I. Hexaem ., IV
LES HOMÉLIES SUR h’ « HEXAEMERON ». 159
où il commente ces mots du texte sacré : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, » il oppose aux systèmes flottants des philosophes, contredits ou détruits les uns par les autres, l’autorité des immuables paroles qui impriment dans l’âme comme un sceau indélébile le nom de Dieu. Dans la seconde, où il montre le Créateur débrouillant le chaos, il s’attaque à la fois aux sophistes qui soutenaient l’éternité de la matière, et aux hérésies, « cette pourriture des Églises, » qui, avec Valentin, Marcion, Manès, personnifiaient le mal et les ténèbres pour en faire le principe mauvais opposé à Dieu. Dans la troisième, il s’élève en passant1 contre l’abus des explications allégoriques de la Sainte Ecriture. La quatrième s’ouvre par un cxordeoù il fait le procès aux villes, nombreuses alors, dont la population oubliait tout, commerce, industrie, devoirs de famille, pour les jeux du cirque et les représentations théâtrales. La cinquième, à propos de la création des plantes, lui donne lieu de rajeunir, par les traits les plus saisissants, l’antique lieu commun sur la prospérité des puissants et des riches, qui se fane comme l’herbe :* « hier des honneurs, des gouvernements, des soldats, le héraut annonçant sa venue, des licteurs précédant ses pas, le pouvoir d’ordonner coups, confiscations, exils; cette nuit, la fièvre, la pleurésie, une congestion pulmonaire : et voilà un homme enlevé du milieu des hommes, la scène vide de celui qui la remplissait, sa gloire évanouie comme un songe’! » La sixième homélie, qui traite de la création des astres, conduit Basile à réfuter les rêveries des astrologues, à en montrer le péril pour la moralité publique, etàdé-
i. Hexatm., III, q. Voir aussi IX, i.
a. Ibid., V, a.
SAINT BASILE
fendre la liberté et la responsabilité humaines par des arguments qui gardent toute leur valeur contre le mo derne déterminisme1.
Amené par son sujet à passer en revue toute la création, planètes, mers, plantes, oiseaux, poissons, reptiles, quadrupèdes, et à chercher dans chacune des créatures de Dieu une raison de le louer, Basile se trouve décrire la nature, telle qu’on la connaissaitde son temps. C’est, en quelque sorte, l'astronomie, la physique, l’histoire naturelle, qu'il résume pour ses auditeurs. Sans doute, les erreurs sont nombreuses. Les sciences naturelles de ce temps offraient d’énormes lacunes, acceptaient sans les vérifier d’étranges hypothèses, et demeuraient resserrées entre les bornes les plus étroites. Il serait aisé de le montrer par les discours mêmes de Basile. Mais en avons-nous le droit? L’enchaînement des idées, la trame solide et sobre du raisonnement, dans la première homélie sur YHexaemeron, fait songer à Descartes : se souvient-on de ce qu’était la physique de Descartes, et de quelles hypothèses se contentait quelquefois son génie? Qui sait même si plusieurs de celles qui font la gloire de la science moderne seront encore acceptées de nos descendants? Il vaut mieux voir dans Y Hexaemeron ce qui s’y trouve en effet : un tableau du monde créé, où bien des détails pourraient être corrigés, mais où se montre une information très vaste, où abondent les images splendides et les peintures délicates, et qui annonce le Traité de l'existence de Dieu de Fénelon ou quelques-uns des plus beaux chapitres du Génie du christianisme.
On comprend tout ce qu’un esprit pratique comme celui de Basile devait, dans un tel cadre, placer d’u-