Palladius, Historia J.ausiaca
a. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII, 6a.
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Cette forme consistait en couvents de dimensions médiocres, de population peu nombreuse, où les supérieurs pouvaient être en rapports suivis avec chaque frère, et où les nécessités de la vie matérielle n’obligeaient pas à transformer le travail, également salutaire au corps et à l’âme, en entreprises industrielles ou commerciales, dommageables à la vie spirituelle. On avait vu saint Pacôme, à Tabenne, obligé de réprimander le procureur d’une de ses maisons, parce que, dans un achat de blé et dans une vente de chaussures, ce religieux avait fait une trop bonne affaire. Il n’en sera pas ainsi dans les monastères réglés par saint Basile. Les difficultés apportées à l’admission des moines, les épreuves imposées à leur vocation, empêchent ceux-ci d’y être trop nombreux. Aussi le supérieur connaît-il tous ses subordonnés. Il a le devoir de les corriger individuellement, comme chacun d’eux a celui de lui ouvrir sa conscience1. Le travail manuel est obligatoire; mais il est coupé de tant de prières, qu’il ne pourra faire perdre aux religieux l’esprit intérieur. Outre celles du matin (laudes) et de minuit (nocturne), cinq fois au moins dans la journée, h tierce, à sexte, à midi, à none, au crépuscule (vêpres), les moines interrompent toute tâche matérielle et se réunissent pour louer Dieu en commun*. Chacun a dû choisir ou accepter un métier; mais ces métiers sont peu nombreux, et Basile recommande ceux-là seulement « qui ne troublent pas la paix de la vie religieuse, et n’obligent ni à beaucoup de démarches pour l’achat des matières premières, ni à un commerce actif
I. Saint Basile, Rcgulae fusius tractatae, a5, a6, 3o, 3i. a. Ibid., 37. Un passage (37, 5) fait allusion à un oflice du commencement de la nuit, avec récitation du psaume XC; il est difficile de ne pas reconnaître complics. Cf. Revue d'histoire et de littérature religieuse, 1898, p. 466.
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pour vendre leurs produits*. » Il faut autant que possible que ces produits soient consommés sur place, afin d’éviter aux préposés du couvent des voyages qui dissiperaient leur piété : dans les occasions exceptionnelles où ils y seront contraints, ils auront soin de suivre en route toutes les pratiques prescrites par la règle, de loger tous ensemble, et de préférence chez de pieux chrétiens, d’éviter les foires, même celles qui se tiennent autour du tombeau d’un martyr*.
Les raisons que donne Basile pour préférer le monastère ainsi réglé à l’ermitage sont très belles. « La vie solitaire, dit-il, n’a qu’un but, sa propre utilité. » Mais la charité n’y a point l’occasion de s’exercer. « Nous ne pouvons, si nous vivons à l’écart des autres hommes, nous réjouir avec les heureux, ni pleurer avec ceux qui souffrent. » L’exercice d’un grand nombre de vertus se trouve ainsi paralysé. « Notre-Seigneur a lavé les pieds de scs apôtres : vous qui êtes seul, qui laverez-vous? à qui rendrez-vous service? aux yeux de qui serez-vous volontairement le dernier? Car comment s’exerce-
rait-il à l’humilité, celui qui n’a personne devant qui s’humilier? à qui fera-t-il miséricorde, celui qui n’a point de prochain? comment apprendra-t-il la patience, celui aux volontés de qui personne ne s’oppose? » Rappelant, avec le psalmiste, qu’il est bon, doux et salutaire à des frères d’habiter ensemble, il conclut que servir Dieu en commun est le plus conforme à l’esprit de l’Ancien comme du Nouveau Testament3.
Des questions délicates se présentaient à l’esprit de
i. Saint Basile, Regulae fusius tractatae, 38. a. Ibid.., 3g, 4o.
3. Ibid., 7. — Voir encore sa lettre ag5, à des ermites qu’il exhorte à se réunir en communauté.
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Basile : il les résout avec autant de fermeté que de prudence.
Quelquefois des hommes mariés frappent à la porte des monastères, demandant à y être reçus. Il faut s’informer avant tout si la volonté des deux époux a été de se séparer; car si l’un d’eux seulement se sent attiré vers une vie plus parfaite, et si l’autre désire rester dans son premier état, il n’y a point à tenir compte de la demande, mais à rappeler à celui qui l’a faite que, selon le mot de l’Apôtre, il n’était plus libre de disposer de lui-même. Au cas même où sa réponse aura été favorable, on ne devra le recevoir qu’en présence de plusieurs témoins1.
Plus difficile est la situation du supérieur, quand c’est un esclave qui se réfugie au couvent. Tant que l’esclavage n’aura pas été aboli, le pouvoir du maître devra être respecté. Mais l’Eglise a la mission de s’interposer entre lui et son serviteur, afin d’adoucir, en quelque sorte, le choc mutuel, et de poser, quand il le faut, des limites à ce pouvoir. Saint Basile déclare que les esclaves qui se sont enfuis près des moines pour esquiver quelque châtiment devront être exhortés à devenir meilleurs, mais que le supérieur, à l’imitation de saint Paul intervenant près de Philémon en faveur d’Onésime, a le devoir, en rendant le fugitif à son maître, d’engager celui-ci au pardon. Cependant il se peut que l’esclave ait pris la fuite pour se soustraire à des oi'dres contraires à la loi de Dieu. On sait combien, dans ce monde romain où le paganisme n’était pas encore vaincu, où dans beaucoup de familles se perpétuaient son culte et plus encore ses mœurs, la conscience et la moralité de l’esclave couraient de
i. Saint Basile, Rcgulae fusius tractatae, ia.
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périls. Dans ce cas, Basile fait fléchir les droits du maître devant l’autorité plus haute de la loi divine. Si cela est possible, le supérieur préparera l’esclave à tout souffrir plutôt que de faire le mal, et lui enseignera à obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes; mais il y a des circonstances exceptionnelles où ceux qui auront accueilli l’esclave devront « être prêts à souffrir eux-mêmes, dans la mesure que Dieu voudra, toutes les épreuves qui leur arriveront à son sujet, » c’est-à-dire auront le devoir de le protéger, de le garder, de le refuser à son maître, au risque d’accepter le conflit avec le droit civil1.
Il était naturel que les monastères devinssent aussi des foyers d’éducation chrétienne. On ne trouve rien, dans le monde romain, ressemblant à ce qu’est chez nous 1’ « internat : » toutes les écoles, officielles ou privées, étaient « externes, » les étudiants logeant dans leurs familles ou en ville . Dans une société encore pleine de la corruption du paganisme, et où l’enseignement public en restait largement imprégné, beaucoup de parents éprouvèrent le désir de faire profiter leurs enfants des établissements pieux que la vie monastique créait en si grand nombre, et où tant d’hommes instruits, souvent anciens professeurs eux-mêmes, avaient cherché asile. Les ressources nécessaires à l’étude, maîtres, livres, s’y trouvaient rassemblées, avec, en plus, la discipline et le recueillement. Pour les employer à cette œuvre, il suffisait du consentement des moines. Nombreux furent les parents qui conduisirent leurs fils dans les monastères, demandant qu’on les admît à y demeurer et à y faire leurs études, souvent aussi manifestant l’espoir qu’ils s’y consacreraient ensuite au service de
i. Saint Basile, Regulac fusius tractatae, n.
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Dieu. Basile est loin de refuser ce délicat et précieux dépôt. « Le Seigneur a dit : Laissez venir à moi les petits enfants; et l’Apôtre a loué ceux qui, dès le premier âge, s’instruisent dans les saintes Lettres*. » Mais de grandes précautions doivent être prises.
Il faut d'abord que la libre volonté des parents soit publiquement constatée : c’est en présence de plusieurs témoins que l’enfant franchira le seuil du monastère. Là, il ne sera point placé parmi les religieux. On le conduira à une habitation séparée de la leur, et réservée à ceux de son âge. Basile semble prévoir le cas où des jeunes fdles seraient aussi présentées, car il dit que les enfants des deux sexes ne devront pas être logés ensemble. Il n’y aura de commun entre les élèves et les religieux que la participation aux exercices de piété. Mais ni pour la durée du sommeil, ni pour les récréations, ni pour la nourriture, les enfants ne seront astreints à la règle monastique. Ils auront des professeurs spéciaux. L’éducation qu’on leur donnera sera avant tout chrétienne. On se servira autant que possible, dans les leçons, d'expressions tirées de l’Ecriture sainte; on leur en racontera les histoires, au lieu des fables mythologiques ; on exercera leur mémoire à retenir les proverbes et les sentences des auteurs sacrés. « L’éducation devra être douce, agréable, reposante pour l’esprit, le menant sans contrainte et sans fatigue vers le but1. » Aussi les punitions seront-elles modérées : on réprimandera discrètement ceux qui auront manqué seulement à leurs devoirs d’écoliers, réservant les reproches sévères aux actions vicieuses*. Même dans ce cas, les châtiments resteront doux : si l’un s’est mis