Saint Grégoire de Nysse, Oratio II in XL Martyres
il traduisit sous forme oratoire les sentiments que durent éprouver les spectateurs du martyre, et prêta aux martyrs eux-mêmes des discours admirablement en situation, mais qui, de toute évidence, ont été imaginés : quant aux faits, leur structure est si précise, le récit tellement circonstancié, qu’on ne peut douter de l’exactitude au moins générale du canevas.
Analyser ces trois discours me mènerait trop loin. Je résumerai le plus court d'entre eux, le panégyrique de Julitta *.
A Césarée habitait une veuve, Julitta, autrefois propriétaire de grands biens. « Elle était en procès avec un des principaux de la cité. Cet homme, avare et violent, qui amassait des richesses par rapine et par force, lui avait enlevé beaucoup de terres. Il avait réussi à s’approprier peu à peu les champs, les métairies, les troupeaux, les esclaves et tout le patrimoine de la veuve. Celle-ci se décida enfin à invoquer l’appui des tribunaux. Il s’yr présenta entouré de complices, de faux témoins, et muni de présents destinés à corrompre les juges. Le jour fixé pour le procès était arrivé : l’huissier venait d’appeler la cause : les avocats étaient prêts. Julitta commençait à dévoiler les fraudes de son adversaire : elle établissait contre lui les origines de sa propriété et la durée de sa possession : elle se plaignait de l’audace et de la cupidité du spoliateur. Soudain celuici, s’élançantau milieu du forum, déclara qu’elle n’avait pas le droit de lui faire un procès. Car le droit commun n’existait pas pour ceux qui n’adoraient pas les dieux des empereurs et n’abjuraient pas la foi du Christ. Le président lui donna raison. On apporta de l’encens et
i. Homil. V, i-a. Le reste de l'homélie est la suite du sermon sur l'action de grâces, commencé la veille.
SAINT BASILE
un brasier, et l’on proposa aux plaideurs cette alternative : ou de renier le Christ, et de jouir de la protection des lois; ou de garder leur foi et de ne plus participer ni à la justice, ni à aucun des privilèges de la cité. Telle était, en effet, l'infamie de l’édit rendu par les empereurs alors régnants. »
Saint Basile fait ici allusion au premier édit de persécution promulgué par Dioclétien elGalère en 3o3, qui refusait, dit Lactance, aux chrétiens tout droit d’ester en justice, même pour demander réparation d’un dommage1. Julitta n'hésita pas. « Périsse la vie, dit-elle, périssent les biens, périsse mon corps même, avant que sorte de ma bouche une seule parole contre Dieu mon Créateur! » A toutes les instances comme à toutes les menaces du juge elle répondit en se proclamant la servante du Christ, et en maudissant ceux qui voulaient l’entraîner au parjure. Le magistrat, irrité, non seulement la déclara déchue de tout droit sur les biens qu’elle revendiquait, mais encore la condamna, comme chrétienne, à être brûlée vive. Julitta marcha joyeusement au supplice. « Aux femmes qui l’assistaient elle recommandait de demeurer fermes dans la piété, et de ne pas s’excuser sur la faiblesse de leur sexe. « Nous avons été créées, dit-elle, comme l’homme à l’image de Dieu. Le Créateur nous a faites aussi capables de vertu. Nous sommes les égales de l’homme en toutes choses; non seulement chair de sa chair, mais os de ses os : aussi Dieu exige-t-il de nous une foi non moins solide et non moins robuste que la sienne. » Parlantainsi, elles’élança sur le buchercomme sur un lit glorieux, et, pendant que son âme montait vers le royaume du ciel, le feu étouffait son corps sans le détruire. » Saint Basile parle alors du