IV. LE CLERGÉ
Le sacerdoce égyptien n'était ni unique ni homogène. La hiérarchie n'avait pas en eflet atteint à un degré décentralisation, qui permît d'imprimer un mouvement uniforme à l'organisme. Chaque temple avait ses prêtres, son sacerdoce. Il y avait donc autant de clergés que de temples, et chacun d'eux était indépendant vis à vis des autres. 11 faut cependant noter que chaque clergé reconnaissait pour chef le prince du nome, où se trouvait le temple qu'il desservait. Tous les sacerdoces s'accordaient aussi à regarderie Pharaon comme le chef suprême de la religion. Le souverain ne s'inféodait jamais à un culte local, jusqu'à s'y absorber. Pouvoir suprême, astre éclatant, il planait trop au-dessus des circonscriptions sacerdotales qui se partageaient l'Egypte. 11 était le grand Pontife, le prêtre des prêtres, le ministre de tous les dieux et de tous les cultes. Il avait la prérogative d'officier servant tous les dieux; et nommait à la charge de souverain des sacerdoces locaux. D'ordinaire il réservait à des membres de sa famille ou à ses serviteurs la gérence des deux postes les pins importants : le sacerdoce de Phtah ;i Memphis et de l»a à Héliopolis. L"un des grands prêtres de Phtah Memphite, Shopsisouphtah Ier,
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avail épousé la fille aînée du Pharaon Shopsis de la iv6 dynastie ; cl l'un des fils de RamsèsII, Khamoîsit, l'ul aussi, du vivant de son père, grand prêtre de Phtah de Memphis. Il csl clair que ces grands prêtres nommés par le Pharaon n'étaienl entre ses mains que des instruments dociles, toujours prêts à obéir à ses ordres cl à faire ses volontés. Les seigneurs féodaux étaient plus modestes < i moins ambitieux. Ils ne dédaignaient pas d'exercer le souverain pontifical, dans les temples situés dans leur domaine. Le prince de la Gazelle s'intitulait, il est vrai, «Directeur des prophètes de tous les dieux . mais, en même temps, il démentait, par ses actes, ce I il ne pompeux ; car il ne craignait pas d'être prophète dllorus, prophète de Khnoumou, maître de Haoîrît, prophète de Pakhît, régenl de Speos- Arlemidos. Les fonctions-sacerdotales avaient poulies princes un double avantage : elles renforçaient leur pouvoir, et leur permettaient, en mettante leur disposition les biens dt':- temples, de grossir leur budget.
Les fonctions subalternes de la prêtrise étaient exercées par un clergé de carrière, donl les cadres variaienJ selon les dieux, les temples el les nomes. Il eut été inléressaul de connaître tous l<is degrés de cette hiérarchie, mais les textes gardenl le silence. Nous avons un détail précis se rapporta ni au temple d'Ainon lliéltaiu, à Karnak. Bokounikonsou nous raconte, dans une Inscription, les progrès de sa carrière, sous Séti [er el sous Ramsès II, du rang de
prêtre à celui de « Premier Prophète .,, c'est-à-dire de grand prétred'Amon. C'était tout un petit peuple vivant autour du temple et par le temple ; car la plupart des prêtres y attiraient leur famille. La charge pontificale se perpétuait ainsi de père en fils dans les mêmes familles, qui trouvaient d'ailleurs de quoi vivre amplement dans le service du temple Sans compter qu'ils touchaient des revenus assez considérables, les membres de la caste sacerdotale étaient aussi exempts d'une foule de charges et de servitudes qui pesaient sur les autres citoyens Aussi convoitait-on de vivre à l'ombre du temple Outre les prêtres proprement dits, il y avait une bande de petits employés, les Qonbîtiou, qui formaient la corporation sacrée du temple. Cette organisation des temples se perpétua, dans ses traits essentiels, jusqu'à l'époque des Ptolémées < On conçoit, d'ailleurs, que cette situation tentât bien des gens. Les temples étaient bien riches et la plupart possédaient des revenus considérables, qui ne aisaient qu'augmenter de jour en jour par les donations et les offrandes. Les biens de main morte possédés par les corporations religieuses, avaient atteint des proportions vraiment trop fortes. Ramsès II veut-il porter le dieu Amon à lui accorder son secours? Il s'écrie : « Ne. 'ai-je pas fait des offrandes nombreuses? J'ai rempli ton temple de mes prison"- '"es. Je t'ai bâti un temple éternel et je t'ai pro- P. S™""080' 'k°mmie poliu''ue de FÊM* «*• '"« i*gu».
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digue tous mes biens pour le doter, je te présente le monde entier pour approvisionner ton domaine.... J'ai construit pour toi des pylônes entiers en pierre, et j'ai dressé moi-même les mâts qui les ornenl ; je t'ai apporté des obélisques d'Elephantine » '. Une tradition disait que la déesse Isis avait attribué aux prêtres le tiers du pays; l'Egypte, suivant la même tradition, avait été divisée en trois parts égales, dont la première appartenait aux prêtres, la deuxième aux rois et la troisième aux guerriers2. « Quand on lit, au Grand Papyrus Harris, l'énumération des biens que le seul temple d'Amon Thébain possédait par toute l'Egypte sous Ramsès III, on se persuade bien vite que la tradition d'époque grecque n'a rien d'exagéré » :}.