‹ La Religion de l'Egypte ancienneChapitre 149 sur 220 · Brugbch, Religion und Mythologie^ p il · texte numérisé non relu

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il avait inventé ou possédait les écrits magiques, à la puissance et au charme desquels rien ne résiste ni au ciel, ni sur la terre, ni dans l'Hadès. Le conte de Satni décrit le « livre que Thot a écrit de sa propre main » i ; celui qui possède ce livre est l'égal des dieux. On lit à propos de ce livre : « Les deux formules qui y sont tracées, si tu récites la première, tu charmeras le ciel, la terre, l'Hadès, les montagnes, les eaux ; tu connaîtras les oiseaux du ciel et les reptiles, tous tant qu'ils sont ; tu verras les poissons de l'abîme, car une force divine les fera monter à la surface de l'eau. Si tu lis la seconde formule, encore que tu sois dans la tombe, tu reprendras la forme que tu avais sur terre ; même tu verras le soleil se levant au ciel et son cycle de dieux, la lune en la forme qu'elle a lorsqu'elle paraît ». Thot avait inventé les incantations divines ; il était même expert en musique ; il avait une remarquable justesse d'intonation, ma khrôoa, ilétaitcapable d'octroyer une voixjuste,smd khrôou, aux dieux et aux hommes 2. Jaloux des prérogatives et de la prééminence de leur dieu, les théologiens d'Hermopolis n'acceptèrent pas, les yeux fermés, la cosmogonie de leurs collègues d'Héliopolis. Pour eux le rôle principal dans la création devait appartenir à Thot, et ils se chargèrent en

1. Maspero, Contes populaires de l'ancienne Egypte, 2e édit. p. 175.

2. Nous reviendrons plus au long sur le rôle d'inventeur de Thot,

Cil. VIII. — LES COSMOGONIES 249

effet de le lui attribuer. Thol remplaça donc à Hermopolis Râ et Toumou.

Mais comment avait-il créé le monde? On conçoit qu'un dieu, si versé dans les modulations de la musique, n'ait pu employer, pour celle œuvre, que la voix, que la parole. A Héliopolis, Toumou, avons-nous vu, avait achevé la première phase de la création par ce simple commandement : \ îens à moi ». Thol avait perfectionné le procédé. La « première fois » qu'il s'était éveillé dans le Nou, il avait accompli la création par la seule voix. Sa voix avait été plus efficace que celle «I»- Toumou à Héliopolis. La voix de Toumou n'avail été quVoocatrice ; celle de Thol lui c/foificc ou formatrice ; elle ne tira pas les éléments de l'abîme : elle-même les constitua. A peine sa voix était-elle sortie de sa bouche, qu'elle était devenue être, qu'elle s'était condensée, figée en matière. Quant aux quatre dieux, qui gouvernent dans les quatre « maisons •> du inonde, ils étaient tombés de sa bouche sans aucun effort musculaire. Hermopolis avait donc réalisé un immense progrès. Héliopolis exigeait, pour la création, le commandement, la parole articulée. Pour les théologiens d'Hermopolis, le seul souffle de la voix avait suffi. Delà sorte, on épurait de

plus en plus le concepl. Il ne rolail qu'un pas à

faire pour arriver à une profonde vérité philosophique : le créateur avait <-<>n<;n% pensé le inonde avant de le parler, de le souffler. Les théologiens d'Hermopolis s'élevèrent ils à celle hauteur? Rien

de ce qu'on a jusqu'ici découvert dans les textes et les documents, ne permet de le supposer, de le conclure *.

Hermopolis compléta par des détails secondaires le cadre de sa cosmogonie. La séparation de Sibou et de Nouît avait eu lieu à Hermopolis même. Le temple féodal de la cité s'élevait sur un tertre. C'était le tertre, sur lequel Shou était monté pour élever Nouît à la hauteur qu'il jugeait convenable2. On lit dans certains textes que le nome hermopolitain est celui « où la lumière commença quand ton père Râ se leva du lotus » 3. Les quatre dieux secondaires qui, à Hermopolis, avaient pris part à la création, n'avaient employé d'autre procédé que celui de leur maître, Thot : la voix. Ils étaient fidèles à leur origine. En naissant, ils étaient sortis de la bouche de Thot : c'est aussi par la bouche qu'eux-mêmes produisirent et organisèrent le monde.

Il est évident que ces différentes cosmogonies accusent une forte évolution. Elles répondent aussi à des moments divers de la pensée religieuse, qui à force de se replier sur elle-même et d'approfondir le problème cosmogonique, s'achemine vers des solutions de plus en plus rationnelles. Cette

1. Sur la « création parla voix», cf. Maspero, Création by Ihe Voice and Ihe Ennead of Hermopolis, dan» Y Oriental quarterhj Review, 2e sér. t. III, p. 3G5 et suiv.

2. Livre des morts, ch. xvn, édit. Naville, pi. xxm, liv. 3 et suiv.

3. Dumichen, Geographische Inschriflen,L I, pi. lv, lig. 2-3 ; cf. aussi pi. xcvi,lig. 21.

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