DIVINITKS PI.IS MODERNES
védisme, se fornirrent, ;i l'imitation des ty[)es divins anciens et primitifs, de jeunes déités, reeonnaissables à leurs allures plus libres : le dieu Courroux (Manyu), la déesse Parole (Vâc'), la, dé(»sse Abondance (PuraiiidliiM, dont les noms seuls impliquent une origine plus récente que celle d'un dieu du soleil ou de l'orage. Bornons-nous à un court apercju de ces créations d'un âge plus réfléchi.
Le premier âge avait incarné en Indra l'action (jui éclate dans l'orage, en lîudra et en démons divers l'action sourde et fatale des maladies ou des fléaux : sur ces prototypes concrets s'exerça la faculté d'abstraction grandissante. La vie universelle n'est qu'universel mouvement : qui donc la meut ? Et Ton imagine un dieu « Excitateur )), Savitar, dont le nom répond à sa fonction ' : dès le Rig-Véda, sa personnalité est toute fixée ; il étend ses bras d'or, il commande l'élan qui emporte tout ce qui bouge au ciel et sur terre ; il fait courir le soleil en sa carrière accoutumée, puis il amène la nuit; le matin, il éveille les hommes pour leurs travaux, et il les rendort au soir, ainsi que les animaux*. De tous ces mouvements, c'est celui du soleil qui frappe le plus, et il règle tous les autres ; de là, naturellement, un rapport étroit entre l'astre et Savitar, et une tendance à surcharger ce dieu des attributs du dieu solaire ; mais on mé-
1. [Pour moi, je crois avec Bergaigne que la déesse Vâc est d'origine naturaliste et symbolise primitivement la coLv du tonnerre : cf. R. V. VII. 101. 1, X. 125. 7, etc. Il va de soi que le Véda a presque entièrement perdu le souvenir du concept ancien. — V. H.]
5?. Celle-ci se retrouve en avestique sous le nom de Parendi, ce <iui montre que l'âge des créations de ce genre remonte déjà à la pliase indo-éranienne. — [Voir une tentative, peut-être désespérée, <rc\j)liquer Puranidhi par le naturalisme : V. Henry, Vcdiea, I, 1, = Mrin. Soc. Liiir/., IX, p. 97. — V. H.]
3. On a fait remonter ce dieu jusqu'à l'époque indo-européenne, on l'a ideatilié ii .Saturne : autant d'essais fort aventurés.
1. Pour le constater en passant, c'est à .sa nature «excitatrice » que .-^avitar est redevable du rôle qu'il joue dans l'introduction à l'étude des Védas,qui commence toujours par une prière adressée ;i ce dieu: {( Puisse-t-il faire aller de l'avant nos pensées ! » De là, le haut renom delà très sainte sûrUrf, stance adressée à .Savitar (F{. V. III. 62. lOi et introductive de l'étude des Védas.
connaîtrait la véritable structure de rédifice mental dont Savitar est le couronnement, si on le prenait lui-même pour une incarnation du soleil. Le concept essentiel, dans la personne de Savitar, n'est point celui du soleil concret, ni jnème celui du soleil dans une de ses fonctions, en tant qu'excitateur universel de vie et de mouvement : c'est l'idée abstraite de l'excitation elle-même. Cette idée est le cadre (jui enchâsse toutes les représentations groupées autour de Savitar : cadre qui toutefois n'exclut jamais et très souvent appelle les représentations concrètes empruntées à la mythologie plus primitive.
A toutes les époques de la vie d'une langue, on y constate, côte à côte, des éléments de dérivation désormais privés de vie, qui ne subsistent plus 'que dans des mots tout formés et légués par le passé, et d'autres bien vivants, dont à chaque instant un sujet parlant peut faire usage pour créer un mot nouveau. De même, les créations du type de Savitar accusent, pour l'âge védique ou même immédiatement prévédique, une vie mythique, une productivité fortement développée. A l'instar de ce dieu Excitateur, on eut un dieu Façonneur. un dieu Créateur, un dieu Conservateur', etc.. tous êtres abstraits éclos du concept d'une fonction abstraitement envisagée.
D'autres abstractions se réclament d'un procédé également commode et fort usité : on crée un dieu pour présider à une entité dont on le qualifie « seigneur » (pati), et l'on révère un « Seigneur de la postérité » (prajdpati), un « Seigneur de la nourriture » (annapati), un (( Seigneur de la demeure » (vâstôsltpaii '., un « Seigneur du champ » (ksJiêtrast/a pnti), et tant d'autres. Arrêtons-nous un moment devant celle de ces personnalités qui revient le plus souvent dans les textes de la première manière, la plus intéressante, parce qu'elle incarne en un dieu une abstraction toute spirituelle : c'est le a Seigneur de la prière », Brhaspati ou Brah-