AVANT-PROPOS VII
Une étude historique ne comporte pas d'apologétique, parce que, par elle-même, elle est peutêtre la meilleure des apologétiques. Mais il n'est pas interdit de comparer entre eux les éléments historiques des diverses religions. Si une conclusion en ressort avec évidence, on ne craindra pas de la noter. Au surplus le lecteur lui-même pourra se charger de tirer une telle conclusion. Si l'historien ne doit avoir ni aucun préjugé, ni aucune idée préconçue, il n'est cependant pas tenu de fermer les yeux à la lumière. Et si ses recherches le conduisent à des résultats favorables à une religion, il ne lui est nullement interdit de les enregistrer.
L'étude de la religion d'un peuple relève directement de L'histoire. La religion, faisant en effel partie des Institutions, doit être traitée par la même méthode. On ne peut connaître les Institutions d'un peuple, qu'en recueillant les traces qu'elles oui laissées dans les textes et dans les monuments. Mais ce cadre n'est pas exclusif. 11 faul sans doute le parcourir, mais il ne faul pas b'v enfermer. La religion est un élément historique, qui se présente dans
des conditions particulières. Des lors, il esl
permis d'utiliser d'autres sources que l'histoire. La religion est d'abord un phénomène d'une 1res haute portée. On devra donc chercher, autant qu'il esl
possible, les causes de ce phénomène. Dans (pie h pie
ordre qu'elle opère, la science aspire à expliquer les phénomènes, qu'elle a mission d'étudier. Comme
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la religion est le phénomène le plus important des sociétés humaines, le savant devra s'efforcer de dépasser les limites de l'histoire, pour chercher une explication scientifique, suivant les règles qui régissent le procédé inductif dans le domaine continrent et libre. On échouera souvent dans cette tentative, mais on ne peut s'y soustraire. De plus, le phénomène religieux varie suivant les peuples et les époques. L'humanité a connu et connaît encore diverses religions. Cette variété de religions n'est ni un effet du hasard, ni un caprice de l'imagination. Lllea des causes plus profondes, qui résident dans le caractère, le tempérament, l'état social et même l'habitat des peuples. Si la religion égyptienne est différente de l'assyrienne, elle a une raison suffisante de l'être. On doit donc s'efforcer de déterminer les causes particulières de la religion d'un peuple. On y arrivera surtout par l'ethnographie. Les races humaines paraissent obéir, dans h'iirs conceptions religieuses et philosophiques, à certaines lois. Elles élaborent les mythologies et les systèmes religieux, suivant leur génie propre «•I aussi leurs conditions d'existence. Sans embrasser la théorie du déterminisme historique, d'après laquelle un peuple, étant donnés sa descendance et le milieu où il a vécu et évolué, ne peut avoir que telle religion, il nous sera cependant permis de ne pas négliger les influences ethnographiques. Nous essayerons donc de déduire des conditions spéciales des Égyptiens les caractères
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distinctifs de leur religion. La religion est enfin un mouvement de l'âme, une aspiration de la conscience. Elle sort, dans une certaine mesure, des entrailles de l'esprit humain. On constate que l'humanité a été toujours et partout religieuse. Il n'est donc pas téméraire de conclure que la religion est une tendance primordiale de l'âme. Dès lors, toute explication du phénomène religieux devra être forcément psychologique. On tâchera de pénétrer dans l'âme humaine, d'en étudier les besoins, les impulsions et le fonctionnement, et de chercher à savoir comment l'étincelle religieuse a jailli dans ce mystérieux mécanisme.
Il serait inutile de développer davantage ces considérations. Ce que nous venons de dire montre assez que l'explication du phénomène religieux doit être demandée tout à la fois à la philosophie, à l'ethnographie et à la psychologie. C'est la méthode que nous nous attacherons à suivre dans ce Lravail. On ne saurait sans doute prétendre arriver à des certitudes. Mais il est toujours utile de suggérer des théories et des hypothèses. Si l'on ne tient pas la solution du problème, on peut toujours donner des indications el hasarder des explications.