NOTIONS TAOUISTES SUR DIEU
Les idées de la secte taoiiiste sur Dieu et les dieux inériteut quelque attention. Une étude rapide de ces notions constituera une suite utile à ce que nous avons déjà dit des idées des disci[)les de Bouddha et de Confucius sur ce sujet.
En plusieurs points, la mythologie taouiste ressemble à celle de beaucouj) de peuples païens. Parmi ses divinités, les unes porsonnihent des êtres (pie l’on suppose résider dans les diverses parties de la nature; d’autres sont des hommes convertis en divinités imaginaires }>ar le moyen de l’apothéose. Les dieux de la mer et des rivières, des étoiles, ceux qui président aux phénomènes météorologiques et aux productions de la terre eom[»tent au nombre des divinités qui appartiennent par leur origine aux diverses parties du monde naturel. Sur les bords de la mer on trouve des tenq>les érigés à l’esprit de la mer, au roi delà mer et au dieu des marées. Sur les bords des rivières on rencontre fréquemment les châsses des rois-dragons ; le dragon, d’après la croyance populaire, habite tantôt dans l’air, tantôt dans l’eau. Chaque apparition remarquable dans le ciel ou à la surface de l’eau est prise habituellement pour un dragon ou pour un phénomène occasionné par la présence d’un dragon. Une de leurs divinités porte le nom do Maître du loancrre, et Une autre de Mère des éclairs. Beaucoup d’étoiles sont adorées comme des dieux. Certains [)hilosophes grecs croyaient que les astres étaient des êtres vivants et divins, les taouistes ont une doctrine du même genre ; c’est un des
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points caractéristiques de ce matérialisme qui se révèle dans presque tous les dogmes taouistes. Ils regardent les étoiles comme les essences sublimées des choses. Le monde, par exemple, est composé de cinq sortes de matières qui contiennent chacune une essence ou substance élémentaire. L’âme est une essence de matière, matière la ^dus pure qui soit dans le corps; de même aussi il y a des essences qui appartiennent à d’autres choses et qui, si elles sont très pures, parviennent à une existence et à une individualité qui leur est spéciale ; ce sont les âmes de la matière grossière. Parmi celles-ci, une série de cinq âmes correspondent aux cinq sortes de substances qui se trouvent dans la nature matérielle, c’est-à-dire, le métal, le bois, l’eau, le feu et la terre. Quand elles furent très purifiées ces âmes des cinq éléments s’élevèrent dans l’air jusqu’à la région des astres, et devinrent les cinq planètes. Mercure est l’essence de l’eau, Vénus, du métal, dinrs du feu, du bois, et /Sa-
turne de la terre. Les étoiles fixes sont aussi des essences ou âmes de la matière et d’autres essences, selon la croyance des taouistes, errantes dans l’espace, mues par une vie intérieure active, reçoivent aussi le nom d’étoiles, bien qu’elles ne soient pas visibles dans les deux. De cette façon, le mot étoile a pris dans le langage des Chinois un nouveau sens ajouté au sens vulgaire. On donne ce nom à une âme matérielle vivante, essence sublimée de la matière. Cet ordre d’idées a fait un pas de plus dans la pliilosophie matérialiste des taouistes, ces étoiles et ces essences sont devenues des dieux ; on leur a prêté des attributions divines. L’œil du spéculateur de cette école a vu dans le firmament étoilé les parties les plus sublimes de ce vaste océan d’éther dont notre atmosphère constitue la partie la plus basse et la plus grossière. C’est là que se meuvent les astres divins. De leur région de pureté et de tranquillité ils laissent tomber leurs regards sur le monde dos hommes et agissent d’une façon invisible, mais cependant toute-puissante, sur les destinées humaines. C’est par l’application de cette manière de voir que l’alchimie et l’astrologie sont devenues des parties importantes du système religieux des taouistes. Ce sont naturellement les deux sciences favorites d’une religion matérialiste comme celle-là. L’une traite des .essences, l’autre des astres et chacune d’elles a eu une influence considérable sur la formation du système des divinités taouistes, ainsi que sur le dogme taouiste de l’immortalité et sur la méthode de discipline particulière par laquelle on obtient cette immortalitéi
Nous remarquerons eu passant qu’on peut établir un parallèle intéressant entre l’alchimie et l’astrologie des Chinois et l’alchimie et l’astrologie des Européens. On peut obtenir une grande lumière sur le sens et l’origine des études, jadis célèbres, de notre époque du moyen âge par les études de même nature qui ont été faites en Chine plusieurs siècles auparavant. 11 y a une analogie remarquable dans la double signification de notre mot esprit et celle du mot chinois sing, étoile, que nous venons d’indiquer. Les expressions cime et essence, en chinois shin et tsing, peuvent souvent se suppléer comme dans notre langue. En Chine, cependant, la connexion de l’alchimie et de l’astrologie, en tant que branches d’un même système et encore d’un système religieux, peut plus clairement se percevoir que dans l’iiistoire européenne de ces branches d’une même connaissance qui furent un moment appelées sciences.
Dans la biographie légendaire des dieux taouistes, on lit communément qu’une étoile est descendue et s’est incarnée dans la personne de certains hommes désignés qui ont reçu ainsi leur caractère divin. Wen-chang, le dieu qui préside à la littérature, est une divinité de ce genre. Une petite constellation voisine de la Grande-Ourse porte ce nom. Le dieu dont les savants implorent l’assistance pour obtenir le prix de leurs efforts est AVen-Chang, divinité dont nous parlons en ce moment ; il est représenté dans le ciel par cette constellation. Dans les villes chinoises on lui élève des temples séparés de ceux de Confucius; ces temples sont construits sur une terrosse élevée et, si ma mémoire me sert bien, ont six faces par analogie avec la forme de la constellation qui a la forme d’un hexagone. On prétend que AA^en-Ghang est descendu dans notre monde à des intervalles irréguliers pendant plusieurs générations. L’histoire a dit de certains hommes vertueux et ricliement doués qu’ils semblaient avoir été des incarnations de cette divinité et de là naquirent les légendes qui affirment ces incarnations comme d-;s faits réels. Le respect que témoigne au dieu de la littérature la classe des savants [)rouve que la religion taouiste a eu beaucoup d’influence sur eux, bien qu’ils fissent profession de confucianisme et qu’en cette qualité ils ne dussent }>as adhérer aux contes des taouistes.
Un des plus communs des livres liturgiques, employés par les prêtres de Taou, se compose de prières à Tow-moo, divinité féminine qui est supposée Ann. g. — IV. 2i
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habiter dans la Grande-Ourse. Une partie de cette même constellation est adorée sons le nom de Kwei-sing. On élève, à l’entrée des temples de Confucius, un petit temple à cette divinité que l’on prétend favorable à la littérature de même que Weii-cliang. Le mot Kwei, sous sa forme écrite, est un caractère composé. Il se compose de deux autres caractères, kwei, démon ^ à gauche et à droite tow, les quatre étoiles qui forment un trapèze dans la Grande-Ourse (elles ont reçu ce nom d’un vaisseau à mesurer qui a cette forme) , Un auteur indigène, qui vit encore et habite Soochow, a essayé de démontrer que toute l’histoire des dieux est née entièrement de l’imagination des hommes. Une des preuves sur lesquelles il s’gppuye est la représentation que donnent ordinairement les peintres du dieu Kwei -sing : un personnage sous la forme d’un démon qui frappe du pied le vase-mesure nommé tow. Cette façon de représenter la divinité en question a été inspirée uniquement par le sens que représentent les parties composantes du caractère Kwei, et qui ont été arbitrairement choisies, il y a plusieurs siècles, sans aucun rapport avec la mythologie. Il cite, avec très grand à propos, cette circonstance comme une preuve évidente que les croyances populaires sur ce dieu ont eu leur source dans l’imagination humaine.
Il y a une des vingt-huit constellations du zodiaque chinois qui se compose de six étoiles placées sur une ligne courbe semblable à un arc. On la nomme Chang, iirer un arc. Tout près se trouve un groupe de sept étoiles, connues sous le nom du chien céleste. Chang, un des génies de la fable taouiste, est identifié, dans la croyance populaire, à ce groupe d’étoiles de même nom et les peintres ou sculpteurs d’idoles le représentent un arc à la main et tirant sur le chien céleste. Les noms des constellations sont bien plus anciens que les légendes mythologiques dont fait partie l’histoire de ce personnage. Si, chez nous, l’autorité ecclésiastique voulait faire adorer comme dieu quelqu’une des formes animales ou humaines peintes sur nos globes célestes pour aider la mémoire à reconnaître les étoiles, un tel acte serait absolument identique à ce qu’ont fait les taouistes chinois. Ce matérialisme, à la fois grossier et déraisonnable jusqu’à la folie, s’est développé dans une nation en possession dc}niis des siècles d’une littérature savante, d’une civilisation très développée, d’un excellent code de morale, et riche d’une longue succession de philosophes et de savants. La mythologie dont nous parlons s’est énormément
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étendue en Chine pendant les temps modernes, montrant ainsi qn’il n’y a aucun progrès à espérer de ce peuple au point de vue de la connaissance de Dieu tant que le christianisme n’aura pas été introduit parmi ses habitants. A l’époque de son apogée intellectuel, les additions les plus extravagantes ont été faites à sa mythologie légendaire; dans les moments où les arts et la littérature étaient les plus prospères, la superstition grandissait proportionellement avec eux et répandait dans le peuple une masse d’imaginations absurdes, barbares dans leurs origines, malfaisantes dans leurs effets.
J’eus une fois l’occasion de causer avec un maitre d’école des environs do Ghapoo ; il me demanda si je pouvais lui céder quelques livres sur l’astronomie et la géographie. Ces ouvrages sont très ardemment désirés par tous les membres de la classe des lettrés ; ils ont en grand respect la science des hommes de l’Occident sur ces matières, res[)ect qui résulte des renseignements que leur ont donnés sur ces sciences les premiers missionnaires catholiques romains. A la demande que je lui adressai : « Qui est le Seigneur des cieux et de la terre ? » il répondit qu’il n’en connaissait pas d’autre que l’étoile polaire nommée en chinois Teen-hwang-ta-te, le grand directeur impêrial des deux. On lui représenta combien il était regrettable qu’il eût do
l)areilles idées sur l’Etre Suprême ; quand on lui eut cité les passages des classiques de Confucius qui parlent de Dieu comme du maître des cieux, indépendant de la création visible, il reconnut qu’il pouvait avoir tort. Dans le cas de cet homme, il est évident que l’idée d’un être indépendant, })ersonnel, spirituel, gouvernant l’univers et distinct de cet univers, a été remplacée par une conception basse et matérialisée de la nature de Dieu.
La notion altérée que les taouistes ont de Dieu leur a permis de représenter la création comme l’œuvre d’un agent matériel au lieu de la décrire comme celle de Dieu. Je demandais une fois à un prêtre taouiste de me faire voir quelques-uns de ses charmes (ce sont des morceaux de papiers portant quelques signes inintelligibles) ; il refusa do le faire sous le }>rétexte que nous ne croyions pas en leur efficacité. Selon lui, ses charmes servaient à chasser les démons qui n’osent pas approcher de la divinité très sage et très sainte de ce temple où nous nous trouvions.
C’est au nom de ce dieu que les charmes étaient vendus et sa protection était assurée aux acheteurs. Nous lui fîmes observer que c’était une idée
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nhsurde que d’attendre protection d’un dieu comme celui-là, et que c’est en Dieu, le créateur de toutes choses, que nous devons mettre notre confiance. Il refusa d’admettre que la création fut l’œuvre de Dieu, et affirmait que c’était celle d’un agent matériel qu’il nommait Ki, mot qui signifie forme frès ipure de la rnatière, vapeur. Ki, disait-il, existait avant Dieu et créa toutes les choses. Sa partie la plus pure s’éleva et forma le ciel, tandis que la partie la plus grossière devint la terre. Je lui observai alors que Ki était une substance visible, matérielle, capable de se séparer en plusieurs parties, et que, par conséquent, il devait lui -même être créé. Il admettait son caractère matériel, mais repoussait la conclusion que j’en tirais. Je lui expliquai alors plus en détail que nous autres occidentaux nous avons coutume de croire que l’immatériel peut produire le matériel et le visible, mais que le matériel ne peut jamais donner naissance à l’immatériel et à l’invisible. Nous pouvons concevoir le monde de matière créé par Dieu, être spirituel, mais nous ne pouvons concevoir la matière devenant àme ou esprit par n’importe quel procédé de création ou de développement. Il prétendit alors que Dieu n’était pas invisible, puis la conversation se porta sur d’autres sujets.
Avant que le bouddhisme pénétrât en Chine et exerçât une influence marquée sur les idées taouistes, la mythologie de cette religion était assez pauvre. En outre du dogme de Shang-ti et des esprits dirigeants qui habitent les diverses parties delà nature, qui appartient à la religion confucéenne, les anciens Chinois croyaient à l’existence d’une race de génies. C’étaient des hommes que leurs vertus avaient élevés aux honneurs de cette divinité prétendue. Les uns étaient des personnages fabuleux, les autres des héros historiques. A l’époque de Tsin-shi-hwang, qui construisit la Grande Muraille environ deux cents avant le Christ, on racontait beaucoup de contes fabuleux sur des hommes immortels habitants des îles de l’Océan Pacifique. Ou prétendait que dans ces îles imaginaires croissait une herbe d’immortalité qui les exemptait du sort commun aux autres hommes. Cet empereur résolut d’aller à la découverte de ces îles, mais des évènements malencontreux l’en empêchèrent. Une expédition mit à la voile et ne reparut jamais ; on raconta alors que ceux qui en faisaient partie avaient atteint ces îles, mais refusaient de revenir de peur de perdre leur trésor d’immortalité ; ainsi leurs compatriotes perdirent le bénéfice de leur découverte. Les génies des mon-
tagnes, ainsi que ceux de ces ilos, sont les génies terrestres; une autre classe plus élevée porte le nom de génies célestes ; on suppose qu’ils montent dans les deux et y établissent leur résidence. Les demeures des génies célestes sont situées au milieu des étoiles ou plus haut encore, dans la région du pur repos. Les bouddhistes ont beaucoup aidé les taouistes dans le développement de ces conceptions d’êtres tout-puissants habitants des deux; ils imaginèrent diverses régions dans le ciel ayant quelque ressenddance avec les successions des cieux des Hindous et en tirent les résidences des nouvelles divinités choisies pour augmenter leur panthéon.
Dans la disposition d’un temple taouiste complet, tout est fait en vue de représenter tous les traits principaux de la mythologie moderne do cette religion. Les pièces destinées aux divinités supérieures et inférieures correspondent à leurs demeures célestes respectives et on choisit un certain nombre do ces dieux ])Our représenter tous les autres. Les uns ressemblent aux Bouddhas et aux Bodhisattvas de la religion voisine, tandis que d’autres tirent leur origine des anciennes fables chinoises sur les ermites et les génies. Deux éléments concourent donc à la formation de leur mythologie, l’élément primitif chinois et l’élément bouddhique. Le [»remier, celui qui est d’origine indigène, a perpétué le souvenir de beaucoup de [»ersonnages fabuleux ou semifabuleux appartenant aux premiers siècles de l’histoire nationale. Parmi eux se trouvent plusieurs ermites et alchimistes, des hommes de morale rigide, des amis de la solitude, des chercheurs delà plante qui procure l’immortalité, des adeptes de la science mystérieuse, des philosophes mysti(pies et des magiciens. Ces êtres reçoivent le nom de Seen-jin ; ils constituent la niasse des habitants des cieux. Les principales divinités sont cependant bouddhiques. A Bouddha correspond l’expression Tien-tsun et Ti, et à Bodhisattva Tsoo. Yuhhwang-shang-ti est le plus grand ilc tous les dieux, sauf le San-tsing ; comme souverain du monde et sauveur des hommes, il ressemble un peu à Bouddha. Si ce Shang-ti est un Bouddha actif, le San-tsing, ou les trois êtres purs, est un Bouddha contemplatif. Les trois êtres compris dans le San-tsing méditent sur la vérité et la doctrine et communiquent leurs sentiments et leurs idées aux hommes dans la langue qu'ils peuvent com})rendre ; Laoii-keun, le fondateur de la religion taouiste, est, sous une forme divinisée, un des trois êtres pw's. Les trois êtres pars constituent la trinité
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taouiste ; de même que le San-she Joo-lae, le Tathagatha des trois âges constitue la triiiité bouddhique. Dans ces deux cas, la trinité est une triple manifestation d’un même personnage historique. Ce personnage est, dans les deux cas, un homme divinisé par sa perfection intellectuelle et morale, qui le conduit finalement au comble de toute excellence et de toute puissance. Les bouddhistes du Nord ont représenté Shakyamouni sous beaucoup de formes différentes. Une des plus fréquentes est celle du Bouddha passé, présent et futur. On désigne sous ce nom trois statues colossales presque identiques de forme ; on les voit habituellement dans les grands temples chinois où l’on recherche des idoles d’apparence imposante. Cependant les livres bouddhiques ne disent pas grand’chose sur cette trinité ; la raison de cette fréquence ne tient peut-être pas à une importance doctrinaire attachée à cette triple manifestation du Bouddha, mais plutôt à l’air de grandeur qui est ainsi donné au Bouddha dans la salle où on l’adore.
Quoi qu’il en soit, les taouistes ont imité les bouddhistes en instituant une trinité basée sur le fondateur de leur religion. Laou-keun, le philosophe ainsi honoré, est dénommé la troisième personne de sa trinité, quand on le représente sous la forme divine. On dit en effet que sous la forme humaine il était une incarnation de la troisième personne du San-tsing, afin de démontrer que cette trinité de personnes divines, qui est pourtant d’invention moderne, était antérieure à Laou-keun et en réalité éternelle.
La trinité taouiste, comme celle de Bouddha, entretient avec le monde des rapports d’instruction et d’intervention bienfaisante dans l’intérêt de l’humanité. La surveillance du monde physique est abandonnée à des divinités inférieures. Dans l’opinion de ces deux religions la contemplation est supérieure à l’action ; de même qu’un sage est d’un caractère plus élevé qu’un guerrier, de même une divinité placée dans la sphère intellectuelle est plus grande que celle qui agit dans la sphère physique. Sauver par la doctrine vaut mieux que sauver par puissance. Cette idée se montre d’une manière frappante dans les degrés des divinités de la mythologie taouiste, ainsi que dans celle du bouddhisme. Le Foh et le Poosa de la religion hindoue sont des dieux spirituels, et leur sphère est supérieure et plus noble que celle de Brahma et de Shakra qui gouvernent l’univers physique. De même dans le taouisme, les San-tsing sont des instructeurs tandis que Shang-ti, les dieux des étoiles, les divinités
médicales, les dieux des éléments et les ermites déifiés sont chargés de diriger l’univers physique.
Les taouistes assimilent le Shang-ti des classiques confucianistes avec Yuh-wang-shang-ti, principal dieu de leur panthéon, qui n’a pas d’autre supérieur que les San-tsing. Ils lui donnent la surveillance du monde physique, mais ils en font aussi un instructeur de l’humanité. Pour le rapprocher de la race humaine, ils l’ont identifié à un ancêtre du hiérarque héréditaire de leur religion, dont le nom de famille est Ghang. Go chef héréditaire de la religion taouiste habite dans la province de Kcang-sc, sur la montagne du Dragon et du Tigre. En humanisant le Shang-ti des classiques on lui a donné aussi, avec son nom, un jour de naissance qui tombe le 9 du premier mois. Il emploie un très grand nombre d’es[>rits à la surveillance du monde. Vers la fin de chaque année les esprits subalternes, parmi lesquels figure le dieu de la cuisine, qui ont pendant toute l’année veillé à la conduite dos hommes, montent dans les deux au palais do Yuh-wang-shang-ti et lui font leur rapport. Après un certain nombre de jours, ils redescendent et reprennent leur poste d’inspecteurs de la conduite morale des humains.
Parmi les dieux des étoiles soumis à cette divinité de runivers physique, se trouve une trinité connue sous les noms de dieux du bonheur, du rang et de la longévité. Les trois étoiles, ou dieux des étoiles, ainsi désignés sont les sujets les plus habituels de la statuaire et de la peinture chinoise.
Tsae-shin, qui préside aux richesses, est aussi un dieu fiivori. On l’a identifié avec un ancien homme d’Etat de la Chine et son culte est universellement observé par ceux qui entreprennent les affaires commerciales. L’extension de ce culte est un des exemples les plus remarquables de la puissance do la superstition dans la classe des commerçants et des marchands ; ils attribuent à l’intervention de cette divinité leurs bénéfices ou leurs pertes ; c’est leur foi en ce dieu qui a élevé tant de temples en son honneur dans les cités et dans les villes de la Chine.
Une triade très connue de divinités subalternes porto le nom do San-kwan les trois directeurs. Ils président aux cieux, à la terre et à l’eau. On dit, dans la partie des prières liturgiques quotidiennes qui les regarde, que ce sont trois saints hommes qui forment une unité, qu’ils envoient aux hommes la bonne et la mauvaise fortune et sauvent ceux qui sont perdus. On les
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nomme, dans leur unité collective, les trois directeurs qui constituent un grand dieu, San-kwan-ta-ti.
Parmi les dieux qu’on invoque dans les livres de prières taouistes, il s’en trouve plusieurs d’un rang intermédiaire entre Yuh-kwang-sliang-ti et Sankwan. Ce sont : l’esprit de la terre, l’étoile polaire, le seigneur des étoiles, quelques autres dieux des astres, le maître du tonnerre, la divinité bouddhique Kouan-jin, et les esprits du soleil et de la lune.
Le passage suivant est un échantillon des attributs de ces personnages. Le ’pere du tonnerre est représenté subissant de nombreuses métamorphoses et remplissant toutes les régions avec les différentes formes qu’il a prises. Tandis qu’il discourt sur la doctrine, ses pieds reposent sur neuf oiseaux de toute beauté, trente- six généraux attendent ses ordres, on prétend qu’il a composé un certain livre d’éducation fort renommé, ses ordres sont rapides comme les vents et le feu, il subjugue les démons par la puissance de sa sagesse, il est le père et l’instructeur de tous les êtres vivants.
Cette description du dieu du tonnerre est fortement colorée de bouddhisme et le même fait peut s’observer dans les traits caractéristiques des autres divinités taouistes. Le style des livres de prières est profondément bouddhique ; ce sont les mêmes idées sur l’univers, sur les besoins des hommes, sur l’intervention des [>ersonnages divins pour satisfaire ces besoins ; d’un bout à l’autre on trouve la même reproduction servile du modèle étranger. La Chine sentait des as})irations religieuses qu’elle était impuissante à satisfaire par sa pensée propre ; elle avait la notion de la divinité, mais sans aide elle ne pouvait pas faire de cette notion une formule appro[)riée au culte }>opulaire. Quand le système bouddhique pénétra chez elle, elle trouva en lui un modèle qu’elle pouvait copier en toute convenance. Les mythologies de la Chine et de l’Inde constituent un mélange mal assorti. Les additions que les taouistes ont faites à leur système en les empruntant à cette source étrangère ne lui conviennent qu’im[)arfaitement et cela prouve d’autant plus clairement que les hommes ont besoin d’avoir un culte quelconque et des dieux à adorer, et (|ue, si puissant que soit ce besoin, l’intelligence livrée à sa seule force ne peut y satisfaire. La révélation du vrai Dieu en la personne de son fils Jésus- Christ est indispensable pour satisfaire le besoin de l’homme de connaître et d’adorer Dieu.
Encore un mot sur les dieux de l’État en Chine. Ils sont très nombreux ; chaque cité a sa divinité protectrice ; les petites villes ont aussi leurs dieux tutélaires. Toutes ces divinités sont instituées par le gouvernement. Les fonctionnaires de l’État courageux et fidèles et les hommes illustres par leurs vertus publiques et privées reçoivent les honneurs de ces charges.
Parmi les plus élevés de ces dieux d’État se trouve Kwan-ti, le dieu de la guerre. Par un récent décret de l’avant-dernier empereur, il a été élevé au même rang que Confucius qui, avant cela, tenait la première place dans le panthéon d’État des sages et des grands hommes divinisés.
Des prêtres taouistes sont chargés des temples des dieux de l’Etat ; mais ce culte ne constitue qu’une partie secondaire des formes liturgiques de cette religion. La mythologie taouiste accepte ces dieux comme divinités d’un rang plus ou moins élevé et le culte de chacun d’eux n’est accompli avec soin que dans la localité où ils président. Cependant les tengiles du dieu de la guerre se rencontrent partout.
Il eût été intéressant de rechercher jusqu’à quel point les idées des taouistes sur une trinité divine sont les résultantes des seules facultés de la pensée, ou jusqu’à quel point elles doivent être considérées comme des traditions des premiers âges de notre race, ou en allant encore plus loin, quelle raison il y a de les considérer comme une vérité de religion naturelle à laquelle, en quelque sorte, l’esprit humain doit finalement aboutir dans ses recherches. Mais cette recherche doit être laissée à ceux qui écrivent des livres théologiques et particulièrement à ceux, dont le nombre augmente si rapidement, qui étudient et analysent les religions du monde.
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