‹ La religion et la liberté (volume 2)Chapitre 36 sur 152 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

SAINT BASILE

condisciples à Césarée ; les plus âgés avaient même suivi les leçons de son père. Mais ces souvenirs, loin de les bien disposer pour lui, augmentaient au contraire leur jalousie. Il y eut de tout temps entre Arméniens et Cappadociens une sourde rivalité. « La nation arménienne, dit Grégoire, — n’oublions pas que c’est un Cappadocien qui parle, — n’est pas simple et franche, mais bien plutôt couverte et dissimulée. » Dès la première rencontre, ces anciens, « qui portaient déjà le manteau des philosophes, » virent avec envie un « étranger à leur nation » et un « nouveau » auquel avaient été accordés des privilèges inusités, et que précédait une réputation déjà faite. Ils se préparèrent à argumenter contre lui, espérant le faire tomber dans des pièges savamment dressés. Dans la première dispute, Grégoire, malgré son amitié pour Basile, vint d’abord à leur secours. Les voyant déconcertés par les réponses habiles et pressantes de leur jeune camarade, il prit la parole à son tour, pour maintenir la balance égale entre les adversaires. Il lui semblait défendre ainsi la réputation d’Athènes, qu’il eût souffert de voir trop humiliée par un . étranger à peine introduit dans ses écoles. Mais bientôt il découvrit les desseins des ennemis de Basile : leur « secret » se dévoila à ses yeux. Grégoire se mit alors du côté de Basile. Celui-ci, cependant, s’animant à la discussion, y prenant bientôt un vif plaisir, poursuivait d’arguments ses rivaux, et, finissant parles réduire au silence, restait maître du champ de bataille. De ce jour, l’alliance de Basile et de Grégoire devint indissoluble*.

Cette première épreuve, bien que victorieusement subie, découragea Basile. Il souffrit d’autant plus, qu’il

i. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XTJII, 17.

LES ÉTUDES

vit ceux qui lui étaient contraires tourner maintenant leurs traits contre Grégoire. On l'entendait se plaindre de ne pas trouver h Athènes les solides jouissances qu’il avait rêvées, mais « une félicité trompeuse, une ombre de bonheur*. » L’influence de son ami parvint cependant à le rasséréner. Ils prirent logement ensemble, ne se quittèrent plus*, et rassemblèrent peu à peu autour d’eux les meilleurs et les plus pacifiques de leurs condisciples*. S’isolant des amateurs de festins, de spectacles et de fêtes bruyantes, ils ne connurent que deux routes : celle de l’église et celle de l’école*. Ils fermaient volontairement leurs yeux à l’aspect païen d’Athènes. La ville de Minerve n’avait rien perdu encore de son ancienne parure. Partout s’élevaient dans ses rues, sur ses places, les statues et les temples. Comme à l’attrait persistant de l’ancienne religion, si puissante surl imagination et les sens, ces images et ces édifices joignaient toutes les séductions du grand art, Athènes était mise par beaucoup de chrétiens au premier rang des villes dont le séjour était dangereux pour la foi. Mais — chose presque incroyable, dit Grégoire, — le spectacle de l’idolâtrie ne fit que confirmer les deux amis dans leurs croyances. Ils se glorifiaient d’autant plus « de cette grande chose et de ce grand nom, être et s’appeler chrétiens*. » Par malheur, l’effet produit sur beaucoup d’autres était tout différent. Parmi les étudiants qu’ils rencontraient souvent, il en est un dont la foi, déjà à peu près éclipsée, acheva de s’éteindre à Athènes. C’était un membre de la famille impériale, Julien, cousin

i. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII, 18.

a. Ibid., 19.

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