IV. — LA PREMIÈRE ORGANISATION POLITIQUE
L'Egypte est donc habitée par une agglomération humaine. Son activité physique se traduisit surtout par d'admirables et grandioses travaux d'irrigation, qui distribuant, sur la surface du sol, les eaux du Nil, firent de ce pays l'un des plus fertiles du monde. Il reste encore des traces de ces travaux gigantesques. Il faut maintenant nous demander comment ces populations s'organisèrent au point de vue politique et social. (Test encore le Nil qui régla leur consl ilution politique.
La population étail divisée el organisée encom-
Recherches sur les Origines de l'Egypte, 2 vol. 1897 1892; Fi indi rs Petrie-Quibell, .X<t<j<t<l<i and Ballas, 1896; id., The Royal lombs of the flrsi dynasty, 1900 ; J.-E. Q\ roi i i . Hierakonpolis, 1900 ; Ahélineau, Les nouvelles fouilles d'Abydos, 1899 : id.. Le tombeau d'Osiris, 1900 ; s. Reinach, V Anthropologie, In'.1:, p. 232 : Bibsing, ib'ul., p, 241, 408 ; J. Capart Revue <U- l'Université </<■ Bruxelles, 1898-1899., p. lor> ; H. Weil, Revue archéologique, 1902, n. p. 117.
religion des égyptiens. — 2.
munautés diverses. Tous les membres de la même communauté étaient censés provenir de la même souche, paît, et constituer une famille, pâîton. Le chef de chaque famille portait le nom de ropâîtou, le « gardien ». Plusieurs familles se groupaient sous l'autorité d'un chef en premier, ropâîtou hâ. Ces détenteurs d'une fonction héréditaire étaient investis de prérogatives royales, et remplissaient aussi la charge sacerdotale, puisqu'ils sacrifiaient aux dieux. Leur autorité s'exerçait sur un territoire délimité, semblable à un petit État des temps modernes. Un mot sur les plus importantes de ces principautés.
La principauté du Térébinthe était installée au cœur même de l'Egypte, dans la partie du pays la plus favorable au développement de la civilisation. Elle avait pour capitale la ville de Siaout (Siout), la Lycopolis des Grecs, assise aux pieds de la chaîne lybique. En montant vers le nord, on rencontre d'abord la principauté du Lièvre, qui avait pour capitale Khmounou, aujourd'hui Ashmouneîn, l'Hermopolis Magna des Grecs. Khmounou, la ville du dieu Thot, avait été le théâtre d'une des principales scènes de la tradition religieuse. Comme nous le verrons plus loin, c'est là qu'avait eu lieu la création de l'homme. On rencontre ensuite la principauté du Laurier-Rose, qui avait pour chef-lieu Ilininsou, aujourd'hui Hénassieh, l'Héraclcopolis Magna des Grecs. Au sud de Siout, se trouve le canton d'Apou. La ville d'Apou, la Pa- DOpolis ou Chemmis des Grecs, était le fief du dieu
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Mîn ou Khînou ityphallique. Elle était célèbre par ses manufactures de toile. Os principautés appartiennent à l'Egypte moyenne.
La haute Egypte ou l'Egypte du sud avait aussi plusieurs principautés. Thinis, illustre par son antiquité et ses richesses, était au-dessous d'Apou. Qohti, la Coptos des Grecs, et Aoumou-Rîsit ou du Midi, rilermonthis des Grecs, étaient situées dans cette plaine, où Thèbes étalera plus tard ses splendeurs. Nekhabît, PEleithya des Grecs, et Zobou, l'Apollinopolis Magna des Grecs, plus connue actuellement sous le nom d'Edfou, se trouvaient plus bas. Nekhabît fut supplantée plus tard par Noubît (Ombos), et Abou(Elephantine). Cette dernière principauté était siluée sur la lisière des régions inabordables, d'où le Nil surgit et s'élance à la recherche d'une issue. Aussi était-elle appelée Khonlît, la « pointe [de l'Egypte] », 1' « avancée ».
Enumérons enfin quelques-unes des principautés de la Basse Egypte ou de l'Egypte du Nord, dont le Delta est comme l'ossature, en suivant le cours du Nil. Aounou, l'IIéliopolis des Grecs, était la capitale d'une de ces principautés. Ce district, qui était à l'origine assez étendu, ne tarda pas à se démembrer en trois : celui d'Aounou proprement dil. celui de la Cuisse du Bœuf et celui du Mur Blanc. Les Etats de Sais et de Bubastis, ceux d'Athribis el de Busiris font suite aux premiers. Les marais du Delta, tout près de la mer, nous présentenl les Etats
du Harpon, de la Vache et quelques autres de moindre importance.
Les Grecs donnèrent à ces divisions territoriales la dénomination de « nomes » (vo^<k), que nous avons conservée dans notre langage habituel. On a pris la peine de recueillir tous les passages des auteurs anciens qui définissent le nome. Les Egyptiens les désignèrent surtout par deux termes : nouît, « domaine », et hospoa, « district ». Le nombre de ces districts ne resta pas immuable. Il subit des variations dans le cours des âges. Les textes ont enregistré ces variations, car ils comptent tantôt trente-six nomes, tantôt quarante, tantôt quarantequatre et même cinquante. Cette instabilité se comprend facilement, pourvu que l'on se représente les conditions historiques, dans lesquelles vivaient ces populations. Les chefs de ces principautés, pour des raisons assez souvent futiles, étaient continuellement en guerre les uns contre les autres. Le vainqueur agrandissait toujours son Etat au détriment du vaincu. Qu'il soumît à sa domination un nouvel Etat toutentier, ou qu'il n'en détachât qu'une partie, les limites de son propre fîef se déplaçaient et le nombre des principautés se trouvait modifié. D'autres causes, comme les unions matrimoniales, contribuaient au même résultat. On peut même dire que l'histoire de ces rivalités et de ces relations entre les nomes est toute l'histoire politique de l'Egypte ancienne.
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