Maspero, Histoire, t. I, p
cil. VIII. — LES COSMOGONIES
mauvais, es! stérile. On arrivail ainsi à une théorie qui n'est pas bien philosophique, mais qui suffi à satisfaire des esprits moins exigeants el moins développés que les nôtres. N'oublions pas d'ailleurs que ces solutions, qui nous paraissenl aujourd'hui enfantines, oui été le poinl <!<• dépari do solutions philosophiques. Elles oui donc eu leur utilité, car elles ont ouvert la voie el fourni l'occasion de concevoir des théories meilleures, H de s'approcher davantage de la vérité.
Une idée phallique paraîl aussi entrer dans ce mythe typhonien. Nephthysesl stérile. Sîl . son mari, ne parvient pas à la féconder. Elle se désole el elle esl jalouse de la fécondité d'Isis. Pour avoir une postérité, elle use donc d'un stratagème. Elleattire dans ses bras Osiris, h' mari d'Isis, ^ans que ce dernier en ait eonseience, conçoil et mel au monde Anubis. Comme nous L'avons déjà donné a entendre, il y a là une idée symbolique. Le Nil esl tellemenJ puissant el généreux qu'il porte la fécondité partoul où il pénètre. La déesse Nephthys, la femme de Stl, le désert, el, dès lors, le déserl femelle, s'unil à Osiris, le Nil, cl devient aus>ilôl féconde. Le \il fertilise donc, les terres arides du déserl, pourvu qu'il y pénètre.
Les cosmogonies d'Héliopolis cl d'Hermopolis sonl l'œuvre «le la théologie, d'une pensée plus raffinée el plus métaphysique. Voilé pourquoi elles marquent un progrès considérable sur les précédentes. L'anthropomorphisme recule de plus en plus el la
pensée égyptienne s'élève et se spirilualise. Dans ces deux cosmogonies, c'est la parole qui crée. Sous ce rapport, elles évoquent spontanément \eDieu dit de la Bible. Le trait dominant de la cosmogonie héliopolilaine, c'est la création par la voix pure et simple. Toumou crie : « Viens à moi », et aussitôt le lotus ouvre ses pétales et laisse échapper Rà. Cette création, qui est admirable dans son procédé, est cependant particulière dans son œuvre. Elleexplique surtout la création de Râ, de notre soleil, et montre comment le soleil est passé de son état ténébreux et voilé à son état brillant. Plongé à l'origine dans le Nou ténébreux, il en sort à l'appel de Toumou, et devient l'astre rayonnant, dont la lumière nous éclaire et nous échauffe. Cette création parla voix n'est en somme qu'une transformation du soleil. Ne fait-elle pas songer dès lors au récit de la Genèse, i, 2-3 : « Il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit :« Que la lumière soit ! », et la lumière fut » ? Toumou agit sur le Nou, les eaux ténébreuses, commande, et le soleil éclatant sort aussitôt ; l'esprit de Dieu, suivant la Genèse, se mouvait au-dessus des eaux, au-dessus de l'abîme rempli de ténèbres ; la lumière apparaît à son ordre. Il est impossible de ne pas être frappé de cette analogie. Et alors la même question se présente de nouveau. Avons-nous affaire à une infiltration quelconque ou à des traditions communes ? Les idées religieuses paraissent avoir une destinée spéciale.