Rép., VII, 518 b sqq
3. Cf. la formule de Brunschvicg : « la dialectique intellectuelle est indivisiblement dialectique morale et politique, dialectique religieuse » (Le Progrès de la Conscience, t. I, p. 26).
dessins, de caricatures, — et peut-être de caricatures seulement. Toutes ces copies imitent, aucune n'est le modèle. Couleurs, traits, toiles, pinceaux sont ce qu’ils sont ; ils ne sont rien, en soi, par rapport au modèle, ils peuvent servir à représenter Paul aussi bien que Pierre, ils pourraient ne servir à rien du tout. C’est un rapport analogue que les choses sensibles soutiennent avec les Formes. Les lits fabriquée portent le même nom que la Forme du Lit. Mais c’est en vertu d’un usage évidemment abusif. Personne, disant : voilà un lit, ne veut dire : voilà le lit par excellence.. Et si nous nommons le meuble dont l’usage nous est familier : le lit, cela signifie : mon lit, ou encore : le lit par excellence pour moi ; mais cette excellence n’est précisément pas universelle. Au moins, tous ces objets honomymes semblent avoir en commun une nature essentielle : d’être des lits. Mais nous sommes ici impressionnés et abusés par la fixité relative de ces objets, identifiant le lit fabriqué avec les matériaux dont il est fait et qui auraient pu servir à fabriquer tout autre meuble ou à ne rien fabriquer du tout. La matière est un « porte-empreinte où naissent, vivent et s’effacent d’obscures images, envoyées par les Formes. Quand nous disons : ceci est un lit, nous signifions, selon la logique platonicienne : ces matériaux sont assemblés de manière à figurer cette Forme que nous connaissons : le Lit. Personne, ignorant ce qu’est un lit, ne pourrait énoncer ce jugement. De même si, placés devant une photographie, nous nous écrions : Ça, c’est Pierre ! iious ^ entendons que ce carton, avec ses traits et ses om-
LE RÈGNE DES FORMES
bres, figure Pierre, et nous savons fort bien qu’il est impossible de formuler ce jugement sans savoir, au préalable, qui est Pierre, et que ce jugement, donnant le nom d’un homme à un morceau de carton, n’est point un jugement d’identité, encore qu’il attribue le nom du modèle à la copie. De même encore, quand nous disons : Pierre est grand, nous savons très bien que mille autres personnes sont grandes et qu’aucune ne l’est « du fait d’être ce qu’elle est ; rien ne peut, sans abus, être qualifié de grand, si ce n’est la Forme de la Grandeur, parce qu’il lui est essentiel d’être telle. En sorte qu’aucun objet ni aucune personne ne méritent quelque qualification que ce soit, parce que rien ne possède telle ou telle qualité que de manière temporaire et contingente. Une lyre n’est pas toujours ni essentiellement une lyre, accordée, belle. Mais la Forme de la Lyre, la Forme de l’Accord, la Forme du Beau méritent toujours et essentiellement, « du fait d’être ce qu’elles sont », ces attributs respectifs. C’est ce que Platon exprime par la distinction entre la qualité et l’essence^ ; l’essence de telle Forme n’est présente dans tel objet sensible qu’à titre de qualité. Tous les jugements que nous portons sur les choses, sur les hommes et sur leurs actes « usurpent »^ le nom du prédicat (qui, en toute rigueur, ne peut s’attribuer qu’à la Forme homonyme), pour l’attribuer à un sujet, matière informe, en soi, qui tient de la Forme qu’il imite, une existence précaire, faite de qualités d’emprunt. Nous