CH. VIII. — LES C0SM0G0N1E
Plus profondément enracinées que les autres dans l'âme humaine, elles s'épanouissent, (rime manière peut-être inconsciente, sous des formes caractéristiques dont on retrouve des traces dans les systèmes théologiques. 11 y aurait lieu de songera la diffusion ou à la migration des mythes, problème <|ui p sionne encore les historiens des religions, el qui a fait l'objet de nombreuses recherches,
La théologie; d'Hermopolis soumet à une nouvelle épuration la conception cosmogonique, mais aboutit en même temps à des conséquences hasardeuses. Elle exalte la puissance de Thol , mais tombe dans le panthéisme. Pour l'école d'Héliopolis, les choses obéissent à la voix, au commandement de Toumou. Pour Fécole d'Hermopolis, I acte créateur se simplifie : la voix de Thol, le souffle <|ui sorl d<sa bouche devient les choses elles-mêmes. La création esl donc une émanation divine. Le souffle puissant de Thol, devienl connue l'étoffe de toute h» création, se coagule el se condense en elle.
Par ce procédé, les théologiens d'Hermopolis supprimèrent donc toute distinction, toul intervalle entre la voix de Thol el la création, H se séparèrenl ainsi des théologiens d'Héliopolis. Ils rattachèrent d'une manière plus intime le monde au créateur, et jetèrent incontestablemcnl la première base du panthéisme. Il esl même possible d'entrevoir la signification de ce mythe. Le souffle était regardé coin me h* signe de la vie. L'âme elle-même, avons-nous déjà observé, était conçue comme un
souffle. Dès lors le souffle était en somme comme un symbole de force et de puissance. Les théologiens d'Hermopolis le comprirent et c'est pourquoi ils chargèrent le souffle de présider à la création ou mieux de devenir lui-même la création. Pour nous faire saisir le système de l'émanation, on nous a donné bien des fois la comparaison de l'araignée qui tire sa toile de ses propres entrailles. Les théologiens d'Hermopolis avaient devancé cette comparaison. Thot tire le monde de sa poitrine, par le souffle qui en sort et s'en échappe. C'est, semblet-il, le dernier terme de cette évolution. Après avoir commencé par l'anthropomorphisme, la pensée égyptienne arriva à l'émanation, et chargea Thot, l'inventeur de toutes les sciences et de tous les arts, de tirer le monde de lui-même, ou plutôt de le projeter en dehors de lui-même, par la puissance de son souffle.
Les mythes cosmogoniques sont toujours intéressants, parce qu'ils essayent de fixer les relations qui existent entre le monde et la divinité, et de résoudre ainsi un des plus grands problèmes de la philosophie : d'où vient le monde et comment se rattache-t-il aux dieux? Mais ces mythes sont malheureusement obscurs, parce qu'ils représentent les premiers essais d'une raison encore inexpérimentée, qui marche plusou moins à l'aventure dans la voie qu'elle se fraye à elle-même. Elle voudrait comprendre et expliquer l'origine du monde, et, dans cette entreprise hardie, elle tâtonne et re-
Cil. VIII. — LES COSMOGONIES
cou ri, en somme à des solutions qui, pour manquer de consistance, n'en sont pas moins une manifestation de sa puissance el de sa curiosité. C'esl précisément pour ce motif <|u<' les cosmogonies sonl l'une des parties les plus importantes des religions. Nous avons vu par 'quelles phases passa la pensée égyptienne. Elle se rapprocha de plus en plus, sans jamais y arriver, de la création <lu néant.