De Iside et Osiride, xv
5. Lkdrain, Le Papyrus de Luynes, dans le Recueil, t. i, p. 91.
6. HRUGSGii,/?e//r//on und Mythologie, p. 349-351. Ce dieu est aussi appelé Toutou dont la signification la plus probable est « bondissant ».
7. Lanzonr, Dizionario di Mitologia, pi. xl, 2-3 ; Maspero, Revue critique, 1893, t. I, p. 289.
Ces combinaisons ne marquèrenl pas le dernier terme de l'évolution. La triade d'un dieu ei de deux déesses tomba en défaveur parce qu'elle n'assurait pas la succession d'enfants légitimes ; ou, pour parler plus exactoiiKMil, elle se transforma en deux triades, composées chacune d'un père, d'une mère et d'un fils. C'est ainsi que la triade de Thot, de Safkhîtoboui et de Nahmâouîl se démembra en deux autres triades : celle de Thot, de Sakhîtoboui et d'Harnoubi, et celle de Thot, de Nahmâouîl el de Nofir-Horn, « Horus bon ». Ce procédé aboutit fatalement à une multiplication de divinités. La chose était d'ailleurs facile. Ln ajoutant la tenninaison féminime il au nom d'un dieu, on formail une déesse. De Râ, d'Àmon, d'Horus, de Sobkou, on forma ainsi RAit, Amonît, Horît, Sobktt. Parfois aussi des dieux- fil s ne son! que le dieu-père prenant un nom spécial, et pourvu d'une individualité propre, [mhotpou, qui signifie « celui qui vient en paix » n'est qu'un surnom de Phtah ; le dieu prenait ce surnom avanl de devenir le troisième membre de la triade de Memphis. Les Grecs onl transcrit fm-hot-pou « Imouthès», el l'onl Identifié avec Asklépios '. Dans certains ca-s on constitua des triades avec (\c* divinités appartenanl à des nomes différents : c'esl ainsi par exemple que Phtah de Memphis tonna tour à tour une triade
1. Salt, Essai sur les Hiéroglyphes, trad. franc., p. 17-48, pi. m, i. ; Pierret, /.<• Panthéon égyptien, p. 77 ; \\ m di mann, Die R de/- alten Aegypter, p. 77.
avec la déesse Sokhit de Léotopolis et la déesse Bastît de Bubaste, et eut pour fils Nofirtoumou, « Atoumou bon » *.
Lorsqu'un nome ou une ville, pour former sa triade, donnait l'hospitalité à une déesse étrangère, souveraine dans son propre domaine, cette dernière perdait ses droits de suzeraineté dans sa nouvelle patrie et passaitau second rang. Hâtlior, toutepuissante à Dendérah, n'avait qu'une modeste situation à Edfou, en présence de son conjoint Haroêris. Celui-ci subissait le même sort, lorsqu'il mettait le pied à Dendérah, la ville royale de son épouse. Le chef de la triade était donc la divinité qui régnait dans le nome, où la triade s'était formée. L'autre membre conjoint venait en second lieu. Le dieu-fils occupait la dernière place. On équiparait le fils dans la triade à un fils dans une famille humaine. Il devait à ses parents le même respect et la même obéissance, les mêmes marques de soumission. Le fils de la triade, qu'il remplît un office propre comme Imhotpou à Memphis, ou qu'il ne remplît aucune fonction, n'en restait pas moins soumis à ses parents. Il n'était, pour ainsi dire, que le représentant de son père, de qui il recevait toute son autorité. Ces rapports étroits conduisirent dans la suite à une confusion, à une identité d'individus. Le même personnage pouvait être père et fils dans la même triade, selon le rôle de premier ou de troi-
1. Voir sa figure à tête de lion dans Lanzone, Dlzïonario di Mitologia, p. 385, pi. clxvii, 4, cxlviii, 1-2.
Cil. VI. — LES DIEUX DE LA THÉOLOGIE 17ô
Bième qu'il y jouait. lien résultait qu'il était toul
à la l'ois son propre père, son propre filsel le mari de sa mère. Cette complication a rendu extrêmement difficile la tâche des premiers mythologues égyptiens. Lorsqu'on se trouva en l'ace de ces combinaisons étranges, où le même individu prenait 1rs rôles les plus opposés, on ne sut comment les interpréter. La théologie égyptienne, elle, ne s'était pas beaucoup embarrassée de ces contradictions. Comme elle n'avait pas poussé assez loin son analyse, elle n'avait pas songé à surmonter les difficultés qu'elle soulevait sur sa marche. Elle ne dut même pas les soupçonner. D'autre part l'union de dieux d'origine diverse était un nouvel élément de complexité. En changeant de place, les dieux changeaient de rôle. En franchissant les limites d<> leurs états, ils déposaient leur couronne pour devenir à peu près de simples serviteurs. Comme les diverses divinités se rendaient la pareille, il en résulta une confusion que la science n'a pas encore complètement dissipée. Si l'on a pu tracer les grandes lignes, il reste encore beaucoup à faire pour tirer tout à fait au clair la théorie des triades.
IL — LES ENNÉADB8.
Les Ennéades, paoutt nouttrouy sonl l'élaboration par excellence de la théologie héliopolitaine.
Une Ennéade esl une réunion de neuf divinités, dont le chef porte le titre de Paoattt, M . Maspero re-
marque que « l'Ennéade égyptienne n'a de commun que le nom avec les Ennéades néo-platoniciennes1 » . Les Ennéades, dans la théorie des Héliopolitains, étaient chargés d'organiser le grand Tout. Elles étaient donc créatrices et organisatrices. Remettant à plus tard ce qui concerne la création, nous nous restreindrons ici aux détails qui sont nécessaires pour connaître les Ennéades.
Les Héliopolitains avaient une prédilection particulière pour le nombre neuf. Ils élaborèrent les Ennéades. <lont le nombre alla toujours augmentant. Malheureusement on n'a pas encore pu reconstituer exactement, toutes ces Ennéades. Les connaissances que nous en avons ne sont que fragmentaires. L'Ennéade créatrice avait pour chef le dieu Shou, qui « soulè e » le ciel. Deux autres Ennéades sortirent <le PEnuéadecréatrice. L'une, la petite Ennéade, avait pou: chefHarsiésis, le fils d'Osiris ; on ne connail |>as ! les autres personnages ; on s'accorde c< pendant our y incorporer Harhoudîti, l'Horus d'Edfou, I' iol et Ouapouaîti. L'autre, la grande Ennéade, paraît avoir compté parmi ses membres Anubis,el i | ual re génies funéraires, enfants d'Horus: Hâpi, Ams' , Tioumaoutf, Kabhsonouf. Ces trois néades avaient pour mission d'assurer le mouvement et la conservation du monde 2.
: . Hisloir . I, p. 142, n. 1.
!\ i>i;h les rie Mythologie, t. II, p. 299 et suiv., 353-
i ; îgyptologue n'a étudié les Ennéades avec autant de nce et de pénétration que M. Maspero.
en. VI. — LES DIEUX DE LA THÉOLOGIE 1/7
Les Ennéades héliopolitaines se répandirent bientôt et envahirent à peu près toute l'Egypte. Les autres collèges sacerdol.inx voulurent avoir, eux aussi^Jeur Ennéade. De ce mouvemenl «I imitation sortirent les dix autres Ennéades, qu'il suffira d'énumérer : Thinis et Sébennytos eurent FEnnéade d'Anhouri *, Çoptos el Panopolis celle de Mînou ; Edfou posséda celle djHaroêris, Qmbos celle de Sobkou « maître d'Ombos, dieu SuTou, père des dieux, dieu grand, maître de Neshîl [==Plolemaïs], crocodile qui se lève lumineux de l'eau du Nou divin, qui était au commencement, et, une fois qu'il fut, tout ce qui a été depuis le temps de Kà fut » 2 ; FEnnéade de Phtah trônait à Memphis, et celle d'Ainon, remplacé plus tard par Mouton, à Thèbes. Il arriva quelquefois «pic le chef de l'Ennéade était nue déesse : Nît était à la tête de l'Ennéade de Sais, Isis à la tête de celle de Dendérah.
Hermopolis fut pins audacieuse. Elle révolutionna le système héliopolitain, et commença par instituer un conseil créateur de cinq dieux Toumou, Thot, Nouîl, Sibou et Shou. Le souvenir de ce conseil se perpétua à Hermopolis de diverses manières. La ville s'appelait m Maison des Cinq . son temple « Demeure des Cinq », et son prince avait pour titre « Grand de la Maison des Cinq ».
1. Nous les désignons par l<> nom de leurs chefs, car il est presque impossible de désigner les autres membres.