SET CHEZ LES PRÉ-ISRAÉLITES
Quand nous ouvrons les livres sacrés du peuple d'Israël, nous voyons qu'ils prennent leur point de départ, comme toute histoire de Fantiquité, qui nous a été conservée, aux temps qui, dans le vrai sens du terme, précédèrent l'histoire proprement dite. C'est dans ces temps pré-historiques, que l'antiquité place l'histoire des dieux ou la théocratie, règne idéal qui amenait l'âge d'or sur la terre et qui fit goutter le suprême bonheur aux mortels. Ces dieux , qui souvent devaient leur existence à quelque événement historique ou auxquels se lie un fait historique quelconque, devinrent de plus en plus les centres, autour desquels se forma un tissu de légendes , qui recueillies et mis ensemble constituèrent une mythologie, dans laquelle furent conservés les faits historiques du monde. Nul doute que dans ces récits aux apparences douteuses, se cache un monde de faits remarquables et de pensées profondes.
C'est ainsi que l'on regardait depuis quelque temps l'histoire ancienne des différents peuples et en s'arrêtant là, ils en exclurent le peuple d'Israël.
Quelques uns cependant appliquent cette manière de considérer l'histoire aussi à ce peuple , en ramenant son histoire au niveau de celles des autres nations. C'est là aussi notre intention à nous, en reconstruisant leur histoire avec les traditions qui nous sont conservées dans le Pentateuche. Une lecture sans prévention fait surgir de suite une foule d'embarras. L'histoire de la création et
celle du déluge y sont répétées à plusieurs reprises. Lorsqu'on trouve cité au premier chapitre la création du premier couple humain, nous rencontrons ce même récit dans le second, mais placé dans un jour bien différent, qui donne un tout autre aspect à cet événement, tandis qu'un chapitre suivant commence ainsi: „Le joiir que dieu créa l'homme, il le fit à sa ressemblance; il les créa mâle et femelle et il leur donna le nom d'homme , au jour qu'ils furent créés '• ;" on y trouve donc la même chose répétée trois fois. L'on trouve aussi deux fois mentionné le déluge. En examinant attentivement ces récits, on s'aperçoit que tous les deux sont racontés de deux manières différentes , c'est à dire , qu'il sont envisagés de deux points de vue différents. En consultant le- texte original, une autre particularité se présente encore: c'est que la divinité y est appelée par deux noms différents et plus loin on en trouve même quatre. Les noms les plus usités sont Elohim et Jéhova. En lisant la genèse tout en observant la différence dans les noms de dieu, nous remarquons que ce livre commence . à nous apprendre la création d"Elohim , mais arrivé au chapitre qui suit , ce récit est fini et il suit immédiatement un second qui contient aussi une histoire de la création, mais ici Jéhova est le créateur. Parmi les circonstances particulières que contient ce second récit, nous trouvons des traces que son auteur vécut et écrivit sous les lois Mosaïques.
En pénétrant plus avant dans la connaissance de l'antiquité on s'aperçoit aussi que la conception du récit d'Elohim est d'origine Chaldéenne toute pure, circonstance remarquable qui se trouve aussi dans le récit du déluge. La tradition Chaldéenne de cette inondation universelle
est rapportée , mais plus tard cette histoire est répétée , rédigée dans le sens des idées Mosaïques.
La lecture attentive de ce livre en son entier, nous présente l'histoire tantôt suivant un cours régulier, tantôt s'interrompant tout d^un coup, de manière à décourager quiconque aimerait en faire un tout achevé. Mais en lisant le passage dans l'Exode où Dieu s'adressant à Moïse, parle ainsi: „Je suis Jéhova, je n'ai point été connu sous ce nom autrefois aux ancêtres; ils ne m^ont connu que sous le nom d'Ei-Schadaï ," nous avons la clef de cette histoire. Si donc le nom de Jéhova date du temps de Moïse il faut que nous essayions de recueillir les fragments oii nous rencontrons la divinité désignée sous cette dénomination. En séparant ces pièces des autres , nous découvrirons que Fauteur Elohiste donne un récit qui présente un enchainement assez régulier de faits, à partir du premier chapitre de la genèse jusqu'au dernier. jSTous disons un enchainement assez régulier, car nous voyons l'auteur Jéhoviste interpoler de fois à autre ses remarques dans ce texte. En général il agit en commentateur, surtout quand l'Elchiste exprime une opinion qui pourrait être comprise dans un sens contraire à la législation Mosaïque. Si ce dernier auteur a beaucoup de valeur comme historien, l'autre est plus précieux pour l'histoire des Pré-Israélites en particulier.
Le nom d'Elohim est un mot en pluriel, par conséquent, il ne saurait être traduit par Dieu au singulier, mais par Dieux au pluriel. L'expression de Dieu au singulier est conservée dans le nom divin El, ce qui rend très probable la supposition que l'auteur Elohiste a puisé à une source où la divinité fut appelé El ou El-Schadai.
La preuve que cette supposition repose sur un fond historique , c est qu'on trouve ce nom également en Phénicie, où il appartient à la divinité suprême qui est entourée de Satellites ou Eloïm. Quand nous admettons que cette même conception fut autrefois aussi celle des Pré- Israélites , l'expression d'Elohim s'explique sans difficulté , lorsque celui-ci dit : „Paisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance," El ou El-Schadai était donc le nom primitif de la divinité en Chaldée en Phénicie et aussi chez les Pré-Israëlites. Et ceci ne nous étonnera pas, quand nous nous rappelons que tous ces peuples étaient des pasteurs d'origine et que l'expression de Schadai, plus tard traduit comme tout-puissant, n'a eu probablement d'autre signification jadis que celle de dieu des pâturages, et quiconque n'est pas étranger à la langue Hébraïque, sait aussi que ces deux mots s'écrivent de la même manière, de sorte que le dieu des pasteurs fut ce dieu qui veillait aux champs et aux plaines fertiles. C'est dans cette acception du mot que nous regardons l'auteur qui écrivait avant l'Elohiste et dont celui-ci se servait comme source et que nous appelons pour cela le Pré-Elohiste.
Voyons maintenant ce que nous pouvons apprendre de l'histoire antédiluvienne.
Au chapitre 5 se trouve une généalogie où la divinité est appelée Élohim et nous lisons les noms qu'elle contient ainsi :
Élohim créa Adam, nom qui signifie „fiU de la terre"
il est créé à son image.
Adam a pour fils ;
Seth, qui est créé à la ressemblance d'Adam. Celui-là a
pour fils, Enosch ce qui signifie „homme" qui a pour fils ,
Mahalalel // frappé par M, qui a pour fils,
Kénan // usurpateur, dont le fils est,
Jered // fondateur de villes , dont le fils est,
Chanokli // V initié , qui eut pour fils ,
Methuschelach // V homme de El, dont le fils est,
Lemech // adolescent, dont le fils est,
Noach // îe repos, dont les fils sont, Sem
Cham et Japhet.
En consultant le Jéhoviste nous apercevons qu'il nous donne une généalogie toute différente, quoique la dissemblance entre ces deux documents ne soit pas aussi considérable que Ton croirait au premier abord.
Au chapitre 4"" nous lisons :
Jéhova créa
Adam qui a pour fils ,
Kajin, Hebel et Setb, le fils de Seth est Enosch. Kajin
signiâe, usurpateur, il a pour fils, Chanokh, T initié, qui a pour fils, Irad, le fondateur des villes, qui a pour fils, Mechujael, le frappé par el, „
Methuschael, V homme de el, ,f
Lemech, V adolescent, qui épousa.
Adali
fils Jabal, le père ' Jubal, le des dresseurs père des inde tentes. struments de musique.
Pasteurs.
et Zilla
fils et fille Tubal-Kajiiij et Naëma forgeron la charmante.
Yoilà le contenu de la généalogie du Jéhoviste. En confrontant les deux documents nous remarquons une différence et une analogie :
ÊloJiiste
EloMm
Adam
Seth
Enoscli
Kénan
Chanokli
Jered
Mahalalel
Metbuschelacli
Lemech
Noach
Sem, Cham, Japhet
Jéhoviste.
Jéhova.
Adam.
Hebel et Seth.
Enoscb.
Kajin, l'usurpateur.
Chanokh, Finitié.
Irad, le fondateur de villes.
Mecliujael, le frappé par El.
Methuscliael , Tliomme de El.
Lemecbj Tadolescent.
Jabal, Jubal, Tubal-Kajin et Naëma.
D est évident que dans Fune et dans Fautre généalogie le fond est le même et que seulement les noms sont rangés de différentes manières.
La dissemblance principale se trouve au commencement.
Quant à la fin de la généalogie nous la passerons sous silence pour ne pas nous éloigner trop de notre sujet,
La dissemblance donc que nous venons de constater dépend peut-être d'une cause occulte. En ôtant les noms de Setli et d'Enoscli du registre , ainsi que celui de Hebel qui ne figure que très peu de temps sur la scène de l'histoire, la série suit comme voici:
Chez VMoUste Élohim Adam Kénan
CTiez le Jéhoviste Jéhova Adam Kajin
et en examinant les noms de Seth et d'Enosch, nous trouvons que le dernier a la même signification qu^Adam et veut dire hotnme. Seth fut par conséquent celui qui donna naissance au genre humain et nous lisons au sujet de son fils Enosch, tout ce que nous trouvons mentionné d'Adam.
Seth créa donc l'homme comme le firent Elohim et Jéhova , de sorte que nous ayons dans les différents registres , trois généalogies du même contenu chacun avec un autre nom pour le créateur :
Élohim ,
Jéhova,
Seth.
Adam ,
Adam ,
Enosch
Kénan ,
Kajin ,
Kénan.
etc.
etc.
• etc.
Il est donc démontré que Seth est un nom de dieu , pareil à celui d'Elohim et de Jéhova, il nous reste à
recliercher si la postérité à connu davantage de cette personnalité.
Seth était nn dieu de l'antiquité et l'honneur insigne que lui reudit les ancêtres en est la preuve incontestable; d'ailleurs les traditions des Hébreux nous apprennent qu'ils l'envisagèrent comme un demi dieu. Selon Josèpbe ce serait lui qui enseigna l'astronomie.' H aurait été informé par une prophétie d'Adam, que le monde serait détruit un jour par l'eau et plus tard une seconde fois par le feu. Ceci fut inscrit par lui sur deux colonnes, afin d'exhorter le monde; l'une en granit résisterait à l'influence de l'eau, l'autre construit en terre cuite échapperait à l'ardeur du feu. Ces deux colonnes existaient encore du vivant de Josèphe dans le pays Siriadique. ^ Une telle vénération est probablement la cause que l'auteur des documents Jéhovistes, place l'origine du culte de dieu, à l'époque où Enosch , fils de Seth fut né * et que la postérité de Seth est appelée dans la genèse, les fils de dieu.
Les Cabalistes crurent que l'âme de Seth avait passé en Moïse; Suidas prétend que Seth fut considéré par quelques personnes comme un dieu et certain Matthaeus en donne trois raisons. " La première est que Seth avait séjourné pendant quarante jours dans le ciel , l'an 270 après Adam; la seconde est la même que Suidas avance, savoir, qu'il était l'inventeur des caractères et de l'astronomie ; la troisième est sa piété. Anastase ^ savait „qu' Adam étant âgé de 230 ans engendra un fils à sa ressemblance et selon son image, c'est à dire , selon celle qu'il avait au commencement lorsqu'il fut créé par Dieu et il lui donna le nom de Seth ce qui signifie, résurrection; car en lui fut rétabli l'ornement perdu, le
charme admirable, l'image et la splendeur du saint esprit. Et quiconque le regarda en ce temps-là l'appelait Dieu , et c'est pourquoi l'écriture fait mention de ses descendants en disant : ils furent les fils de Dieu. Cela continuait ainsi jusqu'à ce que Dieu dit „mon esprit n'habitera pas parmi ces hommes" et jusque là' Seth séjourna parmi les hommes, plus de 900 ans, montrant une physionomie admirable et appelé Dieu par tout le monde."
Cet honneur fut rendu toujours à Seth. Dans la tradition Arabe nous lisons "^ que les Sabéens prirent de lui leur origine. Après la mort de Habel , nous Hsons „Adam âgé de 230 ans eat un fils Seth qui est appelé aussi Wasi-Adam , exécuteur testamentaire d'Adam.
Le nom de Seth signifie: ,,Don de Dieu." De celui-ci descend tout le genre humain. Les Sabéens prétendent qu'il y avait encore un autre fils du nom de Sabi-ibn-Set d'où ils ont pris leur origine."
Un passage très remarquable nous a été conservé dans les nombres, dont les LXX ont donné la traduction suivante :
uVne étoile est procedée de Jacob.
Un sceptre s'est élevé d'Israël Il écrase les tempes de Moab.
Il détruit tous les fils de Seth.*'
H est probable que les LXX entendent, par fils de Seth, les peuples qui rendirent honneur au dieu Seth. Toutefois , il parait qu'il vaut mieux traduire ici, fils du tumulte, version proposée par M. Bunsen et autres. L'opinion des LXX est toujours remarquable du point de vue qu'ils n'ont pu songé à Seth fils d'Adam, ce qui est prouvé par
la manière dont les fils sont considérés par eux, savoir, comme formant une tribn ennemie.
Lorsque le christianisme commença à exercer son influence parmi les payens et s'associa aux opinions religieuses les plus différentes , une foule de modifications de la nouvelle religion se faisaient jour dans les sectes variées, qui bientôt furent condamnés comme hérétiques.
Parmi ces sectes se trouvait aussi celui des Séthiens ou Séthites qui parut environ Tan 175 de notre ère. ' Leur doctrine se distinguait par une vénération trop absolue, pour la personne de Seth, qui selon leur persuasion, fut l'apparition de dieu ou du Christ sur la terre. Ils défendirent leur religion avec nombre d'écrits attribués à Seth, que l'on trouve énumerés dans le recueil des écrits apocryphes de Pabricius, mais dont pas une seule ligne, nous a été conservée. Bien que l'on attribue à Seth des livres qui traitent de l'astronomie, ces ouvrages n étaient pas estimés des Arabes , des Ethiopiens, des Samaritains et des Syriens. L'on trouve mentionné quelque part un seul manuscrit , qui aurait été découvert en Espagne , mais autant que nous sachons ce document n'a pas encore vu la lumière. *°
D'après ce qui précède nous concluons, que les Israélites, dans leur histoire primitive, ont rendu honneur à un dieu dont le nom était Seth; que ce dieu a été rangé plus tard parmi les héros de l'antiquité, tout en continuant à exercer un grand ascendant, de sorte que le christianisme même ne refusa pas à lui rendre hommage.
Ce dieu Seth sera, selon toute apparence, la même divinité qui fut adorée en Egypte par les tribus Palestino- Asiatiques, Recherchons maintenant quel fut le culte de
ce dieu et s'il est possible d'en découvrir quelques traces dans les traditions Hébraïques.
Le nom de Seth ne parait plus dans leur histoire mais il est vrai que les tribus Phéniciennes rendirent hommage à Set en JÉgypte, bien que son nom ne se trouve nulle part dans leurs traditions. Leur culte d'El , Eljon, Élohim, Bel ou Baal , Saturne ou Kronos , était tout à fait analogue à celui de Set en Egypte. En résulte-t-il que les Israélites Font adopté ? Nous tacherons de démontrer que le culte des Israélites et celui des tribus Phénico-Égyptiennes se touchent en plusieurs endroits. Outre cela nous savons qu'en Egypte , Set et Baal furent identiques ; l'adjonction du nom de Set à celui de Baal dans l'inscription de Eamses II" le prouve suffisamment, d'où il suit en même temps que le culte de Set et celui de Baal sont identiques. Set trouve ainsi en Phénicie sa réprésentation dans les dieux supérieurs et de même chez les Israélites qui l'appèlent tantôt El, tantôt El-Schadai, ou El-Schedej, dieu des champs, qui reçoit aussi hommage sous le nom de Bel ou sous celui de Melech.
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