T. IV, PL. V
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L’histoire des religions de la Chine est pleine d’enseignements. Elles se sont développées sur des hases aljsolument asiati({ues; moitié indigènes, moitié hindoues, elles ontgrandi dans une complète indépendance du judaïsme et du christianisme.
Les expressions et les idées fondamentales du confucianisme et du taouisme primitif sont entièrement indigènes ; elles portent le sceau d’une grande élévation et d’une grande clarté morale, elles se plaisent dans la légende et sont pénétrées d’un profond amour de la religion traditionnelle. Le houddhisme indien, transplanté dans un climat plus froid et adaptï' aux mœurs d un peuple pratirpie et dépourvu d’imagination, conserve cepon lant dans toutes ses immenses ramitications les traces de son origine aryenne.
Démontrer comment l’arbre de la religion a progressivement atteint en Chine les proportions et la forme qu’il a maintenant, tel est l’objet de ce petit livre. La racine de cet arbre est bien chinoise, et sa principale branche a toujours conservé ce caractère national ; seulement un rameau })uissant, d’origine étrangère, s’est greffé sur le vieux tronc ; la religion métai)hysiquo de Shakyamouni est venue se joindre aux doctrines morales de Confucius. On peut alors constater un fait nouveau. Un rejeton indigène se greffe sur le rameau indien. Le taouisme moderne grandit sur le modèle du bouddhisme.
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ANNALES LU MUSEE GUIMET
Il est du plus grand intérêt, pour celui qui étudie les religions du monde, de pouvoir observer le modus operandi de cette greffe successive et calculer ce qu'a gagné ou perdu le peuple ciiinois aux divers enseignements religieux qui lui ont ainsi été prodigués. Ce petit livre renferme un court aperçu d’un bien vaste sujet ; nous ne pouvons toucher qu’aux traits principaux, mais nous espérons cependant qu’aucun point important ne sera oublié.
SiM. le Professeur Max Müller réussit à rendre l’étude des religions aussi populaire qu'il l’a fait pour la philologie comparée, le champ de recherches qu’offre la Chine sera bientôt défriché par beaucoup de nouveaux explorateurs. Puisse ce livre, ])endant quelques années encore, servir de manuel abrégé du sujet dont il traite.
Ceux qui prennent intérêt aux progrès de l'œuvre des missions chrétiennes trouveront ici les moyens déjuger ce qu’elles ont fait en Chine.
On verra que le culte des ancêtres prend ])resque la place d’une religion, et qu'il faut par conséquent que les devoirs envers les parents soient ramenés aux doctrines chrétiennes. On ap})reiid à adorer le Ciel et la Terre, il faudra substituer à ce culte l’adoration du Dieu suprême, éternel. Les devoirs d'homme à homme sont très parfaitement définis ; le missionnaire chrétien devra snrbordonner tous les devoirs humains à l’amour de Dieu. La foi en la vie future, telle qu’elle est présentée à la croyance religieuse du vulgaire, ne peut être acceptée par riiomme intelligent parce que le ] )Ouddhisnie n’a })as confiance en son propre enseignement sur ce point ; les Chinois trouveront dans le dogme chrétien de la vie future l’espérance positive au lieu du vague et de l'incertitude où ils s’agitent, lien est de même de la rédemption telle que l’enseignent les bouddhistes. Il n’y a rien de solide dans cet enseignement ; il se résout en abstractions et en disputes sur les mots, son indétinité contraste de la façon la })lus frappante avec la rédemption chrétienne qui, trouvant l’homme écrasé sous le mal, lui tend la main puissante d’un libérateur divin et le rend à la fois vertueux et heureux.
Trente-cinq années se sont écoulées depuis que la Chine s’est ouverte aux étrangers. Les progrès des missionnaires furent d'abord très lents. Dans certaines villes bien des étés et des hivers se sont écoulés avant qu’on ait ])u obtenir même une seule conversion. Au bout de quinze ans, les efforts des missionnaires étaient récompensés par un millier de conversions. Quinze
ans encore et ce nombre arrivait à dix mille. Maintenant l’élément chrétien progresse à vue d’oeil.
Le nombre des points sur lesquels s'exerce l’action des missions protestantes augmente rapidement, et il en est de même pour celles des catholiques romains qui comptent par centaines de mille le nombre de leurs adhérents.
Si les baptêmes sont plus fréquents dans la plupart des districts où travaillent actuellement les missionnaires, il faut l'attribuer à la paix dont le pays a joui pendant ces dernières années et à ce que les autorités locales et les personnages inlluents comprennent mieux qu’autrefois que la conversion au christianisme n’est pas un crime subversif de l’ordre social. Dans plusieurs cas on a réparé les dommages infligés aux chrétiens, et les convertis n’ont plus à redouter autant que par le passé que le baptême leur apporte de nombreuses souffrances.
Une des concessions qu’obtint Sir Thomas AVade dans scs négociations de 1876 avec Le-hung-Ghang, gouverneur général de la province de Ghile, fut l’affichage sur toutes les places publiques d’une proclamation impériale au sujet de l’assassinat de M. Alargary. Cette mesure a produit un excellent eflet sur le peuple en l’obligeant à considérer les étrangers comme des amis. Plusieurs des personnes qui, depuis cette époque, ont demandé le baptême ont été amenées à cette idée par cette proclamation.
Pour bien juger de l'état de l’expansion du christianisme en Chine, il faut porter les yeux sur les districts où ont été réunies des communautés chrétiennes. En beaucoup d’endroits, elles s'étendent avec une grande rapidité. Dans certaines parties, la population villageoise a montré deqmis peu d’années une tendance ù accepter de nouvelles idées religieuses qui se combinent avec la })rohibitiou de l'opium et du tabac, avec le culte sans images, et l’obéissance ù un guide s])irituel en ce qui touche ù la doctrine. 11 y a, dans le voisinage de Pékin, plusieurs de ces associations, toutes d’origine moderne. Dans quelques-unes, il est sévèrement défendu de fumer ro[)ium. Beaucoup de personnes suivent pendant quelques mois ou quelques années les préceptes de ces sectes, et alors, si on les [iresse de se joindre aux chrétiens, ellesconsentent sans trop de difflculté, disant qu’elles n’ont pas trouvé dans l’association nouvelle où elles étaient entrées le bien qu'elles avaient espéré.
11 y a plus d’espérance de progrès parmi la population des villages que
ANNALES DU MUSEE GUIMET
clans les villes, parce que rintiuence de la classe lettrée se fait moins sentir dans la campagne. Pour le moment, la classe instruite n’est pas favorable au christianisme et par politique elle affecte de n’en pas parler. La plupart des lettrés liront plus volontiers des livres sur les sciences, la géographie et la politique de l’Occident que sur notre religion. On trouvera dans les chapitres qui suivent des explications à ce sujet.
La première édition de ce livre a été publiée en 1859 ; elle est épuisée depuis longtemps. Nous avons ajouté quatre chapitres à cet ouvrage, l’un renferme la descrij)tion du culte impérial, les trois autres sont consacrés au voyage à AVoo-taï-Shan, centre célèbre du culte bouddhique et pèlerinage très à la modo. L’ouvrage a été entièrement revu.
PekiDg-, octobre 18 17.
Bien que déj;i ancien, le livre du 1)'‘ J. Edkins est et sera encore long'tem[)S sans doute le meilleur manuel des religions et des mœurs de la Chine, ainsi que le prouve la nouvelle édition, la troisième, qui vient de paraître en Angleterre. Nous avons donc pensé qu’il serait utile d’en donner une traduction française. Nous avons scrupuleusement respecté les opinions de l’auteur sur tous les sujets qu’il aborde, nous bornant à indiquer par quelques notes les renseignements nouveaux et les ouvrages plus récents qui traitent de ces mêmes questions.
Lyon, novembre 1881.
CHAPITRE I. — lNTH0uuc:n0N. — Interet (jue présente le sujet de ce livre. — Confucius : son œuvre et son but. — Luo-tseii, fondateur du taouisme. — Bouddhisme : en quoi il se distingue du brahmanisme et du lamaïsme. — Antiquité de rintroiluctioii du christianisme en Chine. — Situation des missions chrétiennes en Chine. — Opium.
CHAPITRE II. — CuLTi-; niriiiUAi,. — Prière de Shun-chi à l'autel du Ciel et de la Terre lors de ravénement de la dynastie mandchoue. — Les trois sacrifices annuels à l'autel du Ciel. — Description du temple et de l'autel du Ciel. — Holocauste, ollrandes et libations. — Holocauste de la prière. — Sacrifice à la Terre. — Combustion des offrandes. — Notions sur les sacrifices — Culte des ancêtres. — Temiite des ancêtres. — Offrandes. — Sacrifices aux dieux du grain et de la terre.
CH.\PITRE III. — ThMPLEs. — Temple confucéen. — Sacrifices à Confucius. — Caractère funéraire de ces temples. — Temples dédiés aux femmes vertueuses. — Temple des divinités agricoles. — Monastères bouddhistes : leur destination; ils sont placés dans de beaux sites. — Teen-taé. — Monachisme. — Temples taouistes : idée qui a présidé à leur construction. — Temples des dieux de l'Etat. — Lectures impériales.
CHAPITRE IV'. — CoN’Fi.iï des daiitis beligieux en Chim. — Controverse entre les sectateurs de Confucius, de Bouddha et du Tao. — Le gouvernement proteste contre l'idolâtrie. — Controverses entre les confucianistes eux-mêmes.
CH.-VPITRE 'V''. — Comment il se F.\ir que trois religions N.vnoN.VLES coexistent en Chine. — La Chine, champ d'observations pour le conllit des idées morales et religieuses. — Les Chinois se conforment facilement à trois religions, toutes trois nationales, bien que l.iasées sur des jirincipes dilîérents. - Caractère distinctif des trois religions : Le confucianisme est moral, le taouisme matérialiste, le bouddhisme métaphysique. — Scène dans un temjile taoiiiste. — Les trois religions joui.ssent de l'appui de l'Etat.
CH.VPITRE VL — Influence du douddiiisme sur l.v littér.vturb, l.v philosophie ur l.v vie soci.vle DES Chinois. — Les poètes chantent les louanges du bouddhisme. — Le monastère de Teeii-tso décrit par Taoii-han — Indiience de la philosophie de Choo-foo-tszé, — Lloctrine de Taé-Keih. — M. Cooke et le commissaire Yéh. — Négation de la personnalité de Dieu, résultat du bouddhisme. — Les Chinois croient véritablement en un Dieu personnel. — • Noms donnés à Dieu. — .Vffirmation d'identité entre le bouddhisme et le confucianisme. — Latitudinarisme chinois. — Intiuence du culte des ancêtres, — Procession funéraire. — Foi en une vie future.
CHAPITRE Yll. •— Influence du douddhismh sur la littérature et la vie sociale des Chinois (suite). — Comparaison des astronomes européens aux fondateurs du bouddhisme par un auteur moderne de Hang-chou. — Critiques de Matthieu Ricci et de Copernic par un écrivain de Soo-choo : ses vues sur une vie future; il repousse la doctrine du bouddhisme et celle du taouïsme. — Le christianisme répond à sa situation mentale — • Le bouddhisme dans la vie privée à Soo-chou, — Intérieur de la demeure d'un mandarin. — • Croyance générale à une existence précédente et aux incarnation^. — Phrases bouddhiques adoptées dans le langage courant. — Expressions de ciel et enfer, charité, rétribution, etc.
CII.APITRE VIII. — Notions confucéennes et iiouddhiques sur Dieu. — Idées primitives des Chinois sur Dieu et les esprits. — Culte du ciel et de la terre. — Idées chinoises sur les attributs de Dieu et la création. — Notions bouddhiques de Dieu. — Fo et Poosa prennent la place de Dieu. — Athéisme du bouddhisme.
CHAPITRE IX. — Notions taouistes sur Dieu. — Les dieux de la mer et des marées. — Dieux des étoiles. — Essences matérielles sublimées et translormées en planètes et en divinités. — Connexion de l'alchimie et de l'astrologie. — Incarnations des dieux des étoiles. — Wén-chang, Tow-moo, K\vei-sing, l’Etoile polaire sont identifiés à Dieu. — Théorie matérialiste de la création. — Génies taouistes, Sien-jin. — Elément bouddhique dans la mythologie taouïste — Trinité bouddhique et taouïste. — Divinités intellectuelles. - Yuh-hwang-shangti, dieu de la richesse. -- San-kwan. — Livres liturgiques. — Dieux de 1 Etat.
CHAPITRE X. — Morale des Chinois. — Renommée des moralistes Chinois. — Ce qu'est la morale de Confucius. — Controverse sur l'obligation de l'amour du prochain. — Opinions de Mih-tszé. — Controverse sur la nature humaine. — Instruction morale des Chinois. — Etat moral de la Chine actuelle. — Influence morale du bouddhisme. — Klaproth admire le bouddhisme. — Respect delà vie des animaux. — Négation de Dieu et de la Loi divine. — Aumônes bouddhiques. — Doctrine taouïste de rétribution morale dans celte vie.
CHAPITRE XI — Notions de péché et de rédemption. — Confession d'un vieillard. — Confucius admet des imperfections chez tous les hommes. — Conscience du jiéché chez les bouddhistes. Maux corporels châtiments du péché. — Idée confucéenne de riioiineur. — Rémission par le repentir. — Notion bouddhique de rédemption par la discijiline monastique, — Rédemption dans le Nirvana. — Les dix vices. — Rémission par la prière et le jeûne. — Bouddha rédempteur. — Notions taouistes sur le péché.
CHAPITRE Xll. — Notions sur l'immortalité et le jugement futur. — Silence de Confucius sur l'immortalité. — La conception taouïste de l'âme matérielle tend à la négation de l’immortalité. — Le bouddhisme affirme l'immatérialité et l'immortalité de l'âme. — Le mot âme, en chinois shin, signifie matière invisible. — Ce que prouve le culte des ancêtres. — Trois phases dans la conception bouddhique de la vie future. — Transmigralion — Les six états de la métempsycose. — Yén-loxvang, en sanscrit Yama, dieu de la mort. — ■ Le Nirvâna; il correspond â notre dogme de l'immortalilé et cependant arrive â ranéantissement. — • Le paradis du ciel de l'Ouest. — Ciel taouïste des génies. — Palais sidéraux. — Paradis terrestre.
CHAPITRE XIII. — Opinions des Chinois sur le christianisme. — Objections contre le christianisme ; il défend le culte des ancêtres. — Négation de ce fait. — Utilité des monuments syriens et judaïques pour la defense du christianisme. — Morale de la Bible. — Exclusivisme des Chinois.— Préjugés nationaux. — Le christianisme accusé d'emprunts au bouddhisme,
CHAPITRE XIY. — Missions catholiques. — Nombreux convertis. — Leurs opinions sur le protestantisme. — Communautés de village. — Ecoles. — Séminaires pour les prêtres indigènes. — Vie des prêtres européens. — Discussion avec l’im d'eux. — Ils négligent la littérature.
CHAPITRE XV. — Maiiométans, juifs et iiouddhistes AVoo-wéï. — Mahométans chinois no.nbreux dans le Nord. — Les Chinois les accusent d'avoir emprunté leur doctrine au bouddhisme. — Critiques sur Mahomet. — Les juifs de Kaï-fung-foo; ils sont [irés de disparaître. — Bouddhistes Woo-wéi. — Ils repoussent les images. — Leur sincérité.
LA RELIGION LN CHINE
CHAPITRE XVI. — L'Insurrection Taïping. — Elle commence par une agitation religieuse. — Le fanatisme s’y mêle. — Les Taipings ne sont pas des imposteurs. — Leur antagonisme contre Eidolàtrie. — Leur impepularité. — Résultats de ce mouvement. — Entrevue avec un Taiping. — Espoir pour les missions protestantes. — Présomptions de la victoire du christianisme.
C[L-\PirRE X^'IL — Voyage a Woo tai-shan. — Départ de Pékingle jour du mariage de l'empereur.
— Chargements Je coton. — Routes pavées. — Arcades monumentales. — Auberge chinoise. — Formation du Loess. — Tho-chou. — Déiflcalion de Kwan-ii. — Lenteur de la projiagation de la science. — Pauting-foo. — Pèlerins Lamas. — Une foire. — Jovialités îles mulets. — Ponts de bois.
— Fabrique de vases de terre. — Vaccination. — Politesse indigène. — • Change de monnaie. — Lung-tsiun kwan. — Ligues villageoises pour se préserver des voleurs.
CILVPITRE XVIII. — Suite du voyage a Woo-tai-siian. — Sortie de Lung-tsiuen-kwau. — Monastère d'Arban bolog. — Taïdoo-sze. — Un lecteur de la Bible. — M’oo-tai par une Iroide matinée de brouillard. — Dara-éhé. — Manjusri as^is sur un lion. — Culte de Chi-chay. — Lecteurs mongols. — Monastère des sept Bouddha^. — Statue d'Ochirwani. — Poo-sa-ting. — Cadeau du grand prêtre. — Anciennes reliques du Bouddha. — Temple d'Ubegun Manjusri. — Légendes. — Vue de la vallee. — Temple de Dara-éhé. — Danse s acrée. — Nombre des Lamas de Woo-tai-shan.
— Empreinte des pie Is du Bouddha — Femmes mongoles en pèlerinage. — Richesse des temples.
— Vie quotidienne des Lamas.
CHAPITRE XIX. -■ Retour de \\’oo-taï-shan a Péking. — '\’mi sjilendide du haut du Péi-tai. — Etendue des montagnes ale Woo-taï. — Elles ont alix mille jiieJs de hauteur. — Paiié.g'yrique de Khang-hi. — Pensées des pèlerins. — Heng-shan, la montagne sacrée des confuciaiiistes. — ftn demande nos passeports. — Vente de livres chrétiens. — Ravin< profouals dans les terrains de Loess.
— La grande muraille à Ping-hing-kwau. — Grand nombre de bétes de somme. — Condition du peuple. — Suluiies. — - Temple ale Laou-Keuii dans un aléfilé. — Temjile de Kwaii-ti. — Alrtche bondalhique. — Toit s de la Grande Muraille datant ale 137(3 .A. D. — Tsze-kiiig-kwan. — Une vallée magnifique. — La rémunération des bonnes et des mauvaises actions se firoduit en ce monde
— Doctrine bouddhique qui pourrait être adoptée par le chri.'tianisme.
Ax.i. O. - iV.
Il)
LA
GIIAPITRE PREMIER