‹ La religion et la foiChapitre 7 sur 78 · CHAPITRE PREMIER LA FOI IMPLICIT-E (i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LA FOI IMPLICIT-E (i

Il y a, siiiviint lu vigoureuse exi)iessiou de Henouvier, un vertige de couformisuie. La plupail dos hommes << ce n'est ({u'en se sentant appuyés et conlirinés par tout ce qui les entoure, qu'ils obtiennent une loi ferme. L'accord des idées, la communion des cœurs, l'unilé des pratiques, réalisent une manière d'existence visible de la certitude ». Cette ^< existence visible de la certitude » est pour beaiicouj) le principe de la foi.

La foi implicite, c'est d'abord la foi d autorité : la puissance du milieu religieux, la pression de la société religieuse sur l'in-

(i) Nous prenons le niot u iniplicile » an sens où le prend par exeiu])l(' ScHÉKER, Mélanges de littérature religieuse : « Il est une loi naïve et une loi eonsciente «rellc-nième, une foi implicite, qui. sans examen, embrasse tout un SA'sième, <t une foi critique qui api)rccie a\ ant d'admettre. La premier*' est déterminée par la pression quexerceiit sur nous l'éducation, l'habitude, l'ascendant des personnes qui nous entourent. Il y a dans la foi implicite, à la fois des raisons enveloppées et caclices, et une absence de raisons à laquelle suppléent l'autorité, la coutume, ete. » Notre analyse montrera précisément l'action et riiitcvaction de ces divers iiiutifs.

l.V RELIGION ET LA FOI

(li\ klii ; contrainte soiiveni inaperçue et d'aulanl plus iusinuante ou impérieuse. Cette forme de foi, à l'état pur, exclut les raisons acceptées ou choisies, l'altitude personnelle, instinctive ou volontaire. Elle impose au sujet des manières de sentir, de penser ou d'agir qui sont réalisées en dehors de lui et qui pénètrent en lui, sans adJiésion explicite, à la faveur de sa conformité naturelle avec autrid, à la faveur du conformisme qui tend à \e iaire plus sendjlable encore à autrui. C'est donc elle qui prédomine partout où l'individu est impliqué, absorbé dans son i^roupe; dans les religions de clans, de tribus, de cités, de nations. Elle abonde aussi dans les religions universalistes ; certes au moment où ces religions se forment, la foi personnelle apparaît de façon éclatante : car faisant appel à tous, justement parce que leurs principes sont capables d'universalité, elles sont des sociétés volontaires et non pas héréditaires, qui se recrutent et se maintiennent par adhésion ; et elles gardent toujours ce caractère pour leurs croyants supérieurs ; en droit, elles font toujours appel à Facceptation personnelle de leurs lidèles. Mais en fait, elles redeviennent, sauf l'exception d'une élite, qui vit vraiment de sa foi, et sauf celle de la conversion des adultes, des sociétés auxquelles on appartient par la naissance, et, au moins quelques-unes d'entre elles, des religions d'Etat ; lorsque la seconde ou la troisième génération a disparu, loi^sque s'est éloignée l'époque des fondateurs, des apôtres, des premiers convertis, de ceux qui ont connu les ancêtres et vécu de loin leurs travaux et leurs épreuves, lorsqu'on appartient à la religion nouvelle non plus par conversion, mais par naissance et par tradition, la religion de l'expérience vivante et de la foi devient, pour la plupart, une religion de la coutume, et par conséquent de la forme et de la loi (i). Ainsi la foi

i) Notons encore riulluejiee de la coutume et des institutions même sur la vie religieuse la plus personnelle. Quel est l'iiomme qui ne se repose pas, par moments, sur autrui, du soin de régler ses sentiments et sa conduite ; quel est l'initiateur dont la foi ne se réchauffe pas, pat' moments, à celle de ses disciples, ou à la vej'tu des institutions qu'il a fondées?

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