Hillebrandt, op. cit., \, p. 209 sqq., et surtout p
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pu aisément en conclure ((ue le nom iudo européen de l'iiy dromel (//'f'V/A») vivait passé à la boisson nouvelle, tout de même ((ue les Grecs, en sul)stituant à l'hydromel le vin. ont trans[)orté au vin le nom de l'ancien breuvage (;j-iO'j). La conjecture est plausible ; mais il me semble que cette dénomination du sônui appelle une autre explication, préférable à bien des égards. Les poètes védicjues usent couramment d'expressions telles (|ue « miel, riche en miel », pour désigner des liquides sucrés ou même simplement agréables au goût : dans la vache réside le miel, c'est à-dire le lait d(mx ; le beurre est riche en miel, c'est du miel tout court; il n'est pas jus(|u"à l'eau fraîche, à l'air, qu'on ne qualifie de miellé. Les jeux d'imagination les plus variés s'ébattent autour du miel, prototype de la douceur pour les contemporains du Véda. Il n'est donc pas nécessaire de faire intervenir ici l'hydromel indo-européen, pour expliquer que le sôma ait reçu un surnom et des épithètes parfaitement conformes à l'esprit général du style védique : quel qu'en fût le goût réel, la piété qui l'exaltait ne pouvait l'appeler autrement que « douce liqueur » ; et au surplus l'exactitude de l'application ne laissait rien à désirer, soit quand le sôma était en effet mélangé de liquides doux, de miel ou de lait, soit au cas où telles qualités particulières et mythiques, attribuées à la déité qui en bénéficiait, incitaient l'imagination du poète à s'exercer sur le thème du miel ou de la douceur'.
Une des considérations qui me paraissent ici devoir faire préférer l'hypothèse d'une métaphore poétique à celle d'une survivance primitive, c'est que la désignation du sôma comme inadliu ne semble nullement relever d'une nomen-
1. C'e.st des Aevins (jiie je veux parler: le miel est dans leurs attributs un accessoire de premier ordre. La plus importante des oblations qui leur sont consacrées qst le filinrina ou breuvage cliaud, qui, dans le rituel des Védas récents, ne comporte es.sentiellement que du lait bouillant: cf. Garbe,Z('(7.<.r-Ar. dcr Mon/. Gcs., XXXIV, p. 319 sq. Mais, d'après le R. V., il y entrerait aussi du sôma, et probablement du miel; et les textes modernes eux-mêmes mentionnent ç;i et là ce dernier ingrédient: Hillebrandt, I, p. 238 sq.
clature traditionnelle et fixe. A faire le départ des divinités conviées, on ne la trouvera nulle part aussi répandue que dans le culte des Açvins ; or ceux-ci sont très probablement avec la liturgie du sôma en relations beaucoup moins intimc> que, par exemple, le dieu de l'orage. L'Ayesta, d'autre part, dont la nomenclature, en tout ce qui concerne le sôma, est si semblable à celle du Véda, ignore le terme de in/uUin pour désigner cette liqueur' ; c'est qu'aussi il est tout à fait étranger à la prédilection des poètes védiques pour les images qu'appelle l'idée de miel. Il vaut donc mieux ne voir dans cette façon de parler qu'une innovation du style védique ; et, par la même raison, nous dirons que l'usage de mélanger du miel au sôma n'est qu'un procédé artificiel de sucrage, tout comme la mixture de sôma et de lait, sans aucun rapport historique avec la fabrication de l'hydromel indo-européen.
Maintenant, le sôma fut-il vraiment un breuvage cher aux populations aryennes ? J'en doute et ne crois pourtant point par là contredire au principe que l'homme offre à la divinité ce qu'il apprécie particulièrement pour son propre usage. Tenons compte de ce que le rôle assigné au sôma d-ans le culte est fort antérieur au sôma lui-même : ce breuvage s'est substitué k une liqueur plus ancienne ; on l'a colloque en un poste tout créé et hiératiquement fixé. Dès lors, il n'y a aucun motif impérieux dépenser qu'il ait k aucune époque égayé les banquets des hommes; et, en fait, il ressort du Véda qu'il ne fut dans l'Inde rien moins qu'une boisson usuelle. Les témoignages avestiques me paraissent conduire à la même conclusion. La liqueur enivrante des temps primitifs de l'Inde, ce n'est pas le sôma^ c'est la surâ'.