CHAPITRE II
Une autre série de sermons est généralement attribuée à l’époque où Basile était encore simple prêtre. Ce sont les homélies sur les psaumes. Tillemont pense que le grand orateur expliqua au peuple deCésarée tout le psautier. Mais il ne reste de ce vaste commentaire, si en effet il fut donné, que treize homélies dont l’authenticité soit incontestable. Ce sont moins des discours que des méditations ou, comme eût dit Bossuet, des élévations. Dans chacune d’elles, Basile commente, verset par verset, le texte d’un psaume. De telles compositions, qui n’ont pas de plan arrêté, se prêtent peu à l’analyse. Le ton n’est plus celui de Y Hexaemeron. Les raisonnements calmes et précis, les pieuses effusions, y remplacent les tableaux brillants. Cependant on y peut encore noter bien des traits de mœurs. Basile est aussi hardi dans la chaire de Césarée que Jean Chrysostome dans celle d’Antioche ou de Constantinople. Par là encore, il se montre vraiment prédicateur populaire.
Dans la foule qui se presse pour l’entendre, que de types divers! Les riches sont en grand nombre : Basile, qui les connaît tous, qui sait l’histoire de chacun, n’est pas tendre pour eux. Il faut avouer que ceux qu’il flagelle l’ont souvent mérité. Il y a les orgueilleux. Ceux-
ci quelquefois sont des bienfaiteurs de la cité; ils l’embellissent, suivant l’usage antique, en y construisant des murailles, des forums, des gymnases, des aqueducs : mais ils gâtent leurs bienfaits par une vanité ridicule. Partout s’étalent leurs noms et les inscriptions célébrant leur munificence1. D’autres ont la vanité moins inoflensive : ils dépensent leur fortune à donner au peuple l’immoral et cruel spectacle des combats d'animaux et de bestiaires*. Viennent ensuite les voluptueux, qui se traînent dans la boue des plaisirs sensuels. Toute une homélie (la seconde sur le psaumeXIV) est dirigée contre les usuriers. Ceux-ci spéculent sur la misère publique, perçoivent mois par mois l’intérêt des sommes prêtées, et, « plantant sans terre, moissonnant sans épis, » font rendre à leur argent dix, quelquefois cent pour cent. Mais, avec la sûreté habituelle de son jugement, Basile, s’il maltraite les mauvais riches, ne condamne pas la richesse. L’argent est sans doute pour lui « l’origine des maux, la cause des guerres, la racine des haines*; » cependant la possession en est légitime, à condition de se souvenir « qu’il coule dans la main comme l’eau, » et par conséquent de n’y pas attacher son cœur. Ce n’est pas un bien en soi : il ne mérite ni l’admiration ni l'amour : mais c’est un utile serviteur, un valable instrument, dont il est licite d’user*.
La sollicitude de Basile est surtout pour les petits, pour ces pauvres gens dont il a reçu les confidences, qu’il verra peut-être passer dans les asiles ouverts par lui à toutes les misères. Il leur apprend à ne pas se seau-
I. In psalrn. XLVIII , 7; in psalm. LXI , 4. o. In psalm. LXI , 4-