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prenons constamment des reflets pour des réalités^.
Il n’est donc pas exact de dire que les Formes ne font que doubler les objets sensibles dont elles seraient « abstraites ». Ce sont les sensibles qui s’épuisent en des efforts innombrables et impuissants à reproduire l’éclat de la Forme. La Forme est la plénitude essentielle dans laquelle chaque objet-image ne peut découper que quelques traits, qualités usurpées qu’il ne peut retenir longtemps et sur lesquelles il ne peut jamais faire valoir un droit essentiel. Le menuisier fabrique une navette pour tisser du lin, une autre pour tisser de la laine, une pour des vêtements légers, une autre pour des vêtements épais®. Telle navette périssable, fabriquée en vue de tel usage particulier, ne peut, comme une caricature, représenter que tel trait précis de la Navette en soi et doit en négliger tous les autres. C’est pour cela « qu’il y a infiniment plus dans les idées que dans lés choses »®.
La Forme est donc éternelle (alors que les sensibles naissent et périssent), elle est essentiellement ce qu’elle est (alors que les sensibles ne sont jamais « ceci plutôt que cela »^ ; leur devenir n’étant qu’un faisceau toujours défait de qualités passagères). Alors que le flux du devenir confond les sensibles les uns dans les autres et en efface sans trêve les ébauches de contours, chaque Forme, demeurant « ce que précisément elle est », est « en soi » et est « séparée ».
Le système des Formes et la Forme du Bien, — Connaître une Forme « en soi », séparée et de ses images