‹ La religion du VédaChapitre 34 sur 380 · Tvashtar, Dhàtar, Tràtar · texte numérisé non relu

Tvashtar, Dhàtar, Tràtar

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manaspati'. ÎSon nom le dctinit parfaitement : il est « le roi immémorial des prières », « le générateur de toutes prières» ; lui-même, il chante les hymnes sacrés, il récite les [puissantes formules d'oraison ou de magie qui éveillent la grâce divine, « la parole où se complaisent Indra, Varuna. Mitra, Aryaman, les dieux », ou bien il les révèle au prêtre mortel qui les lui demande : « je te mets dans la bouche une parole splendide », dit-il à un prêtre qui l'a appelé à son aide pour un sacrifice en vue de faire tomber la pluie (R. V. X. 98. 2). Dès lors, incarnation céleste du sacerdoce, il s'associe à Agni, feu du sacrifice, qui partage avec lui le pouvoir d'agir sur le cours des événements terrestres par magie et prière : Brhaspati est un prêtre céleste, le chapelain (purôhiid) de la cour des dieux.

Ce point gagné, il est curieux de voir cette pâle abstraction prendre corps en s'annexant une foule d'éléments concrets. Prière et magie sont les puissants adjuvants des armes en bataille rangée, et le prêtre accompagne au combat les rois qui mènent les armées : voici donc qu'Indra, le héros des batailles, traîne à sa suite le guerrier sacerdotal, Brhaspati. (( Vole en tous sens avec ton char, ô Brhaspati, toi qui tues les esprits méchants, qui chasses les ennemis, destructeur des armées, toi qui broies, victorieux dans la lutte; que ta bénédiction soit sur nos cliars. » (R. \'. X. 103. 4.) Son

1. Voir notaiument : Bergaigne, /ic/. VMiijuc, I, p. 299 sq. ; Hillebrandt, Ved. Mi/t/iolof/i\>, I, p. 404 sq. Ce dernier auteur voit dans Brliasi^ati un « seigneur des plantes » (p. 409) et un dieu lunaire : opinion qui me imraît insoutenable. En présence d'un nom aussi clair en lui-môme et aussi clairement commenté par son synonyme Brahiuanaspati, le premier devoir de l'exégète nestil pas de se demander si le concept auquel se réfère le nom ne devrait pas être le fondement de l'explication du dieu qui le porte ? Or, une fois entré dans cette voie, il la trouvera dans l'espèce si aisée, que tous ses doutes se dissiperont, moyennant toutefois qu'il s'abstienne d'aligner en syllogismes les sinuosités métaphoriques de la pensée védique : de ce qu'il est dit d'un dieu, qu'il chasse les ténèbres, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il soit un dieu lumineux (p. 407 sq.). — [Sans insister, et uniquement pour ne pas laisser M. H. isolé, je rappelle ((ue j'ai encouru de la part de M. O. la même critique que lui, — V. H.]

arc rapide, ses traits surs ne manquent jamais le but; mais la corde de son arc, c'est le /-^a, le bien, l'ordre (R. V. II, 21. 8) : ainsi, le charme de la parole sainte, qui puise sa force dans l'ordre des choses, vole comme une flèche que lance la main de Brhaspati '. Comme Indra, à qui l'associent nombre d'invocations, il brise les citadelles ennemies, les citadelles de Çambara, il ébranle tout ce qui tient debout, chasse les ténèbres et conquiert la lumière. C'est surtout le mythe de la caverne forcée et de la con(juéte des vaches, (pii assure à Brhaspati, le prêtre divin, en même temps qu'aux ancêtres des familles sacerdotales d'ici bas, une ferme assise daiîs la croyance religieuse.

On verra' ce qu'est devenu dans le Véda ce symbole primitif de la délivrance des aurores : on a ravi aux avares les vaches qu'ils avaient voulu soustraire aux brahmanes; et à (|ui donc pouvait mieux revenir un pareil rôle, qu'à Brhaspati, le chapelain des dieux, le représentant divin de la caste des brahmanes, le détenteur de la parole sacrée assez puissante pour anéantir les avares qui osaient méconnaître les droits du sacerdoce? Ce fut donc Bihaspati qui, par la magie de ses formules, fendit le rocher et délivra les vaches : sur lui se reporta tout l'honneur de l'exploit que l'antiquité classique assigne à Iléraclès-IIercule vainqueur de Géryon- Cacus. Ainsi se vivifie la conception abstraite et réfléchie, en s'incorporant les éléments concrets et matériels de la couche mythologique antérieure. Il serait difficile d'en trouver un plus frappant exemple.

ZoolntvLP. — Il faut faire une place importante à l'examen des rapports des dieux et des démons xédiipies avec les ani maux.

1. Comparer A. V. V.18. 8-9 (et similaires), où l'on assimile à l'armement delarcher la puissance magique du brahmane : sa langue est la corde d'arc : sa voix, la commissure de la hampe et de la pointe de tlèche ; il a des flèches aiguës ; son tir est infaillible : par la vertu de son ascétisme, par sa colère, il se rue ii la iK)ursuili' de l'ennemi et le frappe à distance.

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