Ep
gués, mais de venir sans retard, nombreux, en synode, les visiter. « A la valeur personnelle des envoyés se joindront ainsi le poids et l’autorité que donne le nombre, et l’on pourra rétablir la foi définie h Nicée, poursuivre l’hérésie, remettre la paix dans les Eglises, amener à la concorde ceux qui, au fond, pensent de même. » Ces derniers mots font allusion au schisme d’Antioche. La lettre y revient plus loin, en termes tout à fait explicites. u Ce qui est le plus digne de pitié, c’est que la partie saine du peuple est divisée contre elle-même. Nous ressemblons aux habitants de Jérusalem, qui, sous Vespasien, étaient à la fois assiégés au dehors et en proie à la sédition au dedans. Nous aussi, nous avons à nous défendre des hérétiques, et nous sommes réduits à une extrême faiblesse par une autre guerre, où les belligérants sont des orthodoxes. » La lettre se termine par une adhésion pleine et entière à la profession de foi contenue dans la lettre synodale des Occidentaux1.
Cependant, malgré la bonne volonté réciproque, les affaires n’avançaient pas. L’année 3y3 paraît s’être passée en négociations, dont l’agent principal est un prêtre latin, Sanctissime. Il avait apporté un mémoire ou formulaire, répondant à la lettre collective des Orientaux. Basile se déclare prêt à souscrire celte pièce, que Sanctissime, dont le zèle est infatigable, soumettra à la signature d’autres prélats, et rapportera en Occident. Sur la demande d’Eusèbe de Samosate, Basile écrit encore à Mélèce, pour le prier de composer une nouvelle lettre, destinée à y être jointe*. Cette lettre est probablement celle qui a le numéro 242 dans la correspondance de
i. Ep. 92.
a. Ep. lao.
SAINT BASILE
saint Basile. Discrètement, Mélèce se plaint encore du peu de secours reçu. « Nous avons souvent espéré en vous au temps de nos épreuves, frères très vénérés ; puis, déçus dans nos espérances, nous avons dit avec le psalmiste : J’ai attendu qui compatirait, et nul n’est venu; qui me consolerait, et je n’ai trouvé personne. » Vient ensuite le tableau, déjà tracé bien des fois, de la désolation des Eglises orientales. « Le comble des maux, le voici : le peuple, abandonnant les maisons de prières, seréunitdanslessolitudes. Lamentable spectacle ! Femmes, enfants, vieillards, infirmes, sous la pluie, la neige, lèvent, parmi les glaces de l’Iii ver ou les feux de l’été, demeurent au dehors, refusant de participer à la communion des ariens. » Ce trait se présente naturellement sous la plume d’un évêque d’Antioche : après le premier exil de Mélèce, ses fidèles s’assemblaient dans des cavernes pour ne pas communiquer avec l’arien Euzoius'. Du reste, la lettre est écrite dans les termes les plus généraux : probablement était-elle accompagnée d’un mémoire, entrant dans le détail des questions à traiter.
Basile avait manifesté l’intention de ne pas écrire* : cependant, le zèle l’emporta, et lui inspira une nouvelle lettre « aux évêques d’Italie et de Gaule. » Malgré la monotonie de telles citations, il est impossible de ne pas reproduire ici la description très précise qu’il donne des maux causés par la persécution arienne. « Les pasteurs sont chassés, les troupeaux dispersés, et, ce qui est plus triste, le peuple refuse aux victimes le nom de martyrs, parce que les persécuteurs se parent euxmêmes de celui de chrétiens. On ne punit plus sévè-
i.' Socrate, Hist. eccl., IV, a.
a. Saint Basile, E/>. iag.
LES RAPPORTS AVEC i/OCCIDENT. 137
renient qu’un crime : la fidélité aux traditions paternelles. Ceux qui en sont coupables sont expulsés de leur patrie et relégués dans les déserts.... Tandis qu’aucun scélérat n'est condamné sans preuves, il suffit de la plus légère calomnie pour faire prononcer la condamnation d’un évêque, et l’envoyer au supplice. Quelques-uns sont enlevés de nuit, conduits dans les pays lointains, sans avoir été confrontés avec leurs accusateurs et avoir même comparu devant un tribunal.... Les prêtres, les diacres s’enfuient : le clergé se
dépeuple Les jours de fête sont changés en jours de
deuil : il n'y a plus d’assemblées de chrétiens, plus de prédicateurs, plus de veillées pieuses, plus de joies spirituelles. Les maisons de prière sont fermées; les autels restent sans sacrifices’ Les enfants sont élevés
dans des doctrines impies On enseigne une Trinité
mutilée où le Fils ne participe pas h la nature divine, où le Saint-Esprit est une créature.... Les âmes des
ignorants s'habituent à ces blasphèmes Par les
baptêmes, par l'hospitalité envers les voyageurs, par la visite des malades, par les consolations prodiguées aux malheureux, par l’administration des sacrements, les hérétiques s’insinuent dans le peuple; le mal fait de tels progrès que, si on ne se hâte de l’arrêter, il deviendra inutile de rendre la liberté aux catholiques : beaucoup, séduits par une longue erreur, ne reviendront plus à la vérité*. »
Saint Ilasile craint que la contagion de ce mal ne s’étende. « L’hérésie est une bête dévorante : on peut redouter qu’après avoir fait sa pâture de nos Eglises, elle ne se glisse ensuite jusqu’aux vôtres, plus saines
T. Ep. 3-0, 3.