I. Hexacm VI
tiles conseils et d’allusions ingénieuses. Les auditeurs suivaient avec ravissement ses descriptions ; tout h coup, un trait moral s’en dégageait, et l'un ou l’autre le recevait en plein cœur; les créatures sans raison devenaient au besoin les moniteurs de l’homme. L'indifférence ou la cruauté de certains oiseaux pour leurs petits, qu’ils abandonnent ou rejettent du nid dès qu’ils les voient en état de voler, lui est une occasion d’avertir les pères dénaturés qui, par avarice, vendent leurs enfants, ou par caprice leur font une part inégale. Le veuvage fidèlement gardé par la tourterelle lui sert h faire rougir les femmes chrétiennes trop empressées à de nouvelles noces. S’il décrit, de façon charmante, la construction d’un nid d’hirondelle, bâti d’un peu de paille et d'un peu de boue, c’est pour apprendre aux plus pauvres à ne pas désespérer de la Providence. Les soins prodigués par les jeunes cigognes aux vieilles prêchent la piété filiale. Les services que rendent, dit-on, les corneilles aux cigognes voyageuses condamnent ceux qui manquent aux devoirs de l’hospitalité et ferment en hiver leur porte au voyageur. Les oies du Capitole, elles-mêmes, ne sont pas oubliées : allusion rare chez Basile à l’histoire romaine1. La nature est ainsi, pour l’orateur de Césarée, « une ample comédie aux cent actes divers, » dont le dénouement est toujours une leçon de morale.
L’homélie VII, sur les habitants des eaux, est pleine de conseils ingénieusement tirés des mœurs des poissons*. Un auditoire composé de Cappadociens devait les écouter avec d’autant plus d’intérêt qu’il était, par l’éloignement, plus étranger aux choses maritimes, et que beaucoup des récits de Basile avaient pour lui
l. Hexaem ., VIII, 5, 6, 7.
a. Hexaem ., VII, 3.
SAINT BASILE
l’attrait de la uouveauté. Quand celui-ci, par exemple, après avoir décrit la migration de certains poissons, « à l’époque de la ponte passant comme un torrent de la Propontide dans le Pont-Euxin, » disait : « J’ai vu ces choses, et j’ai admiré la sagesse de Dieu1, » tous les regards devaient s'attacher sur l’orateur, ajoutant à ses enseignements de théologie ou de morale le poids de son expérience de voyageur. Ce qu’il cherche surtout à prouver, dans cette homélie et dans les deux suivantes, c’est la théorie des causes finales et des harmonies providentielles. Tout organe, dans la nature, est adapté à une fin, qui est la conservation de chaque espèce par les moyens qui lui sont propres. De là, le sentiment obscur qui pousse les poissons à chercher des eaux plus douces pour y déposer leurs oeufs'; de là la structure différente des oiseaux, selon qu'ils sont destinés à s’élever dans les airs ou à nager sur les étangs, à saisir leur nourriture au vol ou à la chercher dans la vase’; de là l’organisation merveilleuse et la discipline extraordinaire de la monarchie des abeilles et de la république des fourmis*; de là, chez les quadrupèdes, la rapidité avec laquelle se multiplient les plus faibles et les plus exposés à la destruction, et la stérilité relative des puissants carnassiers*; de là surtout l’instinct des animaux, qui leur indique la pâture qui leur convient, au besoin les herbes qui les guérissent4, « et compense par une surabondance de sensibilité la raison dont ils sont privés7. »
i. Hexaem ., 4-
a. Ibid ., 4-