‹ La religion en Chine, exposé des trois religions des chinoisChapitre 12 sur 33 · KOUAN-YIN · texte numérisé non relu

KOUAN-YIN

I»’après une statuette chinoise en bois doré du xvi' siècle

M us h E G U l M r. T —

jyiK'

Vf

espace qu’ils limitent le monde des dieux parmi lesquels ils placent le Shangti. Nous leur dîmes que runivers dont ils parlaient, pure invention des premiers auteurs de leurs livres religieux, ne pouvait pas, quelles que vastes que fussent ses proportions, constituer une donnée quelconque sur l’empire du Bouddha ni faire accepter qu’on le plaçât au-dessus de Dieu. Le Dieu qui habite dans les deux est le vrai Dieu du monde et tous les mondes épars dans l’espace lui sont soumis. Dans la salle où cet entretien avait lieu se trouvaient plusieurs châsses à idoles ; un des prêtres lit la remarque qu’il y avait trentetrois cieux et que dans un de ceux-ci résidait le Dieu adoré par les étrangers. Nous lui prouvâmes par notre réponse que, selon les idées de sa religion, les cieux dont il parlait reposaient tous sur le sommet du mont Sumeru, et qu’en réalité cette montagne n’existait pas, qu’elle était imaginaire comme l’île fabuleuse de Pung-lae, dans l’Océan Oriental, et la demeure de Se wanh-mu, mère du roi de l'Occident. Ce personnage est une reine mytliologique que les vieilles fables chinoises font habiter sur un des sommets de la chaîne de Kwen-lun, dans le Tibet. Le prêtre répliqua que le mont Sumeru existait positivement et que c’était au sommet de cette montagne que les dieux résidaient dans leurs demeures respectives. Nous lui répondîmes en lui apprenant que les vaisseaux des hommes de l’Occident avaient parcouru l’Océan dans toutes les directions et qu’on n’avait jamais découvert cette montagne.

De ce qui précède, il découle que l’athéisme du bouddhisme consiste non pas à nier l’existence du Maître du monde ou des dieux de la mythologie populaire, mais à limiter le pouvoir et la juridiction de ces divinités. En assignant à Dieu une juridiction limitée, en le soumettant à la naissance et à la mort, en le subordonnant aux Bouddhas et Bodhisattvas, ils lui enlèvent en réalité sa divinité, tout en laissant subsister son nom.

C’est dans l’esprit de la philosophie hindoue que se trouve la véritaljle origine de cette tentative à la fois orgueilleuse et folle de renverser les relations immuables entre Dieu et les hommes, entre le Créateur et la créature. L’esprit humain, entlé d’orgueil, crut, par l’aide de la philosophie, s’élever au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu. Il se révolta contre l’autorité d’un Dieu personnel et préféra ne croire qu’en un état, le Nirvâna, dans lequel la conscience et l’individualité sont anéanties, où la vie et la mort, la pensée -et la passion, le bien et le mal, ainsi que toutes les autres antithèses que l’homme

ANNALES DU MUSEE GUIMET

peut imaginer, disparaissent dans l’unité absolue. Le Nirvana, il est vrai, n’est pas spécial au bouddhisme ; il appartient également à d’autres religions liindouGS ; mais c’est là, avec la fiction des deux états de Bouddha et de Bodhisattva et des autres degrés inférieurs, que l’esprit humain a fait la tentative la plus systématique pour réduire la divinité au néant et s’élever luimême au-dessus de la sphère où réside et où règne cette divinité. Là nous trouvons avec étonnement l’àme aux pensée bornées, rêvant audacieusement non seulement de s’établir dans une région accessible au delà de l’univers réel et en dehors du domaine de Bien, mais entreprenant encore de tracer le chemin et de marquer les degrés par lesquels on peut traverser ces lointains abimes de l’espace et quitter pour toujours le monde des sens.

La disposition des temples bouddhistes montre d’une manière frappante la situation respective du Bouddha et des dieux. Dans le vestibule sont représentés quatre rois des dieux ; ils ont charge de garder la porte par laquelle on accède en la présence du Bouddha. Ils n’ont pas d’emploi plus relevé que de servir de gardiens et de musiciens au grand personnage qui occupe l’intérieur de l’édifice. Bouddha est placé au centre, assis sur une fleur de lotus dans l’attitude d’un instituteur. Ses traits expriment l’union de la contemplation et de la hienveillance avec la sagesse qui lui donne le pouvoir d’enseigner et la conqiassion qui le porte à sauver les hommes. Parmi les auditeurs, se tiennent les grandes divinités hindoues, Brahma, Siva et Shakra ; ils occupent une position inférieure à celle des personnages nommés Poosa, Lohan, etc., qui sont des savants très avancés dans la doctrine de Bouddha.

L’intention qui préside à cette disposition est de représenter la philosophie humaine comme supérieure à la puissance divine et de faire voir les personnages les plus élevés de l’univers visible écoutant avec soumision les enseignements du sage né sur la terre. Mais les idées des philosophes ne sont pas comprises par l’esprit du peuple, et le commun des fidèles ne voit dans ces dieux placés dans une position inférieure que des serviteurs et rien de plus, tandis qu’il se confie en Bouddha, personnification de la philosophie, et le prie comme une divinité puissante. Il cède à sa nature qui le pousse à adorer ce qui est divin, et bientôt il trouve des objets de culte dans ces personnages, si supérieurs en sagesse, qui portent le nom deFoh et de Poosa.

Nous étudierons dans le chapitre suivant lanotion de Dieu selon lestaouistes.

Annales DU M’useeGuimet

Page 1