LE CHBISTIANISME DE SAINT PAUL ET LE CHRISTIANISME DE SAINT JEAN
Les livres canoniques du Nouveau Testament procèdent, on le sait, de points de vue très-divers quant à la foi et à la doctrine, et offrent à qui entend ce qu'il lit le spectacle d'une polémique religieuse ardente. Il n'est pas moins connu que. plusieurs des dogmes les plus importants appartiennent à des-^^ phases postérieures du développement du christianisme, si bien que des violences d'interprétation sont nécessaires pour les découvrir dans le Nouveau Testament, où nous n'assistons au développement de la doctrine chrétienne que pour un laps de temps qui va d'un siècle à un siècle et demi. Il en résulte naturellement des contradictions des écrits du Nou- 4 veau Testament entre eux et avec les formes posté*
rieures du développement du dogme ; mais ces contradictions sont ignorées , regardées de haut, ou lorsque des adversaires les relèvent avec intention, niées sans autre, par le sentiment religieux sûr de lui-même, fondé sur lui-même, pour lequel le monde entier des idées religieuses n'est qu'un moyen de se rapprocher de ses buts. Dès qu'il est devenu un pouvoir indépendant, assez indépendant pour reconnaître les contradictions comme elles existent et pour s'en scandaliser, le sens de la vérité scientifique est un sûr symptôme du refroidissement du sentiment religieux et de la fin de sa domination exclusive sur l'&me, car tant que ce sentiment est assez ardent pour n'admettre aucun partage, le sens de la vérité ne saurait en aucune façon lui faire échec avec assez de succès pour entraîner rintelligence et lui faire avouer Texistence de réelles contradictions. Telle était la situation du moyen âge chrétien, voyant dans les assertions des œuvres canoniques et des pères de l'Église en possession de l'autorité une doctrine unique et invariable. La fiction selon laquelle le christianisme est une doctrine sans développement est encore aujourd'hui reçue dans le catholicisme, puisqu'on y enseigne que tous les décrets des conciles n'ont été que des définitions de doctrines chrétiennes
ayant existé dans réglise depuis un temps immémorial ou dès le commencement.
En s'élevant contre les abus de TEglise d*alors, la Réformation déchira celte fiction et se fit réactionnaire, affichant la prétention d*annuler une portion de l'histoire du développement chrétien et de remonter au Nouveau Testament, c'est^dire au point de vue doctrinal du premier siècle après la mort de Jésus-Christ. Il est vrai qu'à son insu elle foussait et défigurait cette doctrine en y comprenant paiement les résultats du développem^it postôrtour qui avaient f heur de lui agréer. Le protestantisme ne fit que rester fidèle à son principe quand il continua l'oeuvre commencée, quand il découvrit et signala successivement les anachronismes par lesquels s'é* tait indûment enrichie la dogmatique du Nouveau Testament, retrancha des périodes toujours plus longues de l'histoire du développement du christia- <nisme,et devint ainsi toujours plus réactionnaire à mesure qu'il croyait devenir plus libéral. Il faut dire que rhistoife des dogmes avait proposé à Teeq^t des choses toujours plus inacceptables ; cependant elles n'étaient que les conséquences lo^ques des propositions contraires à la raison qu'impliquaient les principes fondamentaux . Aussi le travail commencé ne fut pas autre chose que Veffilement suc-
cessif du tissu habilement ouvré de la dogmatique chrétienne, et l'achèvement de Topération ne laissa plus subsister qu'un vieux fil sans uss^e. Les con* tradictions radicales des principes avaient contraint à des sophismes toujours nouveaux et toujours plos subtils, auxquels il n'y a rien absolument à objecter une fois les prémisses accordées : roppositk>n aux conséquences parce qu'elles contredisent la raison doit nécessairement conduire à rejeter aussi bien les principes fondamentaux pour le même motif. L'on ne peut, sur ce sujet, se faire illusion et se tranquilliser qu'à la conditiou de n'accorder aux principes fondamentaux qu'une adhésion nominale en les vidant de leur contenu propre, puis en s'imaginant que l'oxi est encore chrétien*
Luther s'était appuyé sur reDsei({neiDent de l'apôtre saint Paul, eroyanA de bonne foi s'être ainsi approprié la substance du dogme chrétien dans «a généralité. £h bien , fat doctrine de saint Paid n'a \[ absolument rien de commun avec renseignement de ^ Jésus, mais se rattache simplement au caradâre inessianique du Christ et à sa mort rédemptrice par laquelle il doit être suppléé à l'insufâsanoe devant Oieu de la justice selon la loi telle cpie l'entendaient les Juife * . Or cette conception est devenue pour