CHAPITRE PREMIER
Etat religieux de lAngleterre au X VEE siècle
C’est au siècle religieux par excellence que s’éveille la foi de Milton. On se battait alors pour la religion, on se brüûülait, on se massacrait mutuellement pour un verset de la Bible. La religion de Milton va se trouver façconnée dans son incessant développement par les influences ambiantes de la religion nationale, ellemême en travail de transformation. Milton, de son côté, aidant à cette œuvre, il se fera un échange continu
entre le poète et la pensée contemporaine; ei pour
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bien comprendre le développement de cet esprit si original et si « représentatif » à la fois, il sera nécessaire de jeter un coup d’œil d'ensemble sux l’évolution de la religion anglaise à la fin du xvi° et au commencement du xvn‘° siècle.
Nous essaierons de suivre dans ce chapitre les phases de cette évolution ; nous en marquerons soigneusement le point de départ. nous remonterons à la source de cette rivière née de la fontaine catholique qui, pendant le moyen âge, avait largement épandu sur les peuples enfants de l’Europe la même foi et 1es mêmes espérances. Nous étudierons le développement extérieur de l'Église jusqu’à la mort d'Elizabeth, nous expliquerons en quoi consiste la confession anglicane à la fin de cette période d’accroissement; puis il faudra nous arrêter sur les périls qui menaceront la jeune Église, signes précurseurs de la crise à laquelle a assisté le ‘jeune Milton.
L'anglicanisme à sa source directe dans le catholicisme universel, dénommé romain après que l'évêque. de Rome se fût attribué la juridiction de toutes les églises et le pouvoir temporel. 11 faut insister sur cette: origine historique qui est bien en harmonie avec les
. habitudes anglaises. La tradition évolue, mais ne disparaît pas, et la transformation se fait doucement et sans secousse. Et d’aiileurs, elle ne porte pas tant sur une question de dogme que d'administration intérieure:
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Les promoteurs de la séparation anglaise ne sauraient être comparés aux fondateurs illuminés des réformes suisse et allemande. C’est une révolution d’insulaires patriotes, et qui veulent être tranquilles chez eux. Wycliffe, le grand précurseur de la réforme anglaise, condamné à Oxford en 1381, en appelle au roi d'un jugement rendu contre lui par un évêque. Ce n’est pas canonique, mais c'est très caractéristique Il ne reconnaît pas plus le Pape que Pierre. S’il y à, dans la religion catholique, des points de discipline ou de dogme à élucider, il est inutile de s’adresser à Rome, on peut s'entendre entre Anglais. C'était aussi l’opinion de Henri VIII quand il décida qu’à partir de Pâques 1534, tout lien avec l’évêque de Rome serait rompu. Ce roi très pratique n'a rien de la chaleur de Luther ou du propagandisme de Calvin. Il est même l’auteur d’un livre (1) contre Luther, qui lui vaut le titre de Défenseur de la Foi, porté depuis par les souverains d'Angleterre. C’est pour satisfaire des rancunes personnelles et pour régler à sa satisfaction une question délicate qu'il rompit avec le Pape. Sans doute, il exauçait en même temps les vœux de la nation épuisée de plus de 800 monastères. Mettant en pratique les théories de Wycliffe (2), il porta un coup
(1) Assertio Septem Sacramentorum, 1521. L'ouvrage avait été discuté avec Wolsey et More,et Luther crut nécessaire d'y répondre. (2) Wycliffe s'attaque surtout à l’orgavisation ecclésiastique de son temps, mais il ne faut pas oublier que, le premier, il procla m