‹ La Religion de l'Egypte ancienneChapitre 208 sur 220 · CHAPITRE X11I La morale · texte numérisé non relu

CHAPITRE X11I La morale

Les Égyptiens ont eu certainement clans L'antiquité une supériorité morale sur les autres peuples. Malheureusement nous ne connaissons pas tous les éléments de cette morale. On en connaît les idées directrices et elles suffisent à légitimer notre persuasion.

Les Egyptiens aimaient en général la vie et détestaient la mort. On ne sait sans doute pas toutes leurs aspirations ; mais, du moins dans les funérailles, on chantait un hymne qui n'était qu'une invitation à jouir de la vie et à s'amuser. Ce peut être là une tendance générale ; niais il y eut des exceptions. Un conte, conservé dans un Papyrus du moyen Empire, met en scène un homme pessimiste qui recommande de fuir le monde '. Les Egyptiens pratiquaient à un haut degré la solidarité et les vertus sociales. L'obéissapce aux parents cl aux

l. Erman, Gespraech eines LebensmQden mil teiner See/e, lw-ilin, 18%.

gens instruits, le respect des vieillards et des sages étaient prescrits comme une obligation. On exigeait aussi l'application et la fidélité aux devoirs de sa charge. On trouve, en ce qui concerne les devoirs à Tégard de Dieu, des maximes d'une beauté remarquable. « Dieu est l'auteur de toute prospérité ; on doit chercher sa volonté et ne pas enfreindre ses commandements ». Le défunt Béka dit qu'il avait porté Dieu dans son cœur. Remarquons pourtant que des pensées de ce genre sont très rares. On se montrait très serviable, très charitable même à l'égard du prochain. Souvent le défunt se vante, sur sa stèle, d'avoir été le mari de la veuve, le père de l'orphelin, l'appui des faibles, d'avoir convoyé l'homme qui n'avait pas de barque. La famille était assez bien ordonnée. La femme y avait une situation bonorée. La polygamie n'était pas défendue, mais elle n'était pas habituelle. C'était un phénomène exceptionnel. Dans les textes, il n'est question de harems que pour les rois. L'épouse jouissait, au sein delà famille, d'une assez grande indépendance. On regardait les enfants comme une bénédiction des dieux. C'était un grand malheur que d'être privé d'enfants, car on n'avait personne pour veiller au culte funéraire.

D'ailleurs, la morale égyptienne nous est assez connue par la Confession négative. Cette confession est d'une incontestable élévation et s inspire d'idées très pures. Les principaux devoirs qui règlent la vie de l'homme ici-bas, y sont mcn-

cil. MU. — LA MORALE 36*3

lionnes. Les préoccupations les plus louables s 'y font jour. Toiil y respire le respect de soi-même cl d'autrui. On a pu dire, peut-être avec un peu d'exagération : « Toul n'est pas égalemeni beau (huis celle Confession négative «pie les fidèles d'Osiris enseignaient à leurs morts. Les Intérêts matériels du temple y tiennent trop de pince, et c'est un crime aussi abominable de tuer une oie sacrée ou de dérober un gâteau d'offrande <jue de calomnier un homme ou de l'assassiner. Mais pour quelques traces de mesquinerie sacerdotale qu'on y découvre, que de préceptes s'y rencontrent dont nulle préoccupation égoïste ne ternit la pureté ! Toute noire morale s'y montre en germe, avec des raffinements de délicatesse (pie n'ont pas eus des peuples de civilisation plus complète el moins éloignés de nous. Le dieu n'y réserve pas sa tendresse aux heureux el aux puissants de ce monde, mais lés faibles en obtiennent leur pari : il veut qu'on les

nourrisse, qu'on les habille, qu'on les exemple de tâches trop lourdes, qu'on ne les pressure point,

qu'on leur épargne les larmes inutiles. Siée n'est pas encore l'amour du prochain tel que nos religions le prêchent, c'est du moins la sollicitude ingénieuse qu'un bon seigneur doil à ses vassaux, et sa pitié s'étend jusqu'aux esclaves: non seulement il n'entend pas qu'on les maltraite par soi-même, mais il défend qu'on les Casse maltraiter par leurs maîtres. Cette profession de foi, l'une des plus nobles que le vieux monde nous ait léguées, est

d'origine fort ancienne. On en lit les morceaux épars sur les monuments des premières dynasties, et la façon dont les rédacteurs d'inscriptions en manient les idées nous prouve qu'on ne la considérait plus comme nouvelle : c'était dès lors un texte si bien connu et de si longue date, que les formules en circulaient naturellement dans toutes les bouches et avaient leur place marquée dans toutes les épitaphes \ Fut-ce à Mendès qu'on le composa, dans la patrie du dieu, fut-ce à Héliopolis quand les théologiens de cette ville s'approprièrent le dieu de Mendès pour l'incorporer à leur Ennéade ? La conception en appartient certainement au sacerdoce d'Osiris, mais il ne dut se répandre en Egypte et y pénétrer partout qu'au moment où l'Ennéade héliopolitaine fut adoptée communément dans les cités » 2.

11 est évident que cette morale impose le respect. Les Egyptiens qui s'élevèrent à ces conceptions, occupent une place à part dans l'histoire de l'antiquité, et font bonne figure dans l'histoire plus géné-

1. Une des formules que l'on rencontre dans les tombeaux menphites dit, par exemple, que le mort a été l'ami de son père, le chéri de sa mère, qu'il a été doux pour tous ceux qui vivaient avec lui, gracieux à ses frères, aimé de ses serviteurs, et qu'il n'a jamais cherché mauvaise querelle à personne, bref qu'il a dit et fait le bien ici-bas (Lepsius, Denkni. n, 43 c, d ; cf. Pleyte, Élude sur le chapitre 125 du Biluel funéraire, p. 11-12 ; Maspero, Noies sur différents points de grammaire et d'histoire, § 21, dans les Mélanges d'archéologie, t. II, p. 215-216).

2. Maspero, Histoire, t. I, p. 191-192. Sur la morale égyptienne, voir Amélinlai; , Essai sur l 'évolution des idées morales dans l'Egypte ancienne, Paris, 1895.

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