LA DÉFAIT!-: DF.S^ PA.NIS ET LA CONQUÊTE DES VACHES
les mortels le juste et l'injuste. )) — « De par le bon ordre (H(i), ils fendirent la pierre et la firent voler en éclats ; les Angiras mugirent », c'est-à-dire, entonnèrent leur chant, (( à l'unisson des vaches ; en vue du bien être, les hommes s'assirent autour de l'Aurore, et le Soleil devint visible après quAgni fut né. )) — Bihaspati (( a découvert l'aurore, le soleil et le feu; par son hymne il a dispersé les ténèbres»; « il a fait sortir les vaches, a fendu la caverne par la parole sainte, a caché l'obscurité et fait voir le soleil '. »
(^ue\ est le sens, enfin, de cette légende? Les éléments essentiels en sont assez clairs, dans la forme que lui a donnée le Rig Véda. Au premier plan nous apparaissent les archétypes humains et di\ins du sacerdoce, les ancêtres des grandes familles sacerdotales et le prêtre idéal divinisé, Bvhaspati le chapelain céleste ; en opposition avec eux, le type des ennemis des prêtres, des avares qui ne sacrifient pas et ne donnent point d'honoraires ; et, entre ces deux groupes, une lutte dont le prix est précisément la richesse ([ue le prêtre védique attend du la'ique opulent et que lui dénie le Pani, la possession des vaches-. Le motif ne fait point doute : les dieux ne peuvent souffrir que les riches refusent part de leur bétail à ceux qui savent prier et sacrifier. Il y a même des passages du Rig A'éda qui développent fort explicitement cette morale du conte '. « Les dieux favo
1. R. IV. 1. 13, Jt, 16, 17, III. 39. 5, I. 71. 2, IV. 3. 11, X. 68. 9,11. 21. 3. Dan.s tels de ces passages, il semble que la conquête des vaches soit considérée comme im charme magique qui procure les aurores, en vertu de l'aphorisme de magie «qui possède le signe s'emiiaredelachose signifiée » ; tout de même que l'allumage d'Agni, associé à la conquête des vaches R. V. IV. 3. 11, est un charme qui fait lever le soleil et nous est expressément donné pour tel dans cette stance.
2. Ne pas oublier que, pour l'Hindou védique, Le don céleste de la vache, — de la vache réelle, nullement symbolique, individualité aussi concrète que celle du cheval souvent mentionné dans le même esprit. — se place sur la même ligne que le don du soleil, de l'aurore, de l'eau : Bergaigne, op. cit., II, p. 183 sq. Comment dans la vache crue entra le lait cuit et comment il y fut découvert, c'est pour le poète védique un des grands problèmes de l'univers.
3. R. V. VI, 13, 3, on lit que, de parla protection d'Agni, « le prince
risent la marche de l'homme pieux ; qui aime la prière, ils le choisissent comme des épouseurs... Dans la protection d"ln dra, Ton réside en sécurité et Ton prospère; puissante est son aide pour celui qui sacrifie et pressure le sôma )>, s'écrie un poète; après quoi, il cite, en exemple de cette assistance divine, les Au<;iras qui, après avoir allumé le feu sacré et accompli l'œuvre pie, ont conquis toute la richesse des Panis (R. V. L 83. 2 sqq.). Et ailleurs (V. 34. o sqq.) : « Indra n'est point avec celui qui ne pressure pas, alors même qu'il prospère ; le [dieu] fou^rueux le châtie ou le terrasse, et il dis pense au dévot l'étable pleine de vaches... Il se détourne de celui qui ne pressure pas, il est l'ami du pressureur... Il ramasse et enlève la nourriture du Paiii. et il partage à son adorateur le beau butin. »
Autant il est permis d'attribuer à ces prétentions sacerdotales enveloppées d'un récit mythique une très haute antiquité ', autant il est sur que tel n'a pu être le vrai sens du mythe primitif, du récit indo-européen.
Pour ma part, j'estime qu'il s'y agit de la conquête des aurores ensevelies sous les sombres rochers du ciel nocturne ^ Dans le mythe grec, les vaches sont rouges, et leur prison est à l'extrême occident, à l'opposite du point où apparaissent à l'homme les aurores délivrées. Ainsi s'explique aussi, dans le mythe védique, la connexion si caractéristique établie entre la conquête des vaches et celle de la lumière du matin ; on sait, d'ailleurs, combien est encore vivante, dans
tue son ennemi ('"/7/v<) et le iirètrc s'empare du liien du Pani » : si donc le meurtre de Vi-tra est le prototype des exploits ijelliqneux, la conquête des vaches du Pani n'est pas moins clairement le prototype des profits du sacerdoce.