LA FOI IMPLICITE
implicite tend à se rétablir sous l'adliésioii profonde et délibérée ; pour nous en convaincre, nous n'avons qu'à ob&erver nos contemporains.
La Foi implicite, ainsi entendue, e&t donc essentiellement, uniquement collective. Certes il y a quelque chose de collectif dans la foi croyance et dans la foi coniiance ; tous les états psycliologiques se jouent dans la dimension sociale ; les raisons, sur les(|uelles le croyant édifie sa foi, lui viennent pour la plupart de la tradition ; mais, s'il est un croyant véritable, son adhésion est bien à lui el les raisons collectives deviennent les siennes par cette adhésion; les sentiments, qui constituent la foi confiance, proviennent jusqu'à un certain point des formules, des rites d'une religion positive ; mais ils les dépassent et surtout ils révèlent l'attitude profonde d'une personnalité, son orientation, son choix, son << caractère intelligible ». La foi implicite n'en demande pas tant; si nous l'appelons implicite, c'est justement qu'elle n'explicite ni raisons, ni sentiments. Ce n'est pas qu'elle ne provoque parfois des sentiments très puissants; à côté de ses formes éteintes, il y en a de violentes, comme dans les cas d'excitation collective ; mais les sentiments qu'elle provoque, tout individuels qu'ils soient, puisqu'ils sont ceux dun sujet donné, sont des sentiments en quelque sorte impersonnels, puisque le sujet les reçoit d'aatrui plutôt qu'il ne les produit, et qu'absorbé en eux, il ne les pense pas comme l'expression de soi-même, comme le signe effectif de son attachement personnel aux objets de sa foi ; au contraire, la foi confiance est un don conscient et consenti de soi-même à un dieu. Ce n'est pas non plus que jusqu'à un certain point elle n'ait ses raisons ou plutôt sa raison; Spinoza et Renouvier ont fait remarcjuer (jue la foi d'autorité suppose la croyance à
la valeur de l'autorité ; mais quand cette croyance se formule, on est bien près de sortir de la foi implicite ; on est bien près d'entreprendre une justification rationnelle de l'autorité ; et la plupart du temps elle ne se formule pas, et la plupart du temps aussi ce n'est pas cette raison cachée qui est la racine de cette foi; elle repose sur un mécanisme élémentaire et sur des processus qui noni rien d'intellectuel.
En un autre sens (les deux sens communiquent justement par les processus inférieurs qui, dans les deux cas, sont à l'œuvre pour forger la foi) la Foi implicite est la foi d'habitude. Sous cette forme encore, elle coexiste avec les formes de foi supérieures ; il suffit de rappeler Fun des rôles que Pascal assignait à la coutume, celui de suppléer et d'incliner f esprit, '< car d'avoir toujours les preuves présentes, c'est trop d'affaire ». Les fonctions supérieures reposent sur l'automatisme : riiabitude est, en autres choses, savoir implicite et personnalité virtuelle.