J'emprunte l'idée à M. v. Schrœder, op. cit., p. 53 sq
5. Si toutefois la stance en question doit être placée dans sa bouche.
214 AUTRES niVIXITÉS
jetteras point à l'abîme, ni ne te dé\'oreront les loups sauvages. Il n'est point d'amitié possible avec les femmes : leurs cœurs sont comme ceux des hyènes. » Elle promet toutefois de lui envoyer le fils conçu de ses œuvres, et enfin ses regrets mêmes s'apaisent, mais non pas sur cette terre: «Voici ce que te disent les dieux, ô fils d'Ida : c'en est fait, tu es m\ rejeton de la mort; tes descendants feront hommage et sacrifice aux dieux, et toi, tu goûteras au ciel les délices'. »
Purùravas et Urvaçï passent pour les ancêtres d'une dynastie royale. Ainsi, dans l'Inde comme en Grèce, plus d'une noble race sacerdotale' fait remonter ses origines à lune de ces nymphes adorables qui incarnent le charme de la beauté féminine.
Dottéii du sons-sol, du sol oi des inoidnçines. — Si les étangs et les fleuves abritent ainsi des multitudes de nymphes et de déesses, on se s'étonnera pas que le sol et le sous-sol. les monts, les forêts et les arbres soient peuplés de dieux et de génies de toute sorte.
Dans le sous sol habite le « Seigneur de la demeure », Vâstôshpati. Entendons par là qu'à chaque demeure est assigné un hôte di\in de ce genre. C'est lui qu'on iinotjue lorsqu'on s'apprête à construire une maison'. On le prie d'en écarter tous les fléaux, d'en accroître la richesse en bœufs et chevaux, d'accorder longue vie aux habitants : « Sbigneur de
1. R. V.X.95; Çatap. Br.XI. 5. 1. — Cl.v. Scliruder,op.^v7.,p..23s(i.: Goldner, Vetl. Stm/., 1, ]). ; 13 sq., ot Oldenbcrg, CoW. i/i-l. Atu., 1S90, p.420.sq. — Selon le récit du Çatap. I3r., contaminé de technique sacerdotale, Purùravas, en allumant le feu du sacrifice suivant une forme déterminée que lui enseignent les (tandharvas, devient luimême Gandharva et sunit à ce titre avec Urvaçi.
2. Sur Urvaçi mère de familles sacerdotales, voir It.V. VII. 33. 11-13. La non moins célèbre Apsaras T'akinitala est la mère de la dynastie des Bharatas : Çatap. Hr. XIII. 5. I. 13. Cf. inm^i Zi-it^chr. d. Moitf. Gt'.«., XXXIII, p. 635 sq.
3. La littérature bouddiiiiiue connaît aussi des divinités cIuIidniennes, qui jouent un rôle dans la fondation d"une cité : Vinaya- Piraka, vol. I, p. r?3S sq.
nKITF.?î DFS ARRHES 215
la demeure, toi qui chasses les fléaux, fnii sais prendre toutes les formes, sois-nous un bon ami'. »
Sur la campai2:ne cultivée règne le « Seigneur du champ » (KslK'trasya pat!) : on lui fait oblation ou hommage en comuien(,'ant les labours -. La Terre à blé (Urvarâ), « à qui les aires font une guirlande », le Sillon (Sïtâ) et leurs divins patrons tiennent le milieu entre les démons du sol et les génies de la végétation.
Les monts aussi sont remplis d'àmes divines, (( les monts mâles, aux solides fondements, (|ui joyeux regorgent d'abondante nourriture » (IJ. \'. III. 51. 20). On ne nous dit pas souvent quils soient dieux ; et toutefois, quand le Kig- Véda (IIL 58. 1) nous décrit Indra et Parvata montés sur un grand eliar et se rendant au sacrifice pour y a|)porter leur bénédiction. (( regorgeant d'abondante nourriture », nous somnu's bien en droit de penser ([ue Parvata ici est ce que -ignilic son nom, (( Montagne » : un dieu mont (pii, comme Indra et comme les dieux monts de la littérature postérieure, revêt ime forme humaine pour voyager en compagnie et sur le char du plus puissant des dieux. Il est difficile de croire qiu^ ce ^oit pur hasard si Par\ata reçoitexactement la même épithcte qui, quelques stances jjlus bas, est applicpiée aux montagnes elles-mêmes '.
Déltf'^ cJos nrhres. — Les |)lus importants parmi ces olqets que l'animisme di\ inise, ce sont les Plantes et les Arbres, mais surtout les grands arbres, les « Seigneurs de la foret' ». « Sois-nous riche en douceur, ô Seigneur de la foret )), dit une formule de prière. « Unie aux Seigneurs de la foret,
1. H. V. VII. 51, VII. :>:>. 1: CàMkh. Gr. S. 111. 1; Acval. (Jr. S. H. 9. 9 ; etc.
;;. Çànkh. (iv. .S. l\ . 13. 5: Arval. (ir. S. II. 10. I.; II. \'. IV. 57. 1-3; etc.
3. Hiranyak. Gr. S. I. 11. 5 (passage ob.sciiri iiiipliqiie peut-être 1 idée <le la présence latente du génie des monts dans un onguent l'ait de substances issues des nionta^rries.
1. Cf. cette stance Ijoudrlhique : » Grand et illustre dans tout l'univers est cet arbre qui .se dre.sse à sa place inuniuée : on le dirait habité par des êtres divins », etc. .lâtaka, vol, III, p. .l'I.
daigne la Terre nous protéger ! » implore une stance où l'on invoque aussi les Plantes avec le Ciel ' . Mais Toccasion la plus fréquente de supplication aux Plantes et aux Arbres, c'est l'emploi, à titre deremèdes, amulettes ou autres charmes, de certaines plantes ou de certaines substances dérivées des arbres. « Déesse née de la déesse Terre >), ainsi interpellet-on une plante curative. « 0 Plantes, voici ce que je ^■ous dis, ô mères, 6 déesses : puissé-je gagner un bœuf, un cheval, un vêtement, et ta vie à toi, ô homme )) : c'est manifestement la prière d'un prètre-médecin, qui s'attend, s'il guérit le malade, à toucher les susdits honoraires. « Les Plantes », lit-on au même hymne, « s'entretiennent avec Sôma leur roi : celui que traite un brahmane, o roi, nous le sauvons'. »
Quant au culte proprement dit des plantes et des arbres, il n'est que fort accessoire dans la documentation védique. Je suis fort tenté de voir une forme de dendrolàtrie dans les hommages rendus au poteau de bois auquel on lie la victime du sacrifice ■' : il représente l'arbre qui y est contenu et qui est un être divin. Dès l'instant où l'on abat cet arbre, on accorde, quoique sans y insister, une pensée à la vie qu'on se permet de détruire : à l'endroit qu'on va frapper, on pose un brin d'herbe, en disant (( o plante, protège-le », et à la hache on dit ((6 hache, ne lui fais pas de mal* »; sur le tronçon demeuré en terre on verse du beurre d'offrande, en disant : « O seigneur de la forêt, grandis et pousse cent rameaux : puissions-nous grandir et pousser cent rameaux ! ^» Ensuite on oint le poteau équarri et on l'entoure d'une tresse