Paul, saint lean et le développement postérieur présentent à notre acceptation. Jamais il n^est venu à l'esprit de Jésus de se croire un Dieu ou égal ou seulement ^semblable à Dieu : il aurait repoussé de telles imaginations avec plus d'indignation encore qu'il n'en mit à se défendre de Tépithète bien innocente de € bon » au sens de l'exemption de péché (Matth. XIX. 13). Il ne sait rien d'une préexistence avant sa naissance, ne revendique aucune autre gloire à venir

1 . L'exposition relativement la ineilleure de la doctrine propre de Jésus que j'aie trouvée dans un ouvrage théologique est peut-être celle du professeur Weiss dans son « Lehrbuch der biblischen Théologie des Neuen Testaments » (Exposition de la théologie biblique du Nouveau-Testament). Berlin, Herz, 1868 «!'• Theil. «Die Lehre Jesu nach der âltesten Ueberliferung. »(!'• partie : La doctrine de Jésus selon la tradition la plus ancienne). Weiss ne fait pas ou du moins fait peu de phrases et ne tombe pas dans la manière aujourd'hui si goûtée de faire de Jésus un libéral cosmopolite.

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que celle d'un juge et d'un roi choisi de Dieu pour juger et conduire son peuple élu ; jamais il n'emploie l'expression de « fils de Dieu » que pour désigner un objet privilégié de l'amour paternel de Dieu pour tous. U va sans dire que toute idée de porter atteinte à l'unité et à la simplicité de Dieu dans le sens de la Trinité qu'on imagina plus tard est totalement exclue ; mais la tentative de prêter à Jésus la conception de l'identité hégélienne de l'esprit absolu et de l'esprit fini, est, au point de vue historique, plus monstrueuse encore. Ensuite Jésus ne voit dans la mort qui l'attend qu'un moyen énergique de réveiller les indifférents de leur torpeur et de les pousser à s'amender, et ce n'est qu'ainsi qu'elle lui devient un moyen de salut pour les âmes d'un grand nombre, qui, n'eût été ce sanglant témoignage du sérieux sacré et de la vérité de sa doctrine, ne s'en seraient pas inquiétés. C'est ainsi qu'on se débarrasse sans peine de la divinité, de l'impeccabilité surhumaine de Jésus- Christ, de la Trinité et de la mort rédemptrice , quand on réduit le fond du christianisme aux données fournies par les synoptiques sur la doctrine de Jésus. La question est seulement de savoir si l'on veut prendre aussi dans le marché les autres conséquences du retour au point de vue de Jésus, qu'on doit chercher sinon précisément en

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LE CHRISTIANISME DE JÉSUS-CHRIST 6b

arrière du judéo-christianismey au moins dans les points de vue antérieurs comme présentant un entre-deux entre le judaïsme contemporain et le judéo-christianisme.

Jésus était Jui/ des pieds à la tète S son éducation avait été Téducation nationale juive, jamais (abstraction faite des influences de Tessénisme judaïque) Tinfluence d'une culture étrangère ne l'avait effleuré. Il vécut et mourut dans le cercle des idées de son temps et de son peuple> partageant la superstition du premier comme la foi nationale aux prophéties qui était le propre du second. Toute son activité fut vouée à reproduire le modèle du prophétisme juif sans en excepter les exercices ascétiques. G*étaity depuis les prophètes, une croyance reçue qu'un jour le Dieu national des Juifs rassemblerait tous les peuples autour de son temple , et déjà depuis longtemps les Juifs avaient accueilli des prosélytes sortant de peuples étrangers. Les rapports internationaux dont la fréquence était allée en croissant dans les derniers siècles avaient sans doute fortifié encore le penchant du sentiment religieux national à se transformer par voie d'expansion en un sentiment religieux universel j et le retour

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