AVANT-PROPOS
De tous les livres qui s'occupent de Milton, il n'en est pas un qui ne consacre au moins quelques pages à la religion du poète; il n’en est pas un, non plus, dont elle soit l'unique sujet. Chaque auteur relève bien le moment qui l’intéresse ou qui le frappe le plus dans la carrière religieuse du poète ; mais je n’en connais pas qui la suive tout au loug de son développement si instructif.
Une étude critique et scientifique de la religion de John Milton a sa place marquée dans la littérature miltonienne. Elle fera l’objet de cette thèse. Je m’efforcerai d'y étudier dans son vrai cadre la foi du poète; j'essayerai de réunir ses opinions en un bloc compact, de les exposer et de les juger dans leur ensemble; d’y chercher l'influence de l’époque et d’en tirer, sans préoccupation théologique et sans souci confessionnel, la leçon qu’elles comportent.
On me permettra d’insister sur l'intérêt littéraire
d’une pareille étude. Pour suivre le développement de
Ja
la religion miltonienne dans l’ordre chronologique, qui est l'ordre naturel; pour garder le contact avec l'évolution incessante d’un homme qui a pensé et écrit religion de l’âge de 17 ans jusqu'à sa mort, il faudra dépouiller chaque vers de ses poèmes et chaque ligne de ses pamphlets. Et c’est ainsi qu’en pénétrant jusqu'au caractère intime d’un auteur qui fut avant tout un homme, nous éclairerons d’un jour renouvelé certaines œuvres qu'on admire trop de confiance, parce qu'on n’a pas le loisir de bien les comprendre. Aïnsi ’lœuvre littéraire de Milton nous révèlera les secretst de sa religion, que nous comprendrons mieux, et qui à son tour nous aidera à apprécier plus justement l’œuvre littéraire elle-même.
Je m'écarterai de toute idée de polémique; je me méfierai, dans l’intérêt même de Milton, des dithyrambes flatteurs comme des critiques irraisonnées; je n’écouterai ni ses amis maladroits, ni ses ennemis intéressés. Mon but en écrivant cette thèse est de faire une œuvre impartiale et sincère, complète autant que possible, et, je l'espère, utile à tous les vrais amis de la littérature, de la religion et de Milton. Respectueux d’une renommée immortelle, admirateur réfléchi d’un homme qui fut très grand malgré de grands défauts, je n’hésiterai pas à chercher dans sa religion l’expression intime de sa personnalité et la clef de son œuvre. Au moment où le nom de Milton est en vedette chez
RC US tous les peuples qui parlent anglais, et au lendemain
de son glorieux tercentenaire, cette thèse sera notre humble hommage à son génie.
Je tiens à remercier ici M. Legouis, qui a bien voulu examiner avec moi le sujet de cette thèse; M. Morel, qui m'a donné tant d’utiles avis, et M. Baret, qui m'a toujours témoigné son sympathique intérêt. Je n’oublierai pas non plus les bibliothécaires de la Bodléienne, à Oxford, qui m'ont aidé dans mes recherches, et tous ceux qui se sont intéressés à cette étude sur la religion de Milton.
PAUL CIHAUVET
Paris, le 14 janvier 1909.
Son évolution, étudiée chronologiquement dans l'œuvre du prosateur et du poële. Son originalilé personnelle, et ses rapports avec le mouvement religieux anglais au X VIF: siécle.