CH. V. — LES DIEUX DE LA RELIGION POPULAIRE
cynocéphales, fréquentaient loul particulièrement les montagnes de l'Est el de l'Ouest, les deux points extrêmes entre lesquels le soleil évoluait. Leur mission consistai! à danser, à se livrer à des démonsl rations bruyantes pendant une demi-heure, pour saluer le soleil levant et le soleil couchant. Une vignette du Livre des morts ' représente des files de ces génies cynocéphales, sur les pentes de la montagne, à la droite et à la gauche du disque solaire ; ils sont en acte d'adoration. Trois de ces génies, habitants du désert, méritent d'être signalés : le sa/ir, animal fantastique, quadrupède ailé, à lête d'épervier : on pense que c'est le grillon ; le sadja, à tête de serpent : enfin le sha, un des animaux de Sît, don! il a la figure; c'est peut-être le chien, bien qu'on n'en soit pas sûr. Le saga étail aussi un animal fabuleux du désert, à tête d'épervier et avec une queue à pointe d'éventail. D'autres génies avaient à remplir des consignes plus sévères el plus modestes : ils ouvraient une des portes (Je IHadès, ou bien ils gardaient une des roules que le soleil parcouraU cJiajijue jour.
Certains «le ces génies remplissaient des corvées bien cruelles. C'est surtout dans l'autre monde qu'on les rencontre. Les uns rôdaient à travers l'Hadès el perçaient les morts d'un javeloi ; aussi avaient-ils la forme de piquiers ou d'archers. Des génies femmes étaient chargés d'égorger el de dépecer les âmes : c'étaient les rfo/lf/, « Irau-
l. Chap. xvi, édit. N w h i i . pi. xxi, A 2 et La, pi. txn, I» "
cheuses «, ou les nokît, « déchireuses ». On les a représentées sur les murs du tombeau de Séti Ier, place qui répond bien à leurs fonctions *. Il est impossible de décrire toute la variété de ces génies. Ils étaient tout : lions, taureaux, singes, béliers, serpents, poissons, éperviers. Ils se logeaient aussi un peu partout. Ils préféraient cependant certains objets. Les arbres surtout avaient leur prédilection. On croyait aussi que les sycomores, qui se détachent à la lisière du désert, étaient habités par Hâtor, Nouît, Nît, Selkît 2. Dans ces arbres, les divinités se manifestent de toutes façons. Un mort s'arrête-t-il devant un de ces arbres pour y recevoir des pains et de l'eau ? Le buste de la déesse sort du feuillage, probablement pour accéder aux désirs du mort 3. Quelquefois le corps du dieu ou de la déesse est le tronc même de l'arbre sur lequel poussent les branches 4. Parfois enfin la déesse ne fait sortir que son bras ou sa main et cache le reste de son corps 5. Le dieu se logeait aussi dans un pieu planté en terre. Osiris a pour emblème le tal ou didou. Le didou n'est vraisemblablement qu'un arbre, dont on a coupé les branches. Ces didous sont quelquefois au nombre de quatre ; ce sont
1. Lefébure, Le tombeau de Séti leT, dans les Mémoires de la Mission, t. II, 4e part. pi. xliv, 2e registre.