‹ La religion et la liberté (volume 2)Chapitre 65 sur 152 · Saint Basile, Ep · texte numérisé non relu

Saint Basile, Ep

SAINT BASILE

quence et l’érudition d’Eusèbe. Celui-ci, habitué à être le premier dans la vie civile, souffrit de se sentir éclipsé, dans son Eglise même, par un de ses prêtres. Il voyait la faveur populaire, dont il avait joui autrefois, se détourner maintenant vers Basile. Si ferme, si vraiment évêque, nous dit saint Grégoire, durant la persécution, il ne sut pas résister à un mouvement de jalousie. Il eut le tort de le laisser voir. On se refroidit alors tout à fait pour lui. Les marques d’estime prodiguées en ce moment à Basile par des prélats occidentaux, confesseurs de la foi, qui traversaient Césarée pour rentrer dans leur pays, achevèrent d'exciter les esprits. Basile craignit que ses partisans, mus par un zèle excessif, ne fissent schisme avec Eusèbe. Déjà les rigoristes attaquaient tout bas l’élection de celui-ci, rappelant les violences qui l’avaient accompagnée. Par une décision rapide, Basile coupa court au péril en quittant brusquement la Cappadoce. Avec son ami Grégoire, qui durant toute cette crise l’avait assisté de ses conseils, il regagna la solitude d’Annesi*.

Aucun devoir ne s’opposait à sa retraite. Julien venait de périr, dans une folle expédition contre les Perses. Pendant son règne, toutes les dissidences religieuses avaientparu s’apaiser. Le péril communréunissaitalors les âmes. On ne voyait plus que deux causes en présence, celle du christianisme et celle de l’idolâtrie renaissante*. Le nouvel empereur, Jovien, en rétablissant la liberté religieuse, put, sans user de violence, mettre fin à la réaction païenne. Tout semblait donc en paix, au dedans comme au dehors de l’Église. Avec quelle douceur Basile, échappant aux troubles passagers qui

i. Saint Grégoire de Nazianze, Oralio XLIII, aç)-3o.

a. Sozomène, Hist. eccl., VI, 4-

LE SACERDOCE

l’avaient atteint à Gésarée, dut-il, dans sa solitude, jouir de cette paix! Rien, ni dans ses écrits, ni dans sa correspondance, ne fait à ce moment allusion aux événements extérieurs qui venaient de s’accomplir. On sait avec quel accent de triomphe Grégoire de Nazianze célébra la chute du persécuteur, en deux discours de l’éloquence la plus âpre. Il semble que ces sentiments — dont l’expression, à distance, nous paraît parfois excessive — aient éveillé peu d’écho dans lame de Basile, toute à la contemplation des choses divines. Il aurait volontiers passé le reste de sa vie dans la solitude, occupé seulement à diriger ses moines, à encourager de ses conseils les habitants des nombreux monastères qui maintenant couvraient le Pont, et à jouir des progrès de la vie chrétienne dans cette province devenue, au dire des contemporains, l’une des meilleures de l’Empire et des plus attachées à la foi orthodoxe1.

Mais l’intervention de Grégoire, en 365, l’arracha à sa retraite. L’évêque de Césarée n’avait cessé de correspondre avec celui-ci, rentré à Nazianze près de son père peu de temps après avoir conduit Basile dans le Pont. Grégoire, sentant l’injure faite à son ami, répondait avec froideur aux avances d’Eusèbe*. L’heure vint, cependant, où il considéra comme un devoir de se rapprocher de lui. La paix de l’Église venait d’être de nouveau troublée. Jovicn avait régné quelques mois à peine. Après lui, l’arianisme relevait la tête. Contenu en Occident par l’esprit sincèrement libéral de Valentinien, il avait trouvé en Orient dans Valons un protecteur plus dangereux encore que Constance. On

1. Saint Grégoire de Nysse, In laudcm fralris liasilii, et Ep. 2. Voir aussi Rufin, Hist eccl., II, 9; Sozomène, VI, 17.

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