‹ La religion du VédaChapitre 5 sur 380 · PREFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

PREFACE DU TRADUCTEUR

sur laquelle l'exégète brode pour les initiés ses explications ésotériques et mystiques : il s'agit^ tel rite étant donné, d'en déterminer l'origine et le sens profond ; et, comme rien n'est plus étranger aux écoles de brahmanes que la méthode historique, leurs développements artificiels — on le conçoit sans peine — nous renseignent infiniment plus sur leur propre psychologie que sur la nature réelle des dogmes et des pratiques qu'ils sont censés éclaircir. Ce n'est point à dire que cette psychologie soit négligeable : elle aussi fait partie intégrante de la longue lignée intellectuelle qui relie le védisme au bouddhisme; et d'ailleurs il y a presque toujours un grain de vérité à dégager de la verbeuse abondance des commentaires. Mais, comme ils font un choix entre les rites, ne mettent en relief que les plus importants, et ne les décrivent que par voie de brève allusion, nous serions, si nous ne possédions que lesBrâlmianas, fort empêchés de retracer l'ordre et la marche de la moindre ou de la plus haute des nombreuses cérémonies du culte védique'.

Heureusement les Sûtras comblent la lacune. Composés à une époque plus tardive, où peut-être la mémoire était devenue plus rebelle, où en tout cas la complexité croissante et véritablement terrifiante du rituel risquait de la trop surcharger^ ils suivent pas à pas les

1. Les Brâhmanas qu'on trouvera, le plus souvent cités dans cet ouvrage sont : le Çatapatha-Brahinana, texte détaché du Yajur-Véda Blanc ; et l'Aitarôya-Brahmana, qui appartient au cycle du Rig- Véda. Les deux recensions du Yajur-Véda Noir sont à elles-mêmes leurs propres Brâhmanas, c'est-à-dire que vers, formules liturgiques et texte explicatif y figurent pêle-mêle ; toutefois la compilation des Taittiriyas comprend de surcroît un Bràhmana et un Àranyaka, auxquels l'auteur a fait quelques emprunts, ainsi qu'au Pancavimça-Br., qui se rattache à une école du Sàma-Véda. Il n'y a rien à tirer de l'unique Bràhmana de l'A. V.

PREFACE DU TRADrCTEL'R XI

lents méandres de rolliee divin : selon (ju'ils appartiennent au cycle du Rig-Yéda, du Yajur-Véda ou du Sâma-Véda, ils prescrivent, à Tusage de chacune des catégories de prêtres officiants, les récitations, les manipulations et les chants qui s'y succèdent et s'y entrelacent; et, grâce à eux, le culte de l'Inde antique nous est sans comparaison plus accessible, jusque dans ses plus minutieux détails, que celui d'aucune autre nation de l'antiquité, sans en excepter le peuple d'Israël. On les distingue en Çrauta-Sûtras, « manuels doctrinaux », qui décrivent les grands offices desservis par un chœur de prêtres aux fonctions variées, et Gihya-Sûtras, « manuels domestiques », relatifs aux menues cérémonies c|ui se célèbrent soir et matin, aux lunaisons, à d'autres époques fixes, ou dans des occurrences extraordinaires, au sein de chacjue famille ou sacerdotale ou laïque'. Les uns et les autres, à la différence des Brâhmanas, sont fort courts, mais gros de choses; car ils sont écrits en un style sai (jeneris, si concis, si économe des mots, si télégraphique, oserai-je dire, ciu'ils nous seraient demeurés absolument inintelligibles sans le secours des abondants commentaires C[ui les accompagnent d'ordinaire, et qu'avec cet adjuvant même ils ne laissent pas de présenter parfois de sérieuses difficultés''.

1. Les Sutras auxquels se réfère le plus souvent M. O. sont classés suivant les écoles : 1» pour le R. V., Açvalàyana (Çrauta et Grhya), et Çâiikhâyana (Çr. et Gr.) ; 2" pour le Y. V. Blanc, Kàtyâyana (Çr.) et Pàraskara(Gr.) ; 3» pour le Y. V. Noir, Âpastamba. (Cr.) et Hiranyakêçin (Gr.) ; 4° pour le Sâma-Véda, Làtyàyana (Çr.) et Gôbhila (Gr.) ; 5° pour l'A. V., Kauçika, important manuel de magie. On reconnaîtra sans peine les abréviations de ces divers titres, ainsi que le sigle « Dh. » qui désigne les traités de morale (Dharmusûtra, D/tarmaçâstra). Les autres ouvrages sont généralement cités sans abréviation.

2. A ceux qui seraient curieux d'un spécimen de cette mnémotechnie étrange et raffinée, je signale l'excellente traduction du cha-

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