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V. — LES DIEUX ÉTRANGERS

L'Egypte ne vécut pas toujours dans l'isolement. Elle entra forcément en relations avec les peuples

1. Pétrie, Medum, p. 31.Maspero, Études de Mythologie, l. II. I». 359, n. :;.

?. Dendérah, I. II, i». :>■> c.

3. WlEDEMANN, /.*' ciillf de 8 (ininuiil.r en Egypte, p. I H5.

i. Lorsque nous noua occuperons 'le- cosmogonies, noua étudierons en détaille rôle «!<•- dieux créateurs. Pour compléter noire tableau, nous croyons devoir dire quelques mots des dieux qu'on appelle cosmogoniques ». Ntl avail tram< monde ; Khnoumou avall ramassé le limon; S/iouavail séparé Sibou (la terre)el Nouti le ciel : Toumou, Atomou, an-

térieur au monde, <*>! l»- dieu créateur à Héliopolis : 1 !<> même rôle à Hermopolis.

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étrangers, et ces relations eurent nécessairement une répercussion sur la religion. L'Afrjj^UÊLetJ.' Asie lui firent don de quelques-uns de leurs dieux. L'Egypte ne pratiqua pas l'ostracisme à l'égard des dieux étrangers. Elle dut être hospitalière et tolérante. Elle n'en repoussa aucun ; mais il faut ajouter qu'aucune de ces divinités exotiques n'exerça une influence sérieuse sur l'évolution des idées religieuses. Dès la ive dynastie, les textes mentionnent Hâthor, la vache nourricière ; elle porte le surnom de « dame de Pouanît », de sa patrie d'origine, l'Afrique, et plus particulièrement le pays des Somalis. Bisou est aussi probablement originaire de la côte des Somalis, le pays de l'encens ; c'est pour cela qu'il est en relation avec les parfums des darnes égyptiennes. Il avait passé par des métamorphoses. 11 s'était manifesté d'abord en léopard, puis en homme, mais couvert d'une peau de léopard1. La déesse Nît est probablement d'origine libyenne. Le dieu nubien Doudoun trouva sa place dans les systèmes théologiques, quoiqu'il n'ait jamais pénétré dans la religion populaire. Lorsque les Égyptiens, par suite des conquêtes historiques, se furent établis en Nubie, Doudoun fut adoré, en même temps que Khnoumou, au temple de Semneh. Le dieu libyen Shehahidi conquit, lui aussi, droit d'asile dans le panthéon égyptien. Son nom se

.1. Pleyte, Chapitres supplémentaires du Livre des morts, p. 111- 184 ; Krall, Ueber den aegyptischen Gott Bes, dans Benndorf- Niemann, Das Heroon von Gjolbaschi-Trysa, p. 72-98.

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trouve même dans celui d'un certain Petéshehahidi, dont le Musée de Berlin possède la statue1. Les divinités sémitiques, Baal, A.s tarte, Reshepfa el Kadshou furent incorporées à la religion nationale. Leur culte était en honneur surtout dans l<i Delta*. Un récit mythologique, publié dans ces derniers temps, qualifie Astarté de « fille de Phtah » ::.

La question de l'introduction des dieux étrangers en Egypte nous conduit tout naturellemenl à nous demander si le phénomène contraire s'esl produit. La religion égyptienne a-t-elle pénétré chez les peuples étrangers? A l'heure actuelle, il n'esl guère facile de résoudre ce problème avec toute la précision désirable. On ne peut que fournir des indications. Les Egyptiens ne porlaienl jamais atteinte au culte des pays qu'ils avaien! soumis à leur dominai ion ; ils le laissaient toujours subsister; ils imposaient leurs propres dieux, comme ils lirenl en Nubie. Les Hébreux, d'après la Bible, séjournèrent assez, longtemps en Egypte. On a voulu savoir s'ils avaien! été influencés, à un degré quelconque, parla religion égyptienne. Certains auteurs, Ed. Meyer et Stade, ont écarté le problème même parla question préjudicielle : ils doutent du séjour des Israélites en Égyte parce qu'ils refusenl toute

1. Maspero, Sur deux strie* récemment découverteê, dana le H eueil de travaux^ t. iv, p. K>.

2. De VoGUê, Mélanges d'archéologie orientale, p. il el Buiv., Ed. Mi iter, Ueber einige semitische Gottery §n, Semitu

Aeg y pten, dans la Zeitschr, derDeul. èiorg. GeteU. t. XXXI, p. 724 :;. Spiegelberg, dana les Proceerfinya, 1902, p. 11.

valeur historique au Pentateuque. Ce radicalisme ne saurait être admis. Le séjour des Israélites en Egypte est un fait historique absolument certain1. Le mot : Isiraalou (Israël) se trouve sur la stèle de Mînephtah découverte par Flinders Pétrie, sur remplacement de l'Amenophium, à l'ouest de l'ancienne Thèbes 2. Les Aperiou, mentionnés dans les textes, ne sont cependant pas les Hébreux. Les fouilles de M. Naville ont en partie confirmé le récit de l'Exode. Certains savants trouvent la mention d'Osiris dans Isaïe, x, 4 (t»dn, « rouge » et tdn)> et celle d'Apis dans Jérémie, xlvi, 15 (nn). C'est tout ce que Ton peut dire. La thèse de Lieblein, qui croit découvrir des traces de la théologie d'Héliopolis dans les doctrines mosaïques, n'est pas assez probable au point de vue historique 3. Enfin durant la période gréco-romaine, le culte d'Isis se répandit un peu en Europe, sans pouvoir cependant y créer un courant profond et durable.

1. Maspero, Histoire, t. Il, p. 70-72. — « Les récits de la Genèse témoignent d'un état de choses analogue à celui que le texte égyptien nous révèle pour les temps de la XIIe et de la XIIIe dynastie ». (Ibid.. p. 71, n. 1).

2. Spiegelberg, Der Sicgeshymnus des Menephtah, dans la Zeitschrift, t. XXXIV, p. 14.

3. On peut voir sur cette question : Giiabas, Recherches pour servir à l'histoire de la XIX" dynastie, 1873 ; G. Ebers, Durch Gosen zum Sinaï, 1878 ; Naville, The slore-eily of Pilhom and the roule of Ihe Exodus, 1885 ; FI. Pétrie, Conlemporary Reuiew, 1896 ; V. Ermoni, La Bible et FÉgyptologie, 1903.

CH. V. — LES DJEUX Dhl LA RELIGION POPULAIRE 165 VI. — LUS DIEUX-MOR1 S.

A l'encontre des dieux d'autres religions, ceux de l'Egypte étaient mortels. Ils étaienl exposés à toutes les vicissitudes humaines et passaienl par le creuset de la mort. Il esl vrai qu'ils ne faisaient que changer de royaume, car, dans l'autre moinl» , ils gouvernaient les morts. L'Ame et le corps des dieux égyptiens subissaient la loi des affaiblissements successifs qui devaient par la force des choses aboutir à l'anéantissement. Mais on sul parer à cette, éventualité par de sages précautions. < ea corps et ces âmes furent l'objet des plus grands soins, et c'est ainsi qu'on se flattait de les conserver à la vénération de leurs fidèles.

Le procédé de conservation drs âmes divines traversa deux étapes. Dès les temps les plus anciens on se contenta d'enterrer les dieux à la montagne, parce qu'on pensait probablement que l'air plus pur des montagnes est un préserval il conl re la dissolution. Comme les montagnes reposaient sur des terrains sablonneux, qui desséchaienl la peau du cadavre et la réduisaient bientôtà l'état de parchemin, on comprend le titre que prenaienl les dieux après la mort et la sépulture : Hiriou Shaîtou 96/iou, « qui sont sur leurs sables »*. Ce titre indique na-

1. Liure de savoir ce qu'il y <i dans VHadèt [iv* el \" heures de la nu il ; Lin m ai, Le tombeau de Séti l . h part. pi. ixxn un cynocéphale Qgurôaw ses tables), pi. ilu el buî\ dieux de la huiUème heure sur leurs sables).

turellement que le corps des dieux était, par la putréfaction, devenu poussière et s'était ainsi méangé au sable de la montagne. Plus tard, lorsqu'on eut découvert l'art d'embaumer, on s'en servit pour les corps des dieux, et, au lieu d'avoir leur poussière sur le sable, on eut ainsi leur momie. Il en résulta que chaque nome conservait précieusement la momie de son dieu. Thinis avait le tombeau d'Anhouri, Mendès celui d'Osiris, Héliopolis celui de Toumou1. Le souvenir des tombeaux des dieux s'était conservé même à l'époque romaine : « Les prêtres disent en parlant non seulement d'Osiris, mais aussi des autres dieux, qui ne sont ni inengendrés ni incorruptibles, que leurs corps reposent et sont soignés auprès d'eux, et que leurs âmes sont des astres qui brillent au ciel » 2. En mourant, quelques dieux changeaient de nom : Phtah de Memphis devenait Sokaris, Ouapouaîtou devenait Anubis, et Anhouri se transformait pendant la nuit en Khontamentit, « maître de l'Occident » 3. Le corps des dieux dans le tombeau suivait le sort de celui des hommes ; celui d'Osiris est Ourdou-hîl, «au cœur immobile». Les anciens jugeaient comme nous de la mort : lorsque le cœur ne bat plus, on a cessé de vivre. Dans le tombeau, les dieux, tout comme les hommes,

1. Maspebo, Eludes de Mythologie, t. II, p. 112; Lefébure, Le tombeau de Séti 7er, 4e part. pi. xliv-xlv.

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