Comp. F.-A. MûUer, ouvr. cité, p. 72 et suiv
postérieur au nationaUsme juif exduâf ne fiât qa'une réaction contre le cosmopoUtisme anti-judaïque du christianisme prêché aux fentiis. Jésus restait donc purement et simplement dans les voies d^à tracées du sentiment religieux de son peuple locsque» taat en accentuant le caractère indélébile de la l(n mossûique, il ne perdait pas de vue 1^ prc^agation ém culte de Jéhovah dbez les gentils. La croyance à la fin prochaine du monde s'opposait à tout tourne-, ment de r<Buvre missionnaire, si l'on voulait (^l'une partie quelconque des gentils pût être eaeote sauvée. A voir les choses du point de vue fsfdaoky* gîque , il est très-naturel que les espérance» Sd&r dées sur les adhésions à gagner parmi les gentilSi prissent d'autant plus possesâon de l'Ame de Jésof qu'il se voyait plus lunèrement déçu dans son at* tente de réussir à percer avec ses idées au miUeu des jui& eux-mêmes.
Jésus est juif et rien que juif, et si l'on en doute, cela vient uniquement, et en dehors de Tiniluence perturbatrice de la volonté, de ce qu'on ignore ce qu'était le judaïsme au temps de Jésus et ce qui te différencie du judaïsme de Moïse et des prophètes. Or il n'y a pas seulemMt entre eux la distance d'un temps égal à. la période qui du moyen fige s'étend à nos jours ; mais cette époque est traversée
d'événanents si extraordinaires (transportatioiis , conquêtes, mélanges avec des races et des civilisations étrangères) que la pensée d'une stagnation est absolument inadmissible. Le Talmud avec ses idées en partie libérales et humaines i était à peu près clos dès lors sous la forme de la tradition orale dans ses parties les plus importantes ; le juif lettré de répoque voyait TAncien Testament à travers la lentille du Taimud, exactement de la même manière qu'un protestant libéral d'aujourd'hui voit le Nouveau Testament à travers la lentille des lumières et de rhumanitarisme modernes. La doctrine de Jésus ne renferme rien qu'il n'ait reçu de la culture de son époque tout imprégnée du Talmud, même quelquesunes de ses paraboles sont empruntées au Talmud (et sans doute les comparaisons i>eu développées le sont au trésor des proverbes populaires). Le mérite positif de son aiseignement proprement dit ne consiste aucunement en ce qu'il aurait enseigné quelque chose de nouveau^ ni même en ce qu*il aurait donné à des éléments existants un caractère essentielle* ment nouveau en intervertissant leur positicni res*pective.U est uniquement dans le fiait que, grâce à lui,
1. Gomp. Emmanuel Deiitsch, a Der Talmud. > (Le TalnHid). Beriin, Dûmler. 1869. — Sachs « Stimmen vom Euphxat und Jordan. > c^oix de rEophrate et du Jourdain).
la tradition ésolérique des écoles retentit sur la place publique, que les plus pauvres et les plus misérables eurent ainsi leur part d'édification et d'instruction, et qu*avec sa vue perçante et sûre, il sut tirer de l'hypertrophie de l'érudition talmudique des perles véritables, sachant parer de naïveté les préceptes qu'il recueillait et, par la vertu d'une exposition vive et imagée , rapprocher de l'intelligence du peuple ce qui jusqu'alors lui était demeuré totalement étranger.
U est vrai que Jésus, outre les emprunts faits à la croyance religieuse populaire et à la théologie de son temps, a donné quelque chose qui lui appartient en propre^ei qu'il mettait précisément ces additions de son fait au centre de sa prédication, qu'il les répétait sans cesse et que c'est là-dessus qu'il appuyait et insistait avant tout. Mais précisément cet élément de son Evangile qui était bien original chez lui, dans la transmission duquel il faisait consister tout spécialement sa mission, n'est plus pour nous que la feuille sèche tombée de l'arbre, que la fcorie qui s'est déposée d'elle-même dans la marche du développement historique. Seulement dès qu'on élague ce développement subséquent comme voilant la doctrine primitive de Jésus, et qu'on présente cette dernière comme ayant seule des titres
à être considérée comme jouissant d'une autorité religieuse, Ton est obligé aussi de considérer la doctrine de Jésus comme elle se présente historiquement dans les documents, et de prendre pour apprécier Timportance relative des choses la môme mesure dont Jésus faisait usage.
Or qu'est-ce que l'Evangile de Jésus? L'affirmation prophétique que le royaume national juif de Jéhovah (pafftXeta tou 0eou) attendu par les Juifs dans le sens d'une théocratie terrestre devant régir une terre qu'il sera nécessaire de créer à nouveau (royaume de la terre) après la destruction de l'ancienne par le feu, Fafârmation, disons-nous, que ce royaume est proche, et que son avènement, c'est-à-dire la suppression du monde actuel et le jugement demieri doit se réaliser à si courte échéance qu'en tout cas la génération présente sera enveloppée dans ce dénoue» ment. C'est à cela que se borna d'abord son Evangile (qui n'est que la continuation de celui du Baptiste), et tous les conseils, tous les avertissements concernant la conduite pratique la plus convenable dans lesquels il s'écarte des opinions habituelles des juifs ses contemporains , ne font absolument que tirer les conclusions de cet Évangile, c'est-à-dire de la croyance qu'il ne vaut pas la peine de vaquer à un établissement sur la terre pour le peu de temps
qu'elle doit encore subsister, qu*il s'agit donc de s'occuper uniquement de pénitence et d'amendement pour n'être pas, au jour du jugement, dévore par le feu et exclu de la participation au royaume de la nouvelle terre. Jésus lui-môme parle partout de manière à témoigner clairement que dans sa pensée cela seul constitue le contenu spécial de son Ëvangile , et que, du reste, ses prédicatiOTts ne fcxit que répéter des exhortations et des promesses omnues sans rien apporter de nouveau.
Pour ce qui est de cette croyance à la proximité de la fin du monde, qui d'ailleurs trouve enoore dans les prophéties juives un point d'appui nationd religieux, évidemment elle vient de ia conviction profonde qu'un si mauvais monde mérite de périr, de l'idée que Dieu partage cette conviction et de la conclusion qu'elle doit déterminer Dieu à anénttir le monde sans délai. Cette prédiction, Jésus, comme en le sait, n'a pas été seul à la faire; mais partout et en tout temps un pareil enchaînement de pensées dans les âmes ouvertes aux émotions a conduit à de semblables prophéties religieuses, et il n'est pas rare non plus qu'elles aient été reçues avec autant de foi que celles de Jésus l'ont été par ses disciples. Bien que quelquefois Jésus fasse allusion à une anticipation idécUe de ce royaume de Dieu qui doit
bientôt venir, cette anticipation idéale n'en est pas moins inséparable chez lui de la foi à la réalité de la prophétie juive et & la vérité de son € joyeux mesh sage » annonçant que raccompUssementré^Cesl sir le point de se produire»
Ainsi donc, lorsque les adhérents modernes de la doctrine de Jésus historiquement attestée font si grand état d'être des chrétiens évangéliques autiientiques et inaltérés;, ils donnent de prhne abord au joyeux message de Jésus conoeroant le royaume de Dieu venu sur terre une signification opposée à celle que lui attribue expressément lésus et qui d'aueone façon ne pouvait aborder sa pensée. Sans doute si Yen fait de la vue scn-disant historique une teUe caricature qa*on voie en Jésus non un }uif palestinien vivant sous Tibère, mais vsï menibre anticipé da Protestantenverôn (Association protestante) de notre époque a étonnamment édairêe », alors sans doute il n*y a plus k s'étonner de rien, si ce n*est de la persévérance avec laquelle ce Jésus a ifetnit d'être juif par amour pour ses compatriotes. Mais s'il en est autrement, aa ne trouvera dans cette caricature de l'histoire rien qu'un reste du vieux divorce entre le sentiment religieux et la rasson, de cette faculté de fondre les inconciliables de façon à produire une image d'ensemble qui satis-
fasse le sentiment religieux. La seule différence est que pour le résultat qu'on obtient ici, il ne vaut décidément plus la peine de mystifier sa raison, et, en second lieu, qu'un pareil procédé s'accorde mal avec la prétention de suivre une méthode rigoureusement scientifique, critique, sévèrement historique.
Mais nous arrivons à la question capitale : étant admis que les adhérents du christianisme de Jésus- Christ ne veulent croire en Christ que comme il a cru en lui-même, dans quel sens a-t-il donc cru en lui-même"? On admet qu*il n'a cru en lui-même ni en tant que personnaUté divine préexistante, ni en tant que médiateur au sens de saint Jean, ni en tant que rédempteur au sens de saint Paul, ni en tant que modèle moral pur de tout péché. C'est parfait ; mais il est tout aussi sûr qu'il n'a pas cru en lui-même en tant qu'apôtre d'une nouvelle doctrine religieuse, ni en tant que fondateur de religion, U n'aurait pas été médiocrement surpris et incrédule si on lui avait prophétisé qu'à son activité religieuse se rattacherait la naissance d'une nouvelle religion qui poursuivrait le judaïsme, sa mère, d'une haine ardente et envenimée.
De fait, Jésus n'a cru en lui-môme, au commencement de sa carrière, que comme en un prophète élu de Dieu, et ce ne fut qu'avec le temps que grâce à ses
guérisons miraculeuses et sous Tinfluence des louanges de personnes à Tesprit malade et exaltées qui saluaient en lui le Messie, le sentiment de ce qu'il était atteignit une hauteur suffisante pour qu'il crût en lui-même comme étant le Messie attendu, quand bien même jusqu'aux guérisons miraculeuses aucun des signes marqués par les prophètes ne cadrait avec sa personne *. C'est ainsi qu'il dut se résoudre à sanctionner par son silence la fausse opinion qu'il était issu de la maison de David,et à interpréter sa carrière prophétique comme une activité terrestre (totalement oubliée dans les prophéties) destinée à préparer les voies au Messie dans la pleine gloire duquel il ne devait descendre sur les nuées du ciel avec le feu qu'au dernier jour. En aucun temps Jésus n'a songé à une interprétation idéale des croyances messianiques des juifs de son temps; il n'y a certes pas plus songé que jusqu'à son dernier instant il n'a renié sa conviction de la fin prochaine du monde. Selon lui, c son royaume n'était pas de ce monde, » en ce sens seulement que le début de sa royauté devait dater de la fondation de la nouvelle terre et de la nouvelle Jérusalem dans lesquelles nous aurions grand tort de ne voir que des images. Ce ne fut qu'après avoir vu ces promesses de